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Développement Durable

Décarbonisation : que doit faire le Maroc ?

Une manière simple d’évaluer la probabilité que le Maroc atteigne ses objectifs en matière de GES d’ici 2030 est de comparer la croissance enregistrée des émissions entre 2010 et 2018 (les dernières données disponibles) et celle prévue dans le scénario inconditionnel entre 2018 et 2030.

Il convient de noter que les données sur les émissions varient quelque peu entre les sources nationales, les données de l’ONU et celles utilisées comme référence pour le scénario CNA. Nous pensons toutefois que les tendances abordées ici sont globalement correctes. Selon les données de la Banque mondiale, le taux d’augmentation des émissions réelles de GES entre 2010 et 2018 était en moyenne de 2,6 % par an.

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Le taux de croissance cible fixé par le scénario inconditionnel est une croissance des émissions de 1,8 % par an entre 2018 et 2030. L’objectif implique une décélération significative des émissions du Maroc, un défi de taille pour les autorités, surtout si la croissance économique est plus élevée que celle de ces dernières années.

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Ce défi peut toutefois être relevé grâce à des politiques appropriées. Selon une récente étude du PCNS, le Maroc pourrait réduire ses émissions de 40% par rapport au scénario de référence CNA d’ici 2030 en prenant certaines mesures. Cela signifierait que les émissions du Maroc atteindraient très largement l’objectif inconditionnel fixé dans sa nouvelle CDN.

Les mesures nécessaires consistent à accroître considérablement l’électrification des secteurs d’utilisation finale, y compris l’adoption de véhicules électriques (VE), et à augmenter l’utilisation des énergies renouvelables, principalement dans la production d’électricité. Le secteur résidentiel peut lui aussi réduire considérablement ses émissions de GES.

Ces mesures peuvent en outre contribuer à réduire la facture énergétique marocaine de manière significative, qui représentait environ 7% du PIB du Maroc en 2019, notamment grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique et à la substitution des énergies fossiles par des énergies renouvelables. Pour permettre l’électrification des secteurs d’utilisation finale du Maroc, il faudra développer le réseau électrique et accroître sa flexibilité de manière à pouvoir répondre à une demande plus élevée.

De nombreuses barrières devront être surmontées, dans un premier temps, pour promouvoir la mobilité électrique, notamment le coût initial élevé des VE par rapport à celui des véhicules à moteur à combustion interne et le coût élevé des systèmes de stockage de l’énergie par batterie.

Quel que soit le scénario, de gros investissements seront nécessaires pour financer la décarbonisation du Maroc. Ces dépenses, si elles sont supportées par l’État, viendront s’ajouter aux niveaux déjà élevés de la dette publique.

D’où la nécessité de réduire les subventions aux combustibles fossiles accordées aux ménages et au secteur de l’électricité. Plus important encore, le Maroc doit s’efforcer de devenir une destination plus attrayante pour les investisseurs nationaux et internationaux désireux de profiter de son élan de décarbonisation.

Pour y parvenir, des réformes visant à faciliter les affaires au Maroc peuvent être mises en œuvre, comme cela a été évoqué dans diverses études. Mais les incitations financières peuvent également jouer un rôle important, par exemple, en encourageant l’adoption des véhicules électriques, l’utilisation des pompes à chaleur, des chaudières solaires thermiques et à induction dans les secteurs agricole et résidentiel, et les investissements dans les énergies renouvelables dans le secteur de l’électricité.

La mise en œuvre d’un système de tarification du carbone dans certains secteurs à fortes émissions est source de nombreuses complexités, mais peut également contribuer à soutenir la transition. Parmi les mesures non financières importantes pour promouvoir la décarbonisation, on peut citer des normes techniques et environnementales plus strictes pour les nouvelles constructions et la rénovation des bâtiments.

La réforme de la réglementation relative aux grands projets énergétiques pourrait contribuer à stimuler la participation du secteur privé. La réforme des subventions du gaz naturel liquéfié, une question sensible, devra être abordée à un moment ou à un autre. Bon nombre de ces mesures impliquent une augmentation du prix de l’utilisation des combustibles fossiles et, comme la transition est coûteuse et demande du temps, des mesures compensatoires pour les groupes les plus vulnérables de la société qui supportent ces coûts doivent faire partie intégrante de l’équation.

Extrait de l’article : le Maroc à la Cop26 

écrit par Par Rim Berahab et Uri Dadush (PCNS)

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