Rétro 2023 : voici ce que cachent les 2,4% de croissance économique

Ecrit par Soubha Es-Siari I
A quelques jours de la fin de 2023, l’heure est au bilan économique de l’exercice. Nul n’est sans savoir que 2023 a été très mouvementée aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Le moins que nous puissions dire est qu’à peine la page de la crise sanitaire, qui a mis à rude épreuve tous les secteurs, tournée que de nouveaux soubresauts ont éclaté affectant les différents ressorts de l’économie.
Dans ce contexte inédit et irrépressible sur le plan mondial, ce sont les pays en développement et plus spécialement les pays pauvres qui vont payer chèrement la note. L’effondrement du pouvoir d’achat d’une importante frange de leur population sous la pression de la hausse fulgurante des prix, les difficultés d’approvisionnement, l’incapacité à rembourser la dette, les défaillances des petites et moyennes entreprises par manque de viabilité financière, le chômage … ce sont autant de facteurs négatifs et limitatifs dont les effets induits ne manqueraient pas, pour les prochaines années, d’affecter profondément aussi bien l’offre que la demande de biens et services dans ces pays.
Au niveau interne, l’économie marocaine n’a pas pu échapper, à l’instar des autres pays, aux effets de ce contexte international peu réjouissant.
Comme en attestent les agrégats macroéconomioques : 2023, une année marquée par une inflation inédite soit 6,1% et un taux de croissance de 2,7% (les projections de BAM) a vu se détériorer davantage les inégalités sociales et un creusement du fossé entre les riches et les pauvres. En terme d’objectifs du Carré de Kaldor, le Maroc est vraiment loin du compte : un taux de croissance de 2,4%, un taux d’inflation de 6,1% (vs 6,6% en 2022) un taux de chômage de 13,5% et un déficit de la balance commerciale de 240 Mds de DH.
Gare aux recours excessif à l’endettement !
Autre indicateur et pas des moindres est celui de l’endettement ayant atteint des proportions inquiétantes. Face à un rétrécissement des marges de manœuvre, le gouvernement a appuyé sur la pédale de l’endettement pour honorer ses engagements aussi bien économiques que sociaux. L’endettement du Trésor devrait s’alléger à 69,8% du PIB en 2023, puis à 69,6% en 2022. Toutefois force est de rappeler que ce taux ne reflète pas la réalité car ne tenant pas compte de l’endettement des entreprises et établissements publics (EEP).
De l’avis des économistes, le Maroc s’est enfermé dans la spirale de la dette dont une partie va au service de la dette. Autrement dit, le service pèse lourdement sur le budget de l’Etat au détriment de l’investissement et de la création de la richesse et de l’emploi.
Le taux de chômage a augmenté en deux points sur un an passant à 13,5%. Un jeune sur deux est en chômage selon les dernières statistiques du HCP qui révèle également qu’entre le troisième trimestre 2022 et celui de 2023, l’économie nationale a connu une destruction de 297.000 emplois.
Avec une croissance aussi atone, la situation ne pourrait, toutes choses étant égales par ailleurs, que se détériorer notamment avec la persistance de la sécheresse et l’intégration des nouvelles technologies de l’information dans les processus de production.
À ces facteurs foncièrement dépressifs que les pouvoirs publics s’échinent à gérer et à atténuer, se sont ajoutées les retombées désastreuses du tremblement de terre sur le capital humain et sur les actifs du compte de patrimoine. Un terrible séisme d’une magnitude de 6,9 sur l’échelle de Richter, le plus violent de l’histoire du Maroc.
Les pertes sont énormes : en vies humaines d’abord 2.960 morts et plus de 5.500 blessés dont la grande majorité des victimes ont été recensées dans les provinces d’Al Haouz et de Taroudant et ensuite en importants dégâts économiques qui pour les réparer nécessiteraient un budget estimé à 120 Mds de DH.
Une politique budgétaire expansionniste… oui, mais
Aujourd’hui en effet, nous pouvons prétendre que la politique budgétaire est entreprenante dans la mesure où elle englobe des programmes ambitieux pour soutenir l’activité économique et améliorer le niveau de vie et le bien-être social des ménages. Sur la foi du PLF 2024, les dépenses d’investissement du budget au titre du présent exercice progresserait de 21%, elles devraient continuer sur cette trajectoire haussière avec un accroissement de l’ordre de 11,5% en 2024.
Au côtés des efforts louables du dbudget général, les investissements réalisés par les entreprises et les établissements publics, et les collectivités locales et ceux programmés par le fonds Mohamed VI pour l’investissement et par le Fonds spécial dédié à la gestion des effets du séisme porteraient la Formation Brute de Capital Fixe publique à 335 Mds de DH.
Et parmi les orientations politiques et projets d’envergure planifiés par l’État et qui feraient évoluer notablement les activités économiques et donneraient un stimulus à la demande l’année prochaine et au-de-là, il ya lieu de citer : la poursuite de la mise en place et de la généralisation du système de protection sociale, le lancement, sous les hautes directives royales, du programme d’aide directe aux familles les plus démunies, le nouveau programme d’aide au logement dont l’enveloppe allouée à 2024 est estimée à 10 Mds de DH, ainsi que le programme de construction et de mise à niveau des stades et infrastructures sportives en prévision de l’organisation de la coupe d’Afrique en 2025 et de la coupe du monde 2030, le budget engagé à ce jour pour ces projets sportifs est de l’ordre de 9,5 Mds de DH.
Avec tous ces projets et bien qu’ils ne seraient pas sans impact sur la relance économique, le Maroc a un grand intérêt à veiller à la transformation structurelle de son économie pour inscrire sa croissance sur une trajectoire durable, pérenne. Une trajectoire drivée par le PIB agricole dépendant de la clémence du ciel montre aujourd’hui ses limites dans un contexte marqué de plus en plus par des sécheresses difficiles à gérer. Aussi, le Maroc a-t-il intérêt à s’industrialiser et partant de là diversifier son offre à l’export tout en étant compétitif. Le Maroc ne pourra continuer à financer son économie par de la dette au risque de prendre en otage l’avenir des générations futures.

