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Édito

Rivalité PAM-RNI : les empoignades de campagne survivront-elles aux tractations ?

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Hier, ils se sont affrontés sans ménagement pendant la campagne, se renvoyant la responsabilité du bilan gouvernemental et allant jusqu’à exposer leurs divergences sur la future composition de l’Exécutif. Aujourd’hui, le PAM et le RNI, arrivés respectivement premier et deuxième, se retrouvent face à une situation peu enviable. Les « casseroles » d’hier pèseront-elles encore dans les tractations de demain, ou l’arithmétique politique finira-t-elle par imposer une nouvelle entente ?

La campagne électorale est enfin terminée. Les urnes ont livré leur verdict. Le PAM arrive en tête avec 97 sièges, devant le RNI avec 66 sièges. L’Istiqlal prend la troisième place avec 65 sièges, tandis que le PJD arrive quatrième avec 54 sièges.

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Aucun des deux premiers partis ne dispose, à lui seul, de la majorité absolue de 198 sièges. Les tractations deviennent donc incontournables. Une nouvelle bataille commence : celle de la formation du prochain gouvernement.

Mais en arrivant en tête, le PAM et le RNI se retrouvent dans une position pour le moins délicate. Une situation peu enviable. Pour cause, pendant la campagne, les deux formations ne se sont pas fait de cadeaux. Les attaques ont été frontales, les responsabilités renvoyées d’un camp à l’autre et, à plusieurs reprises, le linge sale du gouvernement sortant a été lavé en public.

Les deux camps ont sorti l’artillerie lourde. Chacun semblait vouloir faire porter à l’autre les « casseroles » du bilan gouvernemental. Une confrontation d’autant plus singulière que les deux partis étaient encore, il y a quelques semaines, des partenaires au sein de la même majorité.

Aujourd’hui, les dés sont jetés. Et une question s’impose : les deux formations vont-elles mettre leurs affrontements sous le tapis pour les besoins des tractations ?

Il faut rappeler qu’il y a à peine quelques jours, plusieurs responsables du PAM affichaient de sérieuses réserves quant à une participation à un gouvernement dirigé par le RNI si celui-ci arrivait en tête. Fatima Ezzahra El Mansouri avait, à titre personnel, écarté cette hypothèse, tout en renvoyant la décision aux instances du parti. Une position qui avait également été défendue au sein de la direction du PAM.

La question se pose donc aujourd’hui autrement : le RNI acceptera-t-il de participer à un gouvernement dont le PAM serait le pilote ? Et surtout, que restera-t-il des lignes rouges brandies pendant la campagne ?

Car ce qui s’est joué entre les deux formations a largement dépassé la simple compétition électorale. La bataille a également porté sur la future composition du gouvernement et sur certains portefeuilles stratégiques.

Rachid Talbi Alami l’avait illustré dans un enregistrement fuité en août dernier. Il y affirmait que, même dans l’hypothèse d’une victoire du RNI, le portefeuille de l’Économie et des Finances resterait entre les mains de Nadia Fettah, écartant ainsi la possibilité de voir Fouzi Lekjaa prendre la tête de ce département.

Aujourd’hui, alors que le PAM est arrivé premier, cette déclaration prend une autre dimension. Les positions affichées pendant la campagne résisteront-elles à l’épreuve des tractations ?

La question n’est pas anodine. Car les électeurs ont été témoins d’une querelle particulièrement rude entre deux formations qui ont pourtant gouverné ensemble. En d’autres termes qui se partagent la responsabilité du bilan, des réalisations, des couacs mais aussi des conflits d’intérêt….

Comment expliquer alors qu’elles puissent, au lendemain du scrutin, reprendre le chemin d’une coalition sans clarification politique sur les désaccords exposés au grand jour ?

Un rapprochement n’aurait rien d’exceptionnel en soi. Car nous le savons tous, la politique parlementaire repose aussi sur le dialogue, le compromis et la capacité à construire des majorités. Mais encore faut-il que ces compromis s’appuient sur une vision commune et un programme cohérent, plutôt que sur une simple addition de sièges.

C’est précisément à ce niveau que les prochaines tractations seront scrutées.

Nizar Baraka, qui est resté à distance de la confrontation directe entre le PAM et le RNI, s’est d’ailleurs positionné sur l’après-élection en appelant à dépasser la logique de compétition pour se concentrer sur les attentes des citoyens.

Le véritable test ne sera donc peut-être pas uniquement la composition du prochain gouvernement, mais sa cohérence. Les portefeuilles peuvent faire l’objet de négociations. Les priorités économiques et sociales, elles, nécessitent une véritable convergence.

Alors, le PAM et le RNI vont-ils ranger leurs armes après s’être affrontés durant toute la campagne ? Vont-ils enterrer la hache de guerre au nom de la stabilité et de la nécessité de gouverner ? Aurons-nous droit à un gouvernement Akhannouch bis, avec les mêmes forces, mais dans un nouvel équilibre ?

C’est toute l’ambiguïté de cette nouvelle séquence politique. Les « casseroles » que les deux camps se jetaient hier à la figure peuvent toujours devenir des souvenirs encombrants lorsque commence l’heure des compromis.

Mais si ces affrontements disparaissent trop vite des discussions, une question restera entière : que restera-t-il alors des promesses, des accusations et des engagements de la campagne ?

Les prochaines semaines apporteront les premières réponses. Une chose est certaine : la campagne est terminée. Place désormais aux tractations. Et c’est souvent lorsque les portes se ferment et que commencent les négociations que les masques tombent et que les intérêts des uns et des autres reprennent le dessus.


Lire également : Le bal des casseroles (élections) : ça balance, mais ça ne bouge pas

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