D’ici à mi-Août, il n’y a pas de raison évidente d’augmentation du prix du gasoil

Il est rare que des entreprises, telles que celles de l’oligopole des distributeurs de combustibles liquides, soient repues de bénéfices exceptionnels mais parfois, elles craignent des représailles ne pas avoir prévenu contre « … les risques d’atteinte à la concurrence au bénéfice des consommateurs« [1] comme il peut aussi arriver que quelqu’un susurre à l’oreille de leurs dirigeants de quoi leur donner quelques remords à abuser de pratiques spéculatives, légales furent-elles.
Je me suis toujours demandé comment qualifier un marché dit « concurrentiel » dans lequel tous les distributeurs d’un produit quelconque sont « assujettis » à changer leurs prix à la même date et que l’amplitude de la variation des prix est la même chez tous sans que la quasi-totalité des détaillants n’ait ni le choix de fixer leurs prix, ni celui de changer de fournisseur… On m’a dit un jour que les distributeurs de combustibles du Maroc avaient une attitude de trader, « immorale » dans un commerce national, alors que les traders ne fixent pas leurs prix de vente.
Nous entrons dans une période de migrations estivales en ce début du mois de Juillet, quinzaine à laquelle les distributeurs ont placé les étiquettes moyennes du gasoil autour de 12,60 Dh/litre à Casablanca. Or, nous avons réservé un article détaillant spécifiquement des décalages[2] entre les cours mondiaux et les prix à la pompe et révélant, sans équivoque, un retard six semaines entre ceux-ci. Compte tenu de ce retard, nous allons essayer de voir (par forcément de prévoir) ce qui devrait se passer dans les six prochaines semaines, si les distributeurs acceptaient de s’en tenir à des comportements « normaux » (au sens statistique du terme), d’ailleurs la justification d’une hausse des prix dans un contexte où les cours sont à la baisse n’est pas facile à faire avaler, contrairement à ce qui s’est passé mi-Mars 2026.
Des données hebdomadaires sont utilisées depuis mars 2020, puis journalières depuis le 19 janvier 2026 pour (i) les cours internationaux du pétrole, (ii) du gasoil et (iii) du dollar US ainsi que (iv) les prix TTC à la pompe à Casablanca.
LES COURS DU GASOIL ET LES COURS DU PÉTROLE SONT SYNCHRONES
Dans le chaos de l’information suscitée par la quarantaine d’annonces contradictoires du Président Trump, et les yoyos des cours, il est difficile de se rappeler quelle est la tendance depuis la pointe du prix du pétrole à 116 US$ du 07 Avril 2026. A cet effet, la partie la plus récente du graphique de gauche de la Figure 1 montre que nous sommes dans une période « plutôt de baisse » combinée des cours internationaux du pétrole et du gasoil, baisse erratique certes, mais visible ! Dans le graphique de gauche de la Figure 1, la courbe bleue montre l’évolution des cours du gasoil à faible teneur en soufre (en US$/tonne, échelle de gauche) alors que la courbe rouge montre l’évolution des cours moyens du pétrole (en US$/Baril, échelle de droite). Les deux cours sont très acceptablement synchrones et on peut estimer grossièrement le cours du gasoil (en US$/tonne) en multipliant approximativement par dix le cours du pétrole (en US$/Baril).
Toutefois, la courbe bleue du graphique de droite de la Figure 1 montre que la corrélation est un peu plus complexe, en fait parabolique (à 87.00%). C’est un fait réel issu de la mise à jour de l’analyse des cours.

Figure 1 Cours du gasoil à faible teneur en soufre (rouge) et son prix TTC à Casablanca (bleus)
SUPERPOSITION DES PRIX RÉELS AUX PRIX CALCULÉS PAR CORRÉLATION
Sans accès fréquent aux valeurs CAF au dédouanement, l’évolution des prix TTC à la pompe du Maroc est synchrone avec celle des cours mondiaux du pétrole six semaines plus tôt2. On a montré que :
- l’évolution des cours mondiaux du gasoil à basse teneur en soufre est synchrone avec celle les cours mondiaux du pétrole et qu’il existe une corrélation entre les deux,
- l’évolution que des prix TTC du gasoil à la pompe est synchrone avec celle des cours mondiaux du même combustible six semaines plus tôt et qu’il existe une corrélation entre les deux.
La corrélation entre :
- les prix TTC à la pompe,
- et les cours internationaux du gasoil 42 jours avant, convertis de US$/tonne à Dh/litre,
est montrée dans le graphique de gauche de la Figure 2. Elle permet de prévoir les prix TTC « normaux » à la pompe si l’on connaît cours internationaux du gasoil. La parabole en pointillés bleus considère une TIC à 2,42 Dh/litre et un tirage du cours x par un facteur (1,9132 – 0.0627.x) englobant marge brute et TVA. Dans cette corrélation, les données ultérieures à l’attaque contre l’Iran, compte tenu de la « toxicité » qu’ont eu les prix anormalement anticipés entre mi-Mars et fin Avril 2026 sur la qualité de la corrélation qui a duré plus de quatre ans.
Le graphique de droite de la Figure 2 montre la superposition des prix réels TTC à la pompe (en bleu) avec ceux calculés par la corrélation du graphique de droite. La zone verte est agrandie dans l’insert.

Figure 2 Superposition des prix réels TTC (ligne bleu) à la pompe avec ceux calculés par la corrélation (cercles rouges)
La période ultérieure au 13/03/2026 a été évitée compte tenu de la nature « anormale » des prix à la pompe dans les quinzaines qui ont suivi l’attaque contre l’Iran. Nous avons déjà évoqué le sujet[3].
CONCLUSON
Les prix calculés par corrélation suivent une baisse erratique mais régulière depuis le 19 Mai 2026. Pour l’instant, cette baisse se prolonge jusqu’à la fin de la première moitié du mois de Août 2026. On aimerait bien savoir ce qui passera au-delà mais aucune boule de cristal n’est capable d’anticiper les tweets et actes du Président Trump !
Il est vrai qu’un marché baissier n’incite pas à faire des folies, en tous cas, voici les consommateurs avertis. Alors quels doigts devrions-nous croiser ou bien quels Dieux devrions-nous prier pour que nos distributeurs de combustibles liquides continuent à suivre cette baisse ? Le Maroc est déjà, à près d’un tiers de ses besoins énergétiques[4], dépendant des aléas des marchés internationaux du gasoil et du super. Pourquoi son économie devrait-elle aussi dépendre des aléas de l’humeur des distributeurs de combustibles liquides ?
[1] Engagement à l’égard du Conseil de la Concurrence en Novembre 2023 signé par 9 distributeurs de produits pétroliers.
[2] Amin Bennouna, « QUAND les cours mondiaux du gasoil impactent-ils les coûts et les prix en aval ?« , EcoActu, 22 June (2026), https://ecoactu.ma/quand-les-cours-mondiaux-du-gasoil-impactent-ils-les-couts-et-les-prix-en-aval/
[3] Amin Bennouna, « Enfin un prix de gasoil ‘acceptable’ après deux mois de hausses injustement anticipées », EcoActu 05 May (2026), https://ecoactu.ma/enfin-un-prix-de-gasoil-acceptable-apres-deux-mois-de-hausses-injustement-anticipees/
[4] Amin Bennouna, « Si en 2025, la production d’énergie du Maroc était à plus de 92% renouvelable elle comptait pour moins de 12% dans l’énergie nette consommée !« , EcoActu, 27 June (2026), https://ecoactu.ma/maroc-92-de-production-renouvelable-moins-de-12-de-consommation-nette-en-2025/
