32 millions de pauvres en plus : le diagnostic glaçant de l’ONU

Écrit par Soubha Es-Siari I
Comme toujours, la tempête frappe plus fort ceux qui n’ont pas de toit. Si les pays développés du G7 disposent encore, tant bien que mal, de quelques amortisseurs sociaux et de boucliers tarifaires pour contenir la colère populaire, les pays en développement, eux, avancent dans leur majorité sans filet.
Un mois. Cela fait un mois que le détroit d’Ormuz est paralysé, et avec lui, le cœur battant de l’économie mondiale. Pendant que les chancelleries occidentales s’activent et que le G7 se réunit en urgence pour aligner des courbes et des graphiques, une réalité bien plus sombre se dessine loin des salons feutrés : le basculement imminent, brutal, de millions d’êtres humains dans la pauvreté absolue.
Cette crise au Proche-Orient n’est plus seulement un conflit territorial ou une énième secousse sur les marchés financiers. C’est une machine à broyer les vies. L’alerte lancée par l’ONU est à ce titre glaçante : 32 millions de personnes s’apprêtent à basculer sous le seuil de pauvreté. Ce chiffre, abstrait pour les traders de Wall Street ou de Londres, représente des familles entières qui, demain, ne pourront plus se nourrir, se soigner ou envoyer leurs enfants à l’école.
L’erreur tragique serait de croire que ce conflit n’impacte que les zones de combat. Par un effet domino d’une violence inouïe, le blocus d’Ormuz agit comme une taxe invisible mais dévastatrice sur chaque habitant de la planète. La flambée du baril de pétrole ne se résume pas à un plein d’essence plus cher, elle se répercute mécaniquement sur le prix de la miche de pain, des engrais, des médicaments et de chaque bien essentiel.
Aussi, le diagnostic du Fonds Monétaire International (FMI) est sans appel : la hausse des coûts de production asphyxie la croissance. Mais au-delà des concepts macroéconomiques, c’est le pouvoir d’achat global qui s’effondre. Nous vivons une guerre économique généralisée où les civils les plus pauvres paient le prix fort d’un conflit qu’ils n’ont pas choisi.
Comme toujours, la tempête frappe plus fort ceux qui n’ont pas de toit. Si les pays développés du G7 disposent encore – tant bien que mal – de quelques amortisseurs sociaux et de boucliers tarifaires pour contenir la colère populaire, les pays en développement, eux, avancent dans leur majorité sans filet.
Dans ces régions, la hausse des prix à la consommation foudroie instantanément les budgets des ménages. Les élans de développement nationaux, construits au prix de décennies d’efforts, sont purement et simplement annihilés. Pour ces nations, la crise énergétique se mue en une tragédie humanitaire immédiate.
Que peut le G7 aujourd’hui ? Fort peu de choses, et c’est là le drame de cette fin de semaine. Augmenter les taux d’intérêt pour freiner l’inflation ? Cela risquerait d’achever une croissance mondiale déjà moribonde. Subventionner à fonds perdus ? Les coffres sont vides, vidés par les crises successives.
La vérité est cruelle : la marge de manœuvre des grandes puissances est d’une exiguïté dramatique. La clé de la survie économique de millions de personnes ne se trouve pas dans les banques centrales, mais dans les eaux du détroit d’Ormuz. Tant que la diplomatie internationale échouera à imposer une désescalade et à rouvrir les voies maritimes, le compteur de la pauvreté continuera de tourner.
Il est temps de changer de regard sur cette crise. Ce qui se joue au Proche-Orient n’est pas seulement une question de sécurité frontalière ou de souveraineté énergétique. C’est le droit à une vie digne pour des milliards de personnes qui est en train de couler. Et le monde ne pourra pas dire qu’il ne savait pas.

