Leadership Féminin Africain « Comment ramener la paix dans tout le continent africain ? »

Le cinquième Sommet de l’Africanité aura lieu du 5 au 7 Juin 2026 à Rabat sur le thème « Leadership Féminin Africain ». Etant invité à ce Sommet, j’ai choisi parmi les thèmes qui m’ont été proposés le sujet « Comment ramener la paix dans tout le continent africain ? ».
En 2026, l’Afrique s’impose progressivement comme l’un des nouveaux moteurs de la croissance mondiale. Douze des vingt économies à la croissance la plus rapide au monde sont africains. L’Afrique connait une transformation silencieuse qui passe par une industrialisation progressive, le développement des infrastructures, l’urbanisation rapide, la digitalisation, des nouveaux corridors logistiques. L’Afrique bénéficie d’une population jeune et croissante, moteur de productivité et de consommation. Enfin le commerce inter-africain se renforce grâce à la ZLECAF.
Malheureusement, des zones d’instabilité marquées par des guerres civiles, des conflits armés et des actes terroristes persistent des certaines régions de l’Afrique, notamment au Sahel, la Corne de l’Afrique, la Région des Grands Lacs, et une partie de l’Afrique Centrale et Australe. La guerre civile la plus douloureuse a éclaté en Avril 2023 au Soudan et oppose l’Armée régulière aux Forces de soutien rapide. Cette guerre qui continue, a causé une catastrophe humanitaire avec des milliers de morts et des millions de déplacés. Certains pays du Sahel sont confrontés aux mouvements terroristes Al Qaeda et l’Organisation de l’Etat Islamique. Le Nord du Nigeria fait également face aux organisations terroristes Boko Haram et Etat islamique en Afrique de l’Ouest. La Somalie de son côté lutte contre le Groupe islamiste Al Shabab, la République démocratique du Congo contre le M23. Enfin le Mozambique, l’Ethiopie et la région du Lac Tchad sont aux prises avec des mouvements terroristes régionaux et à des tensions frontalières.
Les principales causes de ces conflits sont la faiblesse des Etats et la corruption, la pauvreté et le chômage massif des jeunes, les rivalités ethniques ou communautaires, les trafics d’armes et de drogue. D’autres causes peuvent être recherchées dans la compétition pour s’assurer les ressources naturelles, les effets du changement climatique notamment la désertification et le manque d’accès à l’eau. L’Afrique étant riche en matières premières, attire la convoitise des puissances étrangères qui cherchent à renforcer leur influence. On peut noter également dans certains pays un système éducatif insuffisant, et une absence de formation professionnelle performante.
Pour ramener la paix dans ces régions troublées de l’Afrique, il faut renforcer les Etats et la bonne gouvernance. Cela passe par la lutte contre la corruption, une justice indépendante, des élections crédibles, et une administration efficace. Le but est le retour de la confiance des populations dans les institutions. Pour lutter efficacement contre les groupes armés, il faut des Etats forts et légitimes. Il est impératif de développer l’économie et l’emploi, car le terrorisme prospère dans les régions pauvres et marginalisées. Il est nécessaire également de moderniser l’agriculture, de développer l’industrie notamment par la transformation sur place des matières premières, sans oublier les infrastructures qui assurent une circulation fluide des personnes et des marchandises à l’intérieur du pays et à l’extérieur des frontières. Il faut accorder un statut privilégié à l’éducation, à la formation professionnelle et à la recherche et le développement.
Sur un autre plan, il est nécessaire de renforcer la coopération africaine pour lutter contre les groupes terroristes qui traversent facilement les frontières. Les Etats africains doivent partager les renseignements, coordonner les armées, sécuriser les frontières. Une coopération efficace doit être organisée sur le plan régional. Au niveau de l’Union africaine, il faut renforcer le rôle du Conseil de paix de sécurité, en lui accordant des moyens financiers supplémentaires, afin qu’il soit plus actif dans la médiation des conflits. Il faut lutter contre l’extrémisme idéologique, les discours de haine, et contrôler les réseaux sociaux souvent utilisés pour recruter les terroristes.
Ce cinquième Sommet de l’Africanité étant consacré au leadership féminin africain, il y a lieu de donner un rôle plus important à la femme africaine pour contribuer à l’instauration de la paix dans l’ensemble du continent africain. Le mâle est souvent caractérisé par sa virilité agressive, l’autoritarisme, le rapport de force systématique et le discours de conquête. A l’inverse, les valeurs féminines accordent une attention particulière à la vie qu’il s’agit de protéger, à l’environnement qu’il faut rechercher pour l’équilibre et l’harmonie, aux compromis qui permettent de concilier la morale avec l’efficacité et l’efficience.
Les femmes sont en général plus pragmatiques, plus généreuses, plus endurantes et moins égocentriques et dogmatiques que les hommes. Dans l’exercice du pouvoir, les valeurs féminines s’expriment par un réformisme progressif, sans rupture, capable de mobiliser émotionnellement les collaborateurs. Malgré des efforts certains ces vingt dernières années, la présence féminine reste minoritaire dans les organisations politiques des pays africains, alors qu’elle est forte dans les pays scandinaves à titre d’exemple. Aussi le monde politique africain doit faire de plus grands efforts pour parvenir progressivement à la parité homme/femme. Il est certain que l’accession des femmes au plus hautes fonctions de l’Etat contribuera à diminuer les conflits entre pays africains.
Ecrit Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)


