[Entretien] « Les réserves de biosphère peuvent jouer un rôle important dans les ODD », Latifa Yaacoubi
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Interviewée par Imane Bouhrara I
Le Maroc a été élu à la présidence du CIC-MAB, en la personne Latifa Yaacoubi, directrice générale de l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA) l’occasion de la 36e session du Conseil international de coordination du Programme sur l’Homme et la biosphère. L’objectif du mandat de 2 ans est de raffermir les relations de coopération avec les pays membres, et à continuer sur le même élan en vue de promouvoir le développement des biosphères, sur la voie de la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD). Pour quels enjeux ? La réponse avec Latifa Yaacoubi.
EcoActu.ma : Votre élection à la tête du CIC est stratégique pour le Royaume du Maroc qui abrite 4 biosphères reconnues par l’UNESCO. Est-ce que cela veut dire que le Royaume du Maroc se positionne dans le Leadership régional des biosphères ?
Latifa Yaacoubi : Il est clair que l’élection du Maroc à la tête du CIC est une traduction de l’engagement de notre Royaume envers les initiatives écologiques et envers les objectifs de développement durable ODD définissant les 17 priorités pour un développement socialement équitable sûr. Le choix porté sur le Maroc est le fruit des efforts conjoints de toutes les parties prenantes nationales sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’Assiste, au service du développement de nos réserves de biosphères.
Il s’agit d’une nouvelle responsabilité qui suivra la logique de l’évolution progressive du positionnement de notre pays au niveau régional et international pour un Maroc aux valeurs environnementales, économiquement prospère, inclusif et prévisible à l’horizon de 2030 et de toute initiative servant le bien-être des populations et de leurs générations de demain.
Avec les trois réserves de biosphère terrestres et la quatrième intercontinentale, presque le quart du territoire national est couvert par les réserves et a toujours été actif au sein de Arab MAB et AfriMAB. Nous avons toujours été engagés dans les débats internationaux relatifs la diversité biologique et aux questions du dérèglement climatiques et toutes les discussions liées au développement durable. Notre pays a veillé sur l’intégration des orientations des conventions internationales liées à la biodiversité et au climat qu’il a ratifié au niveau des politique nationales. Le Maroc a même décliné ces stratégies au niveau régional notamment l’élaboration et l’adoption du PTRC (plan territorial pour la lutte contre le réchauffement climatique).
Il ne faut pas oublier que le Maroc a été derrière l’initiative des oasis durables qu’il a défendu dans les évènements internationaux comme la COP22 et dernièrement la Cop 28 à Dubaï ou nous avons organisé un side event en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) sous le thème :la « Gouvernance de l’initiative oasis durables ».
Ce fut pour nous une occasion de souligner le rôle de cette alliance dans le renforcement et la promotion de la recherche pluridisciplinaire et l’échange des connaissances autour des oasis. L’appui à cette initiative a été assuré par l’agence pour le développement agricole (ADA), la fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA)ainsi que des représentants des organisations non gouvernementales.
Notre Royaume a également œuvré pour un fort plaidoyer visant à donner à l’Arganier et à sa réserve de biosphère une place privilégiée dans l’héritage patrimoniale international. La proclamation de la journée internationale de l’Arganier par l’assemblée générale des Nations Unies a été le couronnement de plusieurs années de combat et de labeur pour plus de reconnaissance de cette biosphère.
Qu’est-ce que les réserves de biosphère et quels sont leurs impacts sur les territoires et sur les populations en tant que reconnaissance et en tant que concept ?
Etant des modèles qui servent à tester et à appliquer des approches Interdisciplinaires pour comprendre et gérer les changements dans les systèmes sociaux et écologiques et leur interaction, les réserves de biosphère sont également des laboratoires à ciel ouvert pour innover et initier des modèles de développement durable qui visent une conciliation de fonctions entre la préservation et le développement appuyé par l’activité scientifique et la sensibilisation. Cette conciliation permet de converger et intégrer les efforts et les moyens autour d’une vision consensuelle et à travers un projet de territoire au service du bien-être des populations.
Conscient du rôle stratégique des réserves de biosphère, le Maroc s’est engagé dans une politique de création de ces réserves dans des zones à fort potentiel patrimonial les intégrant dans ses stratégies nationales et régionales et surtout celles en relation avec la préservation des sols et de la biodiversité ainsi que du patrimoine culturel.
N’oublions pas que les réserves de biosphère peuvent jouer un rôle important dans les objectifs de développement durable et contribuer à améliorer les conditions économiques, environnementales et sociales des communautés locales. Elles offrent également de bons moyens de protéger les écosystèmes et d’encourager le développement des économies locales dans les zones rurales.
Pour l’Unesco, les réserves de biosphère apportent des solutions locales aux défis mondiaux.
Mais il est malheureux de constater que les réserves de biosphère à l’échelle mondiale sont confrontées plus que jamais à de fortes pressions. Les dérèglements climatiques et les changements globaux y sont en évolution continue et les effets de l’influence de l’action humaine y sont partout remarquables.
L’implication des différents acteurs et surtout l’inclusion de la population locale a contribué au renforcement de la résilience de ces territoires. L’engagement des acteurs, quant à lui se fait par le déclenchement des processus de conservation et de valorisation par le biais de mise en œuvre de projets intégrés et adaptés aux spécificités de chaque zone à l’intérieur de ces réserves. Je saisi cette occasion pour applaudir le grand rôle des ONG comme acteur local, pour leur travail exemplaire à travers une réponse aux besoins immédiats des populations combinés à des activités de conservation de la biodiversité et des ressources naturelles de façon générale.
Votre élection à la tête du Conseil International de coordination sur l’Homme et la biosphère de l’UNESCO vient à la veille de la clôture du Plan d’action de Lima (2016-2025) ?
Effectivement et c’est une occasion pour faire le bilan de ce plan et pour préparer la nouvelle stratégie en s’alignant aux nouvelles orientations. Il est également question de revisiter les états actuels de nos réserves affectées par les effets majeurs inquiétants des changements dont l’agressivité des dérèglements climatiques et les risques de leur aggravation deviennent de plus en plus inquiétants. Dans notre agenda, la mobilisation des connaissances, des compétences et des moyens adéquats, sera une priorité à soumettre aux discussions.
Parmi les missions du nouvel exécutif du MAB, présidé par le Maroc, figure la préparation et la coordination du cinquième Congrès mondiales des réserves de biosphère, prévu à Handzhou, capitale de la province du Zhejiang en chine, du 22 au 27 Septembre 2025.
La Nouvelle présidence s’inscrira dans la continuité afin de renforcer le cadre juridique et de gouvernance des réserves de biosphères nationales. Il me tient à cœur d’élargir notre réseau de biosphères en proposant de nouvelles zones présentant une diversité naturelle et bio-culturelle. Renforcer la coopération internationale, notamment la promotion de la coopération Sud-Sud, sera également la valeur ajoutée de notre mandat pour faire face aux défis qui nous attendent ainsi que développer des projets communs dans les domaines de la recherche, de la conservation et du développement durable des biosphères et de soutenir les initiatives conjointes de développement d’infrastructures et de technologies pour leur gestion. L’accès aux financements constituera également une préoccupation majeure de notre mandat visant à faciliter l’obtention de fonds et de ressources pour la réalisation des projets de coopération Sud -Sud.
Je rappelle que le réseau mondial des biosphères, fondé sur le programme MAB, est la plus grande et la plus ancienne collection de réserves naturelles du système de l’UNESCO. Actuellement, il comporte 738 réserves de biosphère dans 134 pays et régions qui couvrent environ 5% de la surface terrestre. Ces réserves nécessitent notre adhésion à tous.
Le choix de la Reserve de Biosphère de l’Arganeraie pour abriter la 36 session du CIC est très symbolique en raison du parcours apprenant de cette réserve. Quelle est la particularité de cette réserve de biosphère ?
C’est avec émotion que je réponds à cette question qui parle d’une biosphère à qui j’ai consacré 12 ans de labeur en tant que directrice de la Zone de l’Arganier au sein de l’ANDZOA et continue de travailler pour son essor dans ma nouvelle fonction. Cette réserve (RBA) très étendue, située au sud-ouest du Maroc, est un chantier dynamique pour suivre les différentes formes de mutations et de changements liés à son patrimoine naturel, historique et culturel. Ceux-ci sont le produit de l’interaction de différents facteurs liés aux innovations économiques, sociales et culturelles, aux adaptations, aux effets de la mondialisation et aux différents changements environnementaux et les défis auxquels ils nous affrontent.
Evoquant la tendance de l’évolution de la réserve de biosphère de l’Arganeraie, cette dernière nous renseigne sur la complexité de son système socio-écologique et les enjeux juxtaposés et parfois opposés de sa conservation et de son développement territorial durable.
Je dois souligner que les territoires de l’Arganier vivent aujourd’hui une pleine et profonde mutation et un changement de paradigme puisqu’ils évoluent progressivement vers l’appropriation du concept de réserve de biosphère de l’Unesco.
L’évolution de la RBA nous a démontré le rôle incontournable de la mobilisation des acteurs et la dynamisation collective des territoires dans un processus évolutif basé sur des consensus respectant de manières optimale la mutualisation de la conservation et le développement.
Pour nous, la fédération des acteurs locaux de la RBA passe par le partage de l’intérêt collectif des apports et des bénéfices. Ceci s’est concrétisé à travers la création de la Fédération Nationale des Ayants-droits de l’Arganier qui ont acquis aujourd’hui la compétence de plaidoyer à tous les niveaux en faveur d’une réserve de biosphère durable.
Cette structure qui tous les espaces de l’arganeraie, a pu se développer pour jouer un rôle prépondérant dans la planification et la mise en œuvre des activités de conservation, de sensibilisation et de participation au programme de recherche sans oublier son rôle dans le développement socio-économique local.
Comment la création de l’ANDZOA a contribué à la concrétisation des réserves de biosphère de l’Arganeraie et des oasis ?
L’ANDZOA est à la fois le fruit de la création des deux réserves de biosphère des oasis et de l’Arganier et joue le rôle de soutien logistique pour la mise en œuvre de leurs plans cadre de gestion. Plusieurs projets ont été réalisés avec le soutien des bailleurs de fonds comme le GEF et le GCF et plusieurs initiatives stratégiques ont été initiées j’en cite celle des oasis durables et le MAB Oasis.
L’Agence nationale de développement des zones oasiennes et de l’Arganier (ANDZOA) et dont les missions viennent en complémentarité avec celles des autres départements sectoriels, notamment l’Agence Nationale des Eaux et forêts (ANEF) et l’Agence de du Bassin Hydraulique (ABH) et le Département du ministère de l’agriculture pour l’aboutissement des trois objectifs de la RBA qui sont la conservation, le développement ainsi que l’appui logistique a été créée en 2010 conformément aux hautes orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, notre agence s’est forgée une réputation d’excellence dans la préservation et le développement des réserves des biosphères oasiens et de l’Arganier. Notre première décennie a été marquée par d’importantes avancées, notamment l’émergence d’une expertise locale en ingénierie de projets et en gouvernance territoriale participative, ainsi que la reconnaissance internationale de notre expérience en matière d’appui au développement durable.
L’ANDZOA, a pour mission d’élaborer, en coordination avec les autorités gouvernementales, les corps élus et les organismes concernés, un programme global de développement des zones de son intervention, d’assurer son exécution, le suivi de sa réalisation et son évaluation dans le cadre d’un développement durable aux niveaux économique, social, culturel, environnemental et humain conformément aux orientations et stratégies décidées.
Au niveau de la RBA, l’ANDZOA assure un rôle d’animation et de dynamisation des territoires vulnérables et également le rôle de fédérateur des différents secteurs. Par ailleurs, par le biais de ses programmes, l’ANDZOA assure la mise à niveau du développement socioéconomique des espaces ruraux de la RBA en mettant l’accent sur l’appui au développement de la filière de l’huile d’Argan, tout en soutenant les efforts de préservation et de réhabilitation des écosystèmes de l’Arganier, ainsi qu’en encourageant la recherche scientifique au profit des territoires.
Quant à la recherche scientifique, elle était présente dès la création de la réserve de biosphère. A leur tour Les universités et les établissements de recherche s’intéressaient déjà à l’Arganier notamment ses valeurs naturelles, patrimoniales, culturelles, sociales et économiques. En 2011, date décisive pour la réserve de biosphère, la 1ere édition du congrès international de l’Arganier par l’Agence nationale de développement des zones oasiennes et de l’Arganier voit le jour. Depuis, tous les deux ans, l’ANDZOA avec ses partenaires offrent l’opportunité de présenter des travaux de recherche, des réalisations ainsi que des projets accomplis dans la réserve de biosphère.
D’ailleurs une recommandation de ce congrès relative à la mise en place d’une plateforme d’échange et coopération au profit de la réserve de biosphère de l’arganeraie, vient de se concrétiser avec la création du centre international de l’Arganier (CIA) qui aura but de développer la recherche scientifique en interface avec les besoins des gestionnaires et des territoires.
