Dernières pluies : une hirondelle ne fait pas le printemps

Ecrit par Soubha Es-Siari I
Les dernières précipitations ont apporté du baume au cœur des Marocains, toutes catégories confondues. Et ce, après plus de 7 années successives de sécheresse ayant mis à mal la résilience du secteur agricole, qui demeure l’un des piliers fondamentaux de l’économie, sans omettre les effets d’entraînement sur l’emploi aussi bien rural qu’urbain. Ces précipitations représentent tout de même un répit pour les pouvoirs publics de mettre les pions là où il faut pour que l’agriculture reprenne le rôle qui est le sien dans notre économie et profiter pleinement de son effet multiplicateur.
Aussi au cours des dernières années, l’exode rural s’est intensifiée entrainant dans son sillage des effets collatéraux pour ne citer que l’habitat insalubre, les marchands ambulants à chaque coin de rue que les équipes se succédant au pouvoir essaient vainement d’éradiquer. Autres effets collatéraux et pas des moindres sont la mendicité et la criminalité, des phénomènes sociaux qui ternissent l’image d’un Maroc qui se prépare en grande pompe pour accueillir deux échéances footballistiques CAN 2025 et CDM 2030.
C’est pour dire que les pluies de retour sont plus que déterminantes pour une économie à vocation agricole comme la nôtre. Les deux dernières semaines aussi intenses en précipitations ont ravivé les espoirs, remonté le moral certes à nous tous même citadins mais surtout aux petits agriculteurs laminés par le plan Maroc vert (2008-2020) et sa nouvelle version Génération green (2020-2030).
Deux programmes ambitieux encourageant les investissements dans des techniques d’irrigation économes en eau et favorisant le développement de filières à haute valeur ajoutée. Une dynamique devant être renforcée par la stratégie Génération Green 2020-2030, qui ambitionne d’accroître l’intégration des innovations technologiques et de renforcer la place de l’agriculteur dans la chaîne de valeur.
Bref deux programmes espérant aboutir au fil des ans et au gré de la conjoncture à une agriculture résiliente et durable. Des ambitions in fine pour quels résultats si ce n’est qu’enfoncer le petit agriculteur et encourager des productions non seulement fortement consommatrices en eau mais également dédiées à l’export. Oui, c’est la triste réalité : au moment où le déficit hydrique a atteint des seuils intolérables, on exporte de l’eau à des pays qui ne manquent pas de cette ressource.
Les résultats ou réalisations parlent d’eux-mêmes : la transition vers une agriculture durable est toujours confrontée à des contraintes qui s’érigent en plusieurs défis freinant ainsi tout élan.
Face à ces défis, il s’avère judicieux de renforcer d’une manière pérenne les politiques publiques en faveur d’une transition agricole, plus inclusive et accessible. Autrement, les mêmes erreurs produiront les mêmes effets.
L’un des premiers effets se manifeste cruellement dans l’emploi et les revenus ruraux qui dépendent fortement de l’évolution de l’activité agricole. L’impact s’étend par ailleurs à des filières qui constituent un maillon essentiel de la chaîne de valeur agricole. Le commerce extérieur étant également directement influencé par la performance du secteur agricole.
L’interconnexion entre l’agriculture et les autres secteurs économiques, notamment le transport, la logistique et les services financiers, illustre l’effet multiplicateur du secteur agricole sur l’économie Marocaine.
Les dernières pluies ravivant l’espoir, représentent tout de même une aubaine pour les pouvoirs publics de mettre les pions là où il faut pour que l’agriculture joue le rôle qui est le sien dans notre économie et profiter pleinement de son effet multiplicateur.

