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Economie Nationale

Croissance en 2026 : le scénario de la prudence s’impose

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À deux semaines du Conseil de Bank Al-Maghrib, prévu le 22 septembre, une question domine : jusqu’où l’économie marocaine peut-elle encore accélérer en 2026 ? Entre prévisions revues à la hausse par le HCP, attentes plus ambitieuses de BAM, tensions géopolitiques persistantes et incertitudes climatiques, l’arbitrage monétaire s’annonce délicat. 

Le Haut-Commissariat au Plan avait abordé l’année avec prudence, en misant sur une croissance de 4,4%. En juillet, il a relevé sa prévision à 4,7%, porté par une meilleure campagne agricole et une demande intérieure toujours solide. L’estimation de 5,4% au troisième trimestre confirme l’élan, mais ne dissipe pas toutes les incertitudes.

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Bank Al-Maghrib, elle, reste sur une ligne plus haute. Pour 2026, ses prévisions de croissance oscillent entre 5,2%, annoncés lors du Conseil de juin, et 5,6%, retenus en mars.

L’écart entre les deux lectures se resserre : de 1,2 point au départ, il n’est plus que de 0,5 point. Le Conseil de septembre devra donc trancher entre confirmation de l’optimisme et retour à une lecture plus prudente.

Premier facteur sous surveillance : l’énergie. Dans un environnement international toujours instable, les prix du pétrole et du gaz restent un risque majeur pour l’inflation et les équilibres extérieurs.

Depuis le début de 2026, les marchés de l’énergie évoluent au rythme d’une forte volatilité, alimentée par le conflit au Moyen-Orient, les tensions autour du détroit d’Ormuz et les perturbations de production. Les phases de détente n’effacent pas l’essentiel : les cours demeurent nettement au-dessus de leurs niveaux de fin 2025.

Pour une économie importatrice d’énergie comme le Maroc, le signal est clair : la pression sur les prix et sur la balance commerciale reste élevée.

Deuxième point d’attention : la demande extérieure. Après deux années atones, elle accélère de plus de 4,5% en 2026. Mais cette embellie reste fragile, car l’Europe, principal débouché des exportations marocaines, demeure freinée par une croissance molle, une consommation hésitante et des investissements sous pression.

L’automobile, l’aéronautique, les phosphates et dérivés, l’agroalimentaire ou encore le textile restent ainsi exposés à un commerce international ralenti et à des chaînes logistiques vulnérables.

Sur le front intérieur, deux indicateurs pèseront aussi dans la balance : le crédit et les finances publiques.

Le crédit aux entreprises progresse, mais sans véritable accélération. La prudence des banques, celle des entreprises et le poids des conditions financières internationales limitent encore la dynamique de financement.

Les finances publiques offrent, elles aussi, une marge de manœuvre réduite. Le déficit budgétaire reste élevé, autour de 4,5% du PIB, tandis que la dette publique évolue entre 70% et 72% du PIB. Dans le même temps, les dépenses d’investissement, de protection sociale, de subventions et d’aides d’urgence progressent plus vite que les recettes.

Dans ce contexte, le statu quo paraît le scénario le plus crédible. Bank Al-Maghrib devrait maintenir son taux directeur à 2,25%, fidèle à une prudence désormais dictée par l’environnement extérieur autant que par les fragilités internes. Plus qu’un signal d’accélération, la prochaine décision devrait être un message de stabilisation.

Autrement dit, BAM pourrait maintenir une prévision proche de celle de juin, voire légèrement plus basse, autour de 4,7% à 5%. Un niveau encore supérieur aux anticipations du HCP et de plusieurs institutions internationales, dont le FMI (4,4%), la Banque mondiale (3,7%), la BERD (3,5%) et la BEI (4%).

Ce Conseil de Bank Al-Maghrib revêtira, en outre, une portée particulière. Organisé à la veille du scrutin, il interviendra dans un moment politique sensible, marqué par la fin du mandat de l’Exécutif et par la nécessité de dresser un état précis de la conjoncture économique.

Au-delà de la décision sur le taux directeur, les projections actualisées et les messages du Wali seront scrutés comme un baromètre de fin de cycle. Elles permettront de mesurer l’écart entre les ambitions affichées, les résultats obtenus et les marges de manœuvre dont disposera le prochain Exécutif. C’est là que se jouera, sans doute, la véritable portée de ce rendez-vous monétaire.

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Abdellatif JouahriBank al maghribconjonctureHCP

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