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Interview

Délais de paiement : l’effet domino de la loi 69-21, 32 jours de gagnés pour les TPE

Délais de paiement TPE Amine Diouri

Interviewé par Soubha Es-Siari I

C’est une bouffée d’oxygène inédite pour les TPE marocaines : leurs délais clients ont fondu de 32 jours, un effet de diffusion direct de la discipline imposée aux PME. Mais alors que le crédit interentreprises reste, depuis l’Antiquité, la première source de financement privé du Royaume devant le crédit bancaire, avons-nous atteint un plancher structurel ? Face à des grandes entreprises qui tardent encore à descendre sous la barre légale des 60 jours, l’arsenal répressif de la loi 69-21 sera-t-il suffisant en 2026 ? Entretien avec Amine Diouri, Directeur Produits, Études & Communication à Inforisk sur les principales conclusions de l’étude Délais de paiement 2026.

EcoActu.ma : L’effet de diffusion des PME vers les TPE en 2024 est important dans votre étude. Pensez-vous que cette baisse de 32 jours des délais clients des TPE va se poursuivre au même rythme en 2025-2026, ou a-t-on atteint un plancher structurel ?

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Amine Diouri : Je pense qu’effectivement les délais de paiement moyens vont continuer de baisser jusqu’à se rapprocher progressivement du délai légal de 120 jours. Ce qui représente pour les TPE une grande victoire. Rappelons-nous qu’il y a encore quelques années, les délais clients pour cette catégorie d’entreprises dépassaient les 240 jours. Une marge d’amélioration existe encore à court-moyen terme, d’autant plus qu’en 2026, toutes les entreprises de plus de 2 MDHS de chiffres d’affaires déclarent pour la première fois toutes leurs factures (quel que soit leurs montants) en retards de paiement.

Malgré sa baisse, le crédit interentreprises (368 Mds de DH) reste la première source de financement privé. Selon les projections de Inforisk, à partir de quelle année le crédit bancaire pourrait-il le détrôner ?

Un point important à rappeler, c’est que le crédit interentreprises existe depuis l’Antiquité. On y retrouve des traces dans le code Hammourabi il y a plus de 3000 ans. Cette pratique commerciale entre 2 entreprises a toujours existé. La raison de son succès est très simple : c’est un crédit gratuit (tant que le client respecte les délais légaux) qui ne nécessite pas une démarche administrative complexe comme pour le crédit bancaire. Il est donc normal que ce crédit soit la première source de financement des entreprises. D’autant plus, que ce crédit peut être accordé à toutes les entreprises quelque soit leurs tailles, contrairement au crédit bancaire.

Les grandes entreprises maintiennent leurs délais fournisseurs à 75 jours, ce qui reste supérieur au plafond légal standard (60 jours). Les sanctions pécuniaires prévues par la loi 69-21 sont-elles assez dissuasives pour les pousser à descendre sous la barre des 60 jours ?

N’oublions pas que les délais légaux de 60 jours et 120 jours (selon qu’ils soient négociés ou non) ne sont pas les seules options possibles. Le fournisseur peut ne pas accorder de crédit, ou au contraire accorder un délai de 30 jours, 45 jours… Les retards de paiement réels ne sont pas légaux mais contractuels : si le client et le fournisseur se sont mis d’accord pour un paiement à 30 jours, le 31ème jours le client est en retard de paiement.

Ce taux élevé de retards de plus de 90 jours ne cache-t-il pas une recrudescence des litiges commerciaux ? Autrement dit, est-ce que certaines entreprises n’utilisent pas la contestation de facture comme un moyen de contourner légalement les sanctions de la loi 69-21 

Vous avez raison. Le bon bilan chiffré de la loi 69-21 ne doit cependant pas effacer les nouvelles pratiques qui se sont instaurées sur le Marché. De nombreuses entreprises, à l’expiration du délai de paiement accordé par leurs fournisseurs, réclament l’annulation de la facture pouvant engendrée des pénalités de retards et son remplacement par une nouvelle facture portant un nouveau compte à rebours de 120 jours. Cette pratique fausse quelque peu l’analyse réelle de l’évolution des délais de paiement.

Si vous aviez une recommandation ou un ajustement à proposer au gouvernement pour améliorer l’application de la loi 69-21 d’ici fin 2026, quel serait-il ?

Des mesures complémentaires, dont certaines ont déjà été évoquées, pourraient accompagner les dispositifs de la loi 69-21. Tout d’abord, je pense à un renforcement des contrôles par la DGI. Ce point est actuellement en cours. Nous pourrions remettre sur le tapis la question du Name and Shame et la publication des entreprises sanctionnées par l’Etat. Cette mesure aurait un effet dissuasif puissant, particulièrement sur les entreprises soucieuses de leur image.

Ensuite, il serait utile de développer les outils de financement alternatif comme l’affacturage inversé (reverse factoring) porté par les grandes entreprises au bénéfice de leurs fournisseurs TPE. Les récentes mesures annoncées par l’Etat vont dans ce sens.

Un autre mécanisme puissant à mettre en place consisterait à conditionner l’accès aux marchés publics au respect strict des délais de paiement, comme cela existe dans certains pays européens.

Enfin, l’Etat pourrait subventionner les entreprises qui se dotent d’outils spécifiques (data, solutions complètes de cash collection) leur permettant de mieux gérer leur trésorerie et particulièrement leur recouvrement. Beaucoup de TPME en sont aujourd’hui encore dépourvues. Il est important de les accompagner vers ces outils puissants mêlant Intelligence Data et automatisation des process. 

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