BAM : la prudence ou la surprise pour ce 1e Conseil de 2025?

Le premier conseil de BAM en 2025 intervient dans un contexte international délicat marqué par de fortes tensions commerciales, les premiers signes de reprise de l’inflation au Maroc et la posture généralement prudente de la Banque Centrale, l’avis majoritaire penche pour un statu quo de lors du Conseil du 18 mars 2025. Mais Jouahri et son Conseil seraient-ils de cet avis ou déjoueraient-ils tous les pronostics?
Le premier Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) de l’année intervient dans un contexte international mouvementé fortement impacté par la politique monétaire ultra-protectionniste de l’Administration TRUMP et de son probable impact sur la bonne marche du commerce mondial.
Compte tenu de cette nouvelle donne et de nouveaux éléments pouvant faire craindre une résurgence de l’inflation au niveau national et international, la Banque Centrale devrait, a priori, adopter une posture de « wait and see » en optant pour un statu-quo monétaire à l’issue du Conseil du 18 mars 2025.
Des projections de croissance maintenus
Dans son analyse avant conseil de BAM, BKGR rappelle que lors de son dernier Conseil du mois de décembre, la banque centrale avait décidé de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour l’année 2024 à +2,6% contre +2,8% prévu en septembre (contre 3,0% pour le scénario central de BMCE Capital Global Research) compte tenu des conditions pluviométriques défavorables ayant impacté davantage que prévu la valeur ajoutée agricole.
Ces projections de BAM ont été confirmés par l’arrêté des comptes nationaux du HCP qui témoigne d’une légère décélération de la croissance économique à +3% au T4 2024 (vs. +4,3% au T3 2024) et sur anticipations de croissance de +3,5% au T1 2025. Pour 2025, la Banque Centrale a également procédé à la révision à la baisse ses anticipations de croissance à +3,9% (vs. anciennes prévisions de +4,4%), parfaitement en ligne avec les projections du FMI et de la Banque mondiale.
« Pour notre part et dans l’attente de nouveaux éclairages, notre Bureau de Recherche maintient les prévisions de croissance de son scénario central à +3,9% pour 2025 », souligne BKGR.
Risque accru de résurgence de l’inflation
Au terme du mois de janvier 2025 et selon le dernier communiqué du HCP, l’inflation ressort à +0,8% en m- o-m et à +2,0% en y-o-y tandis que sa composante sous-jacente s’établit à +2,3% en glissement annuel. Cette inflexion des pressions inflationnistes devrait se poursuivre dans les semaines à venir avec le mois sacré de Ramadan, généralement caractérisé par une hausse des prix alimentaires, grevant ainsi davantage le pouvoir d’achat de la population.
Quoiqu’encore épargné pour le moment des tensions à l’international alimentées par les décisions abruptes du Président TRUMP, le Maroc pourrait à moyen terme être affecté par cette confusion ambiante notamment via la recrudescence de la composante importée de l’inflation et le risque de récession de ses principaux partenaires économiques pouvant impacter la demande adressée au Maroc.
Pour rappel, la Banque Centrale avait revu à la baisse ses prévisions d’inflation à +2,4% (contre +2,5% prévu lors du précédent conseil) pour l’année en cours avec sa composante sous-jacente maintenue autour des +2,0%. Compte tenu des derniers éléments disponibles et de la 2ème phase de décompensation du prix de gaz butane, il est envisageable que BAM puisse procéder à une réestimation à la hausse des projections d’inflation au regard des fortes incertitudes, notamment sur le plan international.
Un déficit budgétaire sous contrôle
Au volet des Finances Publiques, l’exécution de la LF 2025 fait ressortir un solde budgétaire de -3,9 Mds de DH à fin janvier 2025 contre 2,3 Mds de DH une année auparavant, intégrant (i) une progression des recettes ordinaires de +21,2% à 33,9 Mds de DH et une hausse significative de +75,7% des dépenses ordinaires s’établissant à 41,6 Mds de DH au moment où les dépenses de compensation ressortent nulles à fin janvier 2025.
BKGR rappelle également qu’en tenant compte des politiques sociales et des subventions allouées à certains secteurs clés en 2024, BAM table, dans ses prévisions les plus récentes, sur une stabilisation du déficit budgétaire à -4,5% du PIB en 2024 (contre -4,0% selon la Loi de Finances 2024) avant de se réduire à -4,2% en 2025 puis à -3,9% en 2026.
Recul du taux débiteur moyen au T4 2024
Pour ce qui a trait aux conditions de financement et dans le sillage de la nouvelle baisse de -25 pbs du taux directeur, le taux débiteur moyen global ressort en retrait de -13 pbs à 5,08% au T4 2024 comparativement au T3 2024. Profitant de l’amélioration des conditions de financement, l’encours global des crédits bancaires augmente de +4,1% en glissement annuel pour s’établir à 1.135 Mds de DH à fin janvier 2025.
Poursuite de la consolidation à la baisse des taux
Dans ces conditions et profitant de sa relative aisance, le Marché des taux assiste à une consolidation à la baisse des taux dans un contexte d’incertitude sur le momentum et les conditions de sortie à l’international du Trésor.Cette relative stabilité des taux pourrait refléter une expectative de statu-quo par les investisseurs pour le Conseil à venir …
Statu-quo… sauf surprise…
BKGR a procédé à un sondage auprès de plusieurs investisseurs institutionnels marocains afin de recueillir leurs opinions quant à l’évolution de la politique monétaire du Royaume.
Les points saillants ressortent comme suit :
1. 71,4% des sondés estiment que la politique monétaire actuelle est adéquate ;
2. 85,7% des participants anticipent un statu-quo lors du Conseil du 18 mars 2025 ;
3. 71,4% des participants s’attendent à une seule baisse des taux en 2025 de -25 pbs ; Le reliquat anticipant deux baisses des taux pour l’année à venir ;
4. 71,4% des sondés estiment qu’en cas d’inflexion à la hausse de l’inflation sur le premier semestre de l’année, la Banque Centrale pourrait procéder à une augmentation de son taux directeur en 2025.

