Crédits, coût du risque, créances en souffrance… 2023 en dents de scie

Ecrit par la Rédaction I
Le secteur bancaire marocain a connu de grands mouvements en 2023, notamment une forte évolution des crédits à l’équipements face à une baisse de crédits à la trésorerie, sur fond de croissance économique plus forte en 2023, une stabilisation des créances en souffrance et un renforcement de la solvabilité des banques, un renforcement de la digitalisation au détriment du réseau physique d’agence. Ou encore une montée en puissance des établissements de paiements, contre une contraction du réseau des associations de microfinance. Les détails.
Sur fond de croissance bancaire et baisse de l’inflation, l’activité du secteur bancaire a connu quelques changements en 2023, l’exercice confirmant l’installation de tendances lourdes comme le renforcement de la digitalisation et une décélération au niveau du réseau d’agences bancaires physiques ou encore une montée en puissance des établissements de paiement assurant une plus grande inclusion financière des populations. Ce sont autant d’éléments que révèle la 20ème édition du rapport annuel sur la supervision bancaire au titre de l’exercice 2023, présentée ce jeudi au siège de Bank Al-Maghrib à Casablanca et qui dresse le bilan de l’action de régulation et de contrôle de la Banque centrale ainsi que des activités du secteur des établissements de crédit et organismes assimilés.
À noter que suite à l’introduction en Bourse d’une banque de la place, la population des établissements de crédit cotés se situe à 11 en 2023, répartie entre 7 banques et 4 sociétés de financement. Ces établissements représentent près de 38% de la capitalisation boursière.
D’emblée, le nombre d’établissements de crédit et organismes assujettis au contrôle de Bank Al- Maghrib est passé de 90 établissements en 2022 à 88 établissements en 2023, répartis entre 19 banques conventionnelles, 5 banques participatives, 29 sociétés de financement, 6 banques offshore, 11 institutions de microfinance, 16 établissements de paiement, la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) et la Société Nationale de Garantie et du Financement de l’Entreprise (SNGFE). Sont également soumises au contrôle de Bank Al-Maghrib, 4 fenêtres participatives, dont une spécialisée dans la garantie des financements.
En termes d’activité, le crédit bancaire a progressé de 4,8% tiré principalement par les crédits à l’équipement. Pour sa part, le taux des créances en souffrance s’est stabilisé à 8,5% du portefeuille des prêts octroyés par les banques.
Après l’année 2022 marquée par une contraction des résultats bancaires, ces derniers se sont redressés en 2023 en raison de la détente des conditions de taux d’intérêts sur les marchés.
Le secteur bancaire est resté solide avec un ratio de solvabilité moyen de 15,5% et un ratio de fonds propres de catégorie 1 moyen de 12,9% au-delà des minima réglementaires de 12% et 9% respectivement. Le ratio de liquidité moyen à court terme s’est également maintenu à un niveau confortable.
A fin 2023, le nombre d’agences bancaires s’est réduit de 103 unités pour ressortir à 5.802. Cette évolution reflète une baisse de 109 agences pour les banques conventionnelles et une hausse de 6 agences pour les banques participatives.
Présentant le Rapport, Nabil Badr, adjoint au Directeur de la direction de la supervision bancaire de BAM, a soutenu que cette contraction n’impacte en rien l’inclusion financière, puisque supplanter par un recours renforcé aux applications de services bancaires digitalisés et un renforcement des établissements de paiements auprès de la clientèles, qui ont enregistré une progression de 12% pour s’établir à 25.125 points physiques à fin 2023.
Ainsi, la densité bancaire, mesurée par le nombre d’habitants par guichet, ressort à 6.400 après 6.300 une année auparavant. Pour sa part, le nombre d’agences pour 10.000 habitants est resté stable à 1,6 guichet.
Parallèlement, le parc des guichets automatiques bancaires (GAB) a progressé de 1%, soit +79 unités, après 2,8% l’année précédente pour s’établir à 8.242 unités.
Pour sa part, le réseau des institutions de microfinance a enregistré une baisse de 1,5% à 1.653 points de vente en 2023, après celle de 0,5% l’année passée. Cette baisse reflète un processus d’optimisation des coûts par suite des difficultés subies par les institutions de microfinance dans le contexte de la crise Covid-19, la sècheresse et les tensions sur le pouvoir d’achat.
Par ailleurs, si le nombre de comptes bancaires ouverts sur les livres des banques est ressorti en hausse de 7,2%, à 36,3 millions de comptes après 33,9 millions enregistré à fin 2022, soit un additionnel de 2,5 millions de comptes, le rapport relève une baisse de 10 des dépôts à terme face à une progression de 5,8% des comptes à vue, les comptes épargne ont pour leur part progressé de 2,1%
Coût du risque Vs Solvabilité
Après une baisse de 25,7% enregistrée en 2022, le coût du risque s’est accru de 22,7% pour s’établir à 9,5 milliards de dirhams. Sur ce total, le coût du risque afférent aux créances en souffrance a augmenté de 8,2% à 8,3 milliards de dirhams. Les autres dotations nettes de reprises sont passées d’un solde de 68 millions à 1,2 milliard de dirhams, en lien avec la hausse des provisions pour risques généraux.
« Cette augmentation intervient après une année de baisse donc on a une année de base sur l’année 2022. Le niveau du coût du risque ne dépasse celui constaté en 2021 dépassant 10,4 Mds de DH. Il est principalement en lien avec le coût du risque de crédit », explique Ilham Zainane, Directrice adjointe de la supervision bancaire à Bank Al-Maghrib en rappelant qu’il suit également le niveau de développement des activités de financement avec un encours en hausse.
Rapporté au résultat brut d’exploitation, le coût du risque a représenté 30,8%, contre 31,2% une année auparavant. Par rapport à l’encours des crédits, il a augmenté à 0,9% contre 0,7%.
Au plan de la solvabilité, les banques ont dégagé, sur base sociale, un ratio moyen de solvabilité de 15,5% et un ratio moyen de fonds propres de catégorie 1 de 12,9%, supérieurs aux minima réglementaires de 12% et 9% respectivement. Sur base consolidée, ces ratios se situent respectivement à 13,5% et 11,6%. Bank Al-Maghrib a réitéré cette année son appel à la prudence en matière de distribution des dividendes pour renforcer la solidité des banques face à d’éventuels chocs, tout en assurant un suivi prospectif des risques induits par la conjoncture et susceptibles de peser sur le système bancaire.
Outre les contrôles sur place de la conformité des pratiques en matière de déclassement et de provisionnement des créances en souffrance, la Banque a porté une attention particulière aux impacts de l’inflation sur le crédit et la solvabilité des emprunteurs. Elle a également suivi de près l’évolution des risques de taux et de marchés au regard des répercussions potentielles des conditions monétaires sur les bilans bancaires.
Activité de régulation
Sur le plan de la régulation, Bank Al-Maghrib a poursuivi, en 2023, les travaux de transposition des normes bancaires internationales à l’effet de consolider la résilience du secteur.
L’année 2023 a été également marquée par le parachèvement, en coordination avec la Banque Mondiale, d’un premier exercice d’évaluation de l’exposition des banques aux risques financiers induits par le changement climatique.
Dans le domaine de l’intégrité financière, les actions de renforcement du dispositif national de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme menées par Bank Al-Maghrib aux côtés des autres parties prenantes publiques et privées ont été couronnés par la sortie du Maroc de la liste grise du Groupe d’Action Financière et de celle de l’Union Européenne.
En 2023, la Banque centrale a poursuivi les initiatives visant à accompagner la digitalisation des services bancaires. C’est ainsi qu’après l’adoption du cadre réglementaire régissant les plateformes de crowdfunding, Bank Al-Maghrib a instruit les premiers dossiers de demande d’agrément à l’exercice des activités de financement collaboratif de type prêts et dons.
Bank Al-Maghrib a, par ailleurs, continué de fédérer les travaux relatifs à l’encadrement des cryptoactifs, l’usage de l’authentification numérique, la sécurisation des services bancaires digitaux ainsi que la cyber résilience des opérateurs bancaires.
Aussi, Bank Al-Maghrib a-t-elle œuvré au renforcement de la qualité de la relation banque- client, érigé parmi ses priorités. A ce titre, l’année 2023 a connu le lancement d’un comparateur des tarifs bancaires et des dates de valeur et l’adoption d’une charte interbancaire en faveur des personnes en situation de handicap.
Bank Al-Maghrib a également œuvré avec les opérateurs du marché à la mise en place d’une offre de services bancaires et de paiement adaptée aux familles bénéficiaires des programmes d’aides sociales accordées par le gouvernement, ce qui n’a pas manqué d’impacter favorablement la bancarisation et l’inclusion financière.
