6e édition de la Master Class : la souveraineté fiscale à l’épreuve d’une foultitude de défis

Ecrit par S. Es-Siari I
Les leaders africains de la fiscalité se réunissent du 22 au 24 juillet à Rabat à l’occasion de la 6e édition de la Master Class organisée par la DGI et l’ATAF. Cette rencontre se veut un moment d’échange d’expériences, de bonnes pratiques pour une meilleure mobilisation des ressources fiscales dans le continent africain face au rétrécissement des marges budgétaires, à la montée en puissance de la dette publique, à la baisse de l’aide publique liée au développement et à la prolifération des financements illicites.
La Master Class crée un espace sécurisé et de haut niveau permettant aux chefs des administrations fiscales de réfléchir, d’apprendre et de diriger. Elle intervient dans un contexte où le paysage fiscal et administratif est soumis à une pression considérable. L’Afrique étant confrontée à un déficit annuel de plus de 400 Mds de dollars, est un secret de Polichinelle. Aussi, le ratio impôts/PIB stagne-t-il dans le continent autour de 15%, ce qui est nettement inférieur à la moyenne OCDE de plus de 33 % (PFA, 2024 et OCDE, 2024).
À l’instar du reste du monde en développement, les pays africains sont confrontés à des pressions budgétaires croissantes dans un contexte marqué par la confluence de défis mondiaux et nationaux. Il convient de noter que la baisse de l’aide publique au développement (APD), qui a diminué de plus de 6 % en termes réels pour l’Afrique ces dernières années, a considérablement limité le soutien budgétaire, alors que les demandes de services publics continuent de croître. À cela s’ajoute la charge croissante de la dette de l’Afrique, avec des ratios dette/PIB supérieurs à 60 % dans plus de 25 pays, ce qui laisse peu de marge de manœuvre budgétaire.
A rappeler par ailleurs, les récentes manifestations au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud dont le message est on ne peut plus clair : l’introduction de nouvelles taxes ne suffit plus. Les citoyens réclament en retour l’efficience et l’équité. Le but de cette rencontre est de trouver des solutions réalistes et réalisables pour aider les 44 pays membres à mobiliser les recettes intérieures, à augmenter les ratios impôts/PIB et à atteindre les objectifs de développement durable du continent.
Dans son discours d’ouverture, Younes Idrissi Kaitouni, Directeur Général des impôts a tenu à rendre hommage à Logan Wort pour son leadership exemplaire pour le travail accompli tout au long de ses années pour l’ATAF. « Monsieur Wort, vous avez permis à notre organisation de rayonner tant sur le continent africain que sur le plan international. Grâce à votre engagement, l’ATAF s’est imposée en tant qu’organisation de référence des pays africains, porteuse de la voix de nos pays sur la scène internationale et vecteur de diffusion des meilleurs pratiques au sein de nos pays. Je vous remercie également pour avoir ouvert grandes les portes de l’ATAF au Maroc », rappelle à juste titre Y. Kaitouni.
Et d’enchaîner : « Le Maroc à son tour a mis à disposition ses experts pour accompagner l’ATAF dans le développement des capacités des administrations membres et est membre du Réseau des femmes du secteur fiscal de l’ATAF (ATAF Women in Tax Network). L’implication de la Direction Générale des Impôts dans les travaux de l’ATAF atteste de l’importance accordée par le Maroc aux travaux de notre organisation ».
La mobilisation des ressources intérieures demeure, selon le DG des impôts, l’un des enjeux les plus pressants pour les États africains. Elle est le socle de leur souveraineté économique et le levier indispensable de toute politique publique ambitieuse. A ce titre, l’ATAF, à travers ses programmes d’assistance technique, ses formations ciblées, ses publications (Perspectives fiscales africaines) et ses interventions stratégiques, renforce la capacité des États à concevoir, piloter et évaluer des politiques fiscales efficaces, équitables et durables.
De son côté, le vice-président de l’ATAF explique comment et pourquoi le nouveau contexte exige un nouveau type de leadership : audacieux, visionnaire et inébranlable dans son engagement à obtenir des résultats. Pour ce faire, il appelle les Directeurs africains à s’efforcer de diriger des administrations fiscales qui sont : agiles et capables de s’adapter aux pressions extérieures. Des administrations qui embrassent l’innovation et la transformation tout en restant fidèles à la noble mission : mobiliser les ressources qui permettent de meilleures écoles, hôpitaux, infrastructures et opportunités pour les citoyens.
A cet effet, il est de la responsabilité collective des leaders africains de mettre en place des administrations fiscales qui non seulement collectent plus, mais inspirent également la confiance, apportent de la valeur et font avancer le programme de développement de l’Afrique.
L’avenir de la fiscalité en Afrique sera construit non seulement sur les politiques, mais également sur les données, la technologie et le leadership :
- Transformation numérique : Les pays qui investissent massivement dans des systèmes intégrés, des déclarations préremplies et des données en temps réel obtiennent déjà les résultats. Les outils sont là – mais le leadership doit prioriser et stimuler l’adoption ;
- Données et IA : Tirer parti de notre richesse de données sur les contribuables et les tiers, avec une analyse appropriée, peut stimuler les stratégies de conformité et élargir le filet fiscal ;
- Transparence fiscale et EDR : Nous devons intégrer l’EDR dans nos cadres de conformité fiscale afin de découvrir les richesses cachées, lutter plus efficacement contre les FFI et auditer les entreprises multinationales ;
- Élargir l’assiette fiscale : L’informalité et la sous-imposition des particuliers fortunés demeurent le talon d’Achille de l’Afrique. Nous devons ajuster les approches de conformité fiscale et utiliser la technologie afin de combler ces lacunes ;
- Financement durable: Au-delà des réformes techniques, nous devons repenser les modèles de financement, renforcer la viabilité financière de ‘ATAF et démontrer la valeur aux membres et aux partenaires ;
Ceci étant, la bonne gouvernance de l’administration fiscale dans le contexte actuel est une exigence. Comme l’a sagement noté Ngozi Okonjo-Iweala, « La fiscalité ne consiste pas seulement à collecter de l’argent; mais aussi à établir un contrat de confiance entre les citoyens et l’État.» C’est pourquoi la HTAMC est si cruciale – un espace sécurisé qui permet aux Chefs des Administrations fiscales de réfléchir, d’apprendre et de diriger.
Un leadership visionnaire est maintenant essentiel – un leadership qui stimule la réforme, tire parti de la technologie et déverrouille les données pour v informer une meilleure prise de décision. Comme John F. Kennedy nous l’a rappelé: « Au milieu de chaque crise se trouve une grande opportunité – et ceux qui la voient en premier, dirigent le reste. »
Les sujets à l’ordre du jour de cette 6e édition de Master Class qui vont – de l’élargissement de l’assiette fiscale à la transparence fiscale – ne sont pas abstraits. Ce sont des leviers pratiques de changement. « Ils exigent de nous que nous agissions en tant que leaders capables d’inspirer nos équipes, d’innover avec audace et de favoriser la confiance parmi nos citoyens et nos partenaires », rappelle notre interlocuteur.
En conclusion, le vice-président de l’ATAF est convaincu, à l’instar des autres conférenciers, que la Master Class dotera les pays membres de stratégies réalisables pour diriger des administrations fiscales résilientes, modernes et fiables. D’après-eux : la mesure ultime du leadership n’est pas simplement la capacité à résister à une tempête, mais à mettre en place des institutions suffisamment résilientes pour prospérer au-delà.
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