Gouvernance en Afrique : comment le Maroc a forcé les portes du Top 10 (Mo Brahim)

Le Royaume se hisse à la 7e place de l’Indice Mo Ibrahim 2026. Derrière les chiffres d’une progression fulgurante, se cache une transformation profonde des infrastructures et des institutions, mais aussi le défi d’une société en pleine mutation.
C’est une entrée par la grande porte, le fruit d’un effort de longue haleine. Dans la dernière édition de l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG), le Maroc signe l’une des progressions les plus remarquables du continent. Avec un score de 63,6 sur 100, le Royaume intègre officiellement le Top 10 africain, se positionnant au 7e rang continental (ex æquo avec le Sénégal). En dix ans, le pays a bondi de huit places, une dynamique d’amélioration continue devenue rare sur un continent où la gouvernance globale a tendance à stagner.
L’infrastructure et la donnée, moteurs du changement
Pour comprendre cette ascension, il faut s’éloigner des salons ministériels et regarder le paysage se transformer. Le Maroc a bâti sa réussite sur des fondations concrètes. Le rapport de la Fondation Mo Ibrahim le consacre d’ailleurs à la première place africaine pour son économie rurale, portée par le désenclavement et la modernisation des infrastructures. Des routes aux réseaux électriques, le quotidien de millions de citoyens en dehors des grands axes urbains a été le véritable moteur de cette note globale.
Parallèlement, le Royaume a opéré une révolution plus silencieuse mais tout aussi cruciale : celle de la transparence et de l’administration. En enregistrant un bond spectaculaire de plus de 28 points dans la fiabilité de son système statistique, le Maroc s’est doté des yeux nécessaires pour mieux voir, et donc mieux gouverner. Mesurer avec précision pour agir avec efficacité : une rigueur technique qui paye.
Le visage humain d’une justice en réforme
Au-delà du béton et des statistiques, la gouvernance touche à l’humain et à la confiance. L’indice souligne des progrès notables dans l’impartialité du système judiciaire. Pour le citoyen, l’accès à une justice perçue comme plus équitable et indépendante est le socle invisible mais indispensable de la stabilité sociale. C’est ce chantier institutionnel, souvent complexe et progressif, qui a permis au Maroc de devancer des voisins historiques comme la Tunisie dans ce classement.
Les défis de l’équilibre
Toutefois, le rapport Mo Ibrahim ne se contente pas de distribuer les bons points ; il dresse le portrait d’un pays à deux vitesses. Si la machine économique, administrative et infrastructurelle tourne à plein régime, le volet des droits politiques et de la participation citoyenne reste en retrait.
Le grand défi des années à venir pour le Maroc ne sera plus seulement de construire ou de moderniser, mais de s’assurer que chaque citoyen devienne un acteur pleinement engagé dans la vie publique. L’émergence d’une gouvernance d’excellence ne pourra se faire sans un équilibre parfait entre le développement matériel et l’épanouissement des libertés civiles.
Le Maroc a prouvé qu’il savait réformer ses structures. Il lui reste désormais à consolider ce leadership en plaçant le dialogue et l’inclusion citoyenne au cœur de sa trajectoire.



