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Economie

[Entretien] A. Amara (CESE) : « Le citoyen doit être la boussole de la politique de santé »

amara santé

En marge de la rencontre organisée par le Conseil de la concurrence autour des enjeux et des défis du système de santé au Maroc, Amara, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), revient sur les avancées et les limites du chantier de la généralisation de l’assurance maladie. Dans cet entretien, il aborde notamment la prise en compte des recommandations du CESE par le gouvernement, les déséquilibres persistants entre les secteurs public et privé ainsi que les difficultés d’accès effectif aux soins. Il plaide pour une meilleure gouvernance de la réforme, davantage de transparence et un rééquilibrage du système de santé, rappelant que « le citoyen doit être la boussole » des politiques publiques en la matière.

Interrogé sur l’application des recommandations du CESE, Amara rappelle que le Conseil joue avant tout un rôle consultatif. « Rien n’oblige, en fait, le gouvernement à prendre en considération les recommandations du CESE. Mais, sur le plan politique, le gouvernement se doit de les prendre en considération », souligne-t-il.

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S’il reconnaît ne pas être en mesure de déterminer précisément dans quelle mesure les avis du Conseil ont été suivis, il estime que certaines de ses recommandations ont influencé les discours et les décisions publiques. « Un certain nombre d’éléments qui meublent les discours et certaines décisions qui ont été prises ont probablement pris en considération les recommandations du Conseil », affirme-t-il.

Pour le président du CESE, la publication des avis au Bulletin officiel, leur transmission aux institutions concernées et leur médiatisation permettent de nourrir le débat public et d’inciter les responsables politiques à agir.

Généralisation de la couverture médicale : des avancées, mais des dysfonctionnements persistants

Concernant les difficultés de mise en œuvre de la généralisation de la couverture médicale, Amara met d’abord en avant les progrès accomplis. Il rappelle que la couverture de base est passée de moins de 42 % à environ 88 % de la population marocaine.

« C’est un pas géant », estime-t-il, tout en reconnaissant que cette évolution rapide s’accompagne de dysfonctionnements qu’il convient de corriger.

Parmi les principales difficultés figure la question des « droits fermés », qui concerne des assurés pourtant immatriculés ou inscrits, mais qui rencontrent des obstacles lorsqu’ils souhaitent bénéficier de prestations de santé.

Pour Amara, l’évaluation de la réforme ne doit pas se limiter aux chiffres de l’immatriculation. « Il faut résoudre les problèmes qui empêchent certains assurés d’accéder effectivement à leurs droits » a-t-il insisté.

Il considère que ces situations fragilisent l’objectif même de la couverture médicale généralisée et appelle le gouvernement à prendre en considération les recommandations formulées par le Conseil.

Public-privé : rétablir un équilibre dans le financement des soins

Autre préoccupation majeure : le déséquilibre entre les secteurs public et privé. En effet, les chiffres communiqués font ressortir une répartition des dépenses de santé (AMO) largement favorable au privé, avec 89 % des dépenses concernées contre 11 % pour le public.

Amara met en garde contre les conséquences d’une telle situation sur la pérennité de l’hôpital public. « À la longue, vous aurez un hôpital public qui risque d’être délabré», prévient-il, redoutant que les établissements publics deviennent principalement le recours des catégories les plus vulnérables.

Le président du CESE insiste toutefois sur la nécessité de ne pas opposer les deux secteurs. « Nous en avons besoin, que ce soit le public ou le privé. Donc, il s’agit de trouver un bon équilibre entre un public de qualité et le privé », explique-t-il.

Il rappelle également que le secteur privé doit assumer ses responsabilités en matière d’investissement, tandis que l’hôpital public doit conserver une place centrale dans le système de santé, notamment en matière de recherche et de prise en charge des populations.

L’enjeu consiste ainsi à garantir la complémentarité des deux secteurs, tout en renforçant les capacités et la qualité des établissements publics.

Gouvernance et accès aux soins : replacer le citoyen au centre de la réforme

Au-delà des questions de financement, Amara identifie la gouvernance comme un autre levier essentiel de la réforme. Si le cadre législatif lui paraît satisfaisant sur le papier, il estime que sa mise en œuvre concrète reste déterminante.

« Il s’agit maintenant de la mettre en action », affirme-t-il, soulignant que le citoyen doit constituer le principal repère de l’action publique en matière de santé.

Pour lui, l’efficacité de la réforme doit être évaluée à partir d’une question fondamentale : chaque citoyen, où qu’il réside au Maroc, peut-il accéder à une offre de soins de qualité et financièrement abordable ?

« Jusqu’à quel degré le citoyen a-t-il accès à une offre de soins, un médecin, un médecin spécialiste, une clinique, de qualité et abordable ? », interroge-t-il.

Cette exigence suppose notamment de renforcer les ressources humaines, de mieux répartir les professionnels de santé sur le territoire et de garantir l’accès aux soins dans les zones éloignées des grandes villes.

« Il ne faut pas qu’on se perde beaucoup dans les chiffres. C’est juste une question de ce citoyen pour lequel il faut répondre par une offre de santé », insiste le président du CESE.

Tout en estimant que le Maroc est engagé dans la bonne direction, il souligne que la réussite du chantier nécessite des moyens supplémentaires, une meilleure visibilité pour les investisseurs privés et la restauration de la qualité, mais aussi de la primauté de l’hôpital public dans certains domaines.

Transparence et données : la nécessité d’un débat public

Interrogé sur le manque de communication autour des données relatives à la mise en œuvre de la généralisation de la couverture médicale, Amara reconnaît que la réforme s’inscrit dans une transformation importante du système de santé, susceptible d’avoir confronté les pouvoirs publics à des difficultés imprévues.

« Peut-être qu’il a été pris de court sur un certain nombre de points et de sujets », avance-t-il à propos du gouvernement, tout en précisant : « Je ne pense pas que c’est malintentionné. »

Il appelle à renforcer le dialogue entre les professionnels, les institutions et les responsables politiques afin de tirer les enseignements des premières années de mise en œuvre.

En définitive, le président du Conseil réaffirme que la réussite de la réforme ne peut être mesurée uniquement à travers les indicateurs de couverture ou les montants investis. Elle doit avant tout se traduire par une amélioration concrète de l’accès aux soins.

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