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Zlecaf : l’intégration du secteur de l’assurance bute sur la fragmentation des réglementations

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Ecrit par Imane Bouhrara I

L’intégration du secteur africain des assurances dans le cadre de la Zlecaf implique une convergence réglementaire impliquant une harmonisation des règles prudentielles en vue d’évaluer la pertinence des mesures de protection des intérêts nationaux telles que les exigences de résidence pour les assureurs et réassureurs. Ce qui pose de vrais défis comme l’expliquent les experts. Les détails.

Dans un contexte de reconfiguration sans précédent de l’industrie financière africaine, l’Africa Financial Summit – AFIS 2024 a réuni à Casablanca les leaders du secteur privé et représentants gouvernementaux, venus du continent et du monde entier, autour d’un seul objectif : élaborer des stratégies qui permettent à la finance africaine de devenir un moteur de développement, de croissance économique et de résilience. Le secteur de l’assurance n’est pas en reste.

L’intégration du secteur de l’assurance dans le cadre de la ZLECAf semble être une grande opportunité mais qui bute sur plusieurs points. Intervenant lors du panel dédié au sujet en marge de l’AFIS 2024, Ouafae Mriouah, CEO de la Société Centrale de Réassurance (SCR) a d’abord planté le décor en rappelant le contexte du secteur de l’assurance au niveau de l’Afrique.

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Un secteur qui pèse pour moins de 1% au niveau mondial, sachant que le continent concentre 17% de la population mondiale.

Le taux de pénétration en Afrique reste également très faible, autour de 3,5% et 1,2% si on exclut l’Afrique du Sud, avec une forte disparité entre différentes économies du continent.

« L’Afrique est face à l’enjeu majeur de développement du secteur des assurances pour pouvoir contribuer au développement économique et social des pays du continent.

Pour revenir à la Zlecaf, elle constitue une opportunité formidable parce qu’elle aura des impacts, d’abord en termes d’accélération économique, elle permettra de faciliter la circulation des biens et personnes et les échanges entre les pays africains, elle encouragera les investissements sur les infrastructures et surtout accentuera la formalisation des économies. Tous ces objectifs vont induire des besoins en couverture d’assurance extrêmement importants », précise Ouafae Mriouah.

En revanche, pour profiter pleinement du potentiel que présente la Zlecaf, il va falloir dépasser les défis structurels que connaît le continent notamment la fragmentation réglementaire.

Aujourd’hui, le secteur africain des assurances est émaillé de plusieurs réglementations très variables, notamment en matière d’exigence en capital et solvabilité puisque les fonds propres exigés varient de manière importante.

« Il y a des pays qui ont des normes de solvabilité proches des normes européennes lorsque d’autres sont à des niveaux plus faibles. Il y a des disparités également en termes de normes comptables, puisque certains pays africains appliquent totalement ou partiellement les normes IFRS tandis que d’autres sont encore sur des normes locales », explique-t-elle.

Il y a également les différences en termes de politique de tarification puisque des pays appliquent des tarifications strictes alors que d’autres ont une tarification déréglementée.

Sans oublier la différence en termes d’investissement … d’ailleurs toutes ces différences réglementaires ralentissent l’investissement transfrontalier, augmentent le coût de la conformité et constituent un frein à l’unification du marché, selon Ouafae Mriouah.

« On a besoin de cette harmonisation réglementaire. La SCR en tant qu’opérateur et acteur en a réellement besoin. Évidemment, cette harmonisation ne doit pas se faire de manière brutale ou standard, en tout cas pour l’Afrique nous avons besoin d’une harmonisation progressive et ciblée pour permettre à des pays du continent de s’adapter à leur réalité locale. Il y a besoin aussi d’accorder aux pays les moins avancés des intervalles de transition et aussi d’accompagnement technique », précise la CEO de la SCR.

En tant que régulateur du secteur des assurances, Abderrahim Chaffai, président de l’ACAPS, soutient que l’objectif de la Zlecaf de maché unique représente une opportunité pour développer le secteur des assurances en Afrique.

« Mais d’un autre côté, nous avons un marché disparate qu’on peut classer à travers 3 critères d’évaluation pour aller vers cette convergence, à savoir le développement d’un cadre juridique performant, les normes de la solvabilité et la protection des consommateurs. Le fait d’avoir des convergences sur ces axes là, sont autant d’éléments qui permettent d’avoir une concurrence saine », poursuit-il.

Qui dit disparités, dit qu’on ne peut pas converger à la même vitesse sur ces axes. Il faut imaginer un système de convergence pour pouvoir atteindre cet objectif de marché unique, selon l’intervenant.

« Prenons le premier élément, le cadre réglementaire nécessite des réformes pour être au niveau des standards internationaux. Sans cela, nous ne pourrons pas avoir les bénéfices d’un tel rapprochement », soutient A. Chaffai.

Il a dans ce sens étayé l’expérience marocaine dans l’anticipation des risques et comment la réglementation évolue à cet effet notamment avec le Risque climatique dont le régime est opérationnel depuis 2011 permettant d’atteindre un milliard d’hectares couvert ou encore les catastrophes naturelles avec le FSEC et son mode de financement original par une taxe parafiscale et son extension aussi bien aux personnes assurées que non-assurées. Une expérience qui a intéressé plusieurs pays africains qu’européens.

Autre problématique se pose au niveau africain, abordée lors du panel : en effet, de nombreux pays africains continuent d’imposer des mesures de protection des intérêts nationaux telles que les exigences de résidence pour les assureurs et réassureurs. Comment ces politiques peuvent-elles s’accorder avec la ZLECAf ? Quelles actions les régulateurs devraient-ils entreprendre pour protéger leurs marchés sans nuire au marché commun ?

Selon Ouafae Mriouah, la consolidation du marché doit s’inspirer des expériences réussies en matière de couverture de risques sous le prisme de réassurance.

« Il faut savoir que le secteur de la réassurance en Afrique est fortement protégé, tous les pays africains appliquent des mesures de protection soient locales soient régionales. et par rapport à cette question de savoir s’il faut mettre le curseur sur la domestication et la protection ou la libéralisation, certes nos économies sont en quête de souveraineté économique et l’assurance y joue un rôle important, mais à côté, la réassurance amène des exigences très élevées en matière de rating, en matière de capacité en fonds très importante et en matière de recours à l’expertise, ce qui m’amène à dire que je pense profondément que la réponse réside dans l’équilibre entre le protectionnisme et la libéralisation, en évitant les excès puisqu’un excès de protectionnisme limite la compétitivité du continent et en même temps il ne faut pas tomber dans une ouverture excessive au risque d’affaiblir les réassureurs africains face aux géants mondiaux », explique la CEO de la SCR.

Elle affirme que la ZLECAF  vient à point nommé et apporte une réponse appropriée à cet équilibre dans le sens où il faut désormais réfléchir non pas à une protection pays par pays, mais plutôt à des mécanismes qui permettent justement de réfléchir couverture ou protection continentale africaine.

Et à partir de là, assurer une consolidation des acteurs africains de réassurance, renforcer la capacité et permettre aux réassureurs africains de jouer pleinement leur rôle en apportant l’innovation nécessaire pour couvrir les risques globaux du continent.

Pour ce faire, la collaboration entre les réassureurs est très importante pour développer des pools de réassurance en commun, pour innover et s’entraider en termes de rating et pour trouver aussi de mécanismes d’échanges de données. En effet la gestion de la data est un enjeu majeur pour le continent en termes de consolidation des données, de gestion de risques et de maîtrise des solutions de couverture des risques, prône Ouafae Mriouah en perspectives d’un marché d’assurance et de réassurance unifié et intégré au niveau de l’Afrique.


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