Libéralisation accrue du Dirham : quel timing pour aborder la prochaine phase ?

Ecrit par la Rédaction I
Le contexte se prête-t-il ou pas encore pour une nouvelle flexibilité du Dirham ? Face aux objectifs et aux priorités retenus pour 2030, l’Etat serait appelé à procéder à une réflexion globale portant sur la modernisation de tous ses outils d’intervention dont sa politique de change.
Suggérée régulièrement par le FMI à l’occasion des consultations effectuées dans le cadre des dispositions de l’article IV, la réforme de la politique de change du Dirham est à chaque fois remise sur la table et ce à l’occasion de chaque conseil de la Banque Centrale. Le dernier Conseil du n’y a pas échappé. Le Wali de BAM en est bien conscient que le Maroc devrait se préparer à cette nouvelle phase mais ne plaide pas pour un passage incessamment. « Ce qui nous interpelle pour les 5 années à venir, c’est la grande réforme du régime de change. Précisément le passage à la 3ème phase du régime de change ainsi que le ciblage de l’inflation », avait-il précisé lors du dernier Conseil.
De surcroit, le Think tank britannique ‘’Capital Economics’’ a publié, récemment, son rapport ‘’Morocco well placed to move towards floating dirham’’, rapport dans lequel cet organisme estime que l’embellie économique actuelle serait propice pour poursuivre la réforme du Dirham.
Entamée voilà six ans, cette réforme a connu un premier élargissement de la bande de fluctuation de (+/- 2,5%) en janvier 2018 avant qu’elle ne soit élargie à (+/- 5%) en mars 2020, ces fluctuations se faisant autour d’un taux de référence déterminé par la Banque Centrale à partir d’un panier de devises composé de 60% d’euros et de 40% de dollars.
L’idée sous-jacente est qu’une libéralisation du change serait de nature à contribuer à l’amortissement des effets fâcheux des chocs externes de nature systémique. « Ces chocs externes (Covid19, tremblement de terre, guerres, etc.) ont certes occasionné une forte hausse des prix sur les marchés internationaux, mais l’économie nationale a fait montre d’une bonne résilience semblant prouver que le seuil actuel (+/-5%) a joué pleinement son rôle », expliquent les analystes du CMC. Et d’enchaîner : « Dans ces conditions, le passage à cette troisième phase de la réforme du dirham ne devrait être envisageable qu’à moyen-long terme mais nullement à courte échéance ».
A cet égard et compte tenu de l’embellie de la gerbe des indicateurs macro-financiers, une libéralisation accrue du change ne serait pas, dans un avenir proche, à l’ordre du jour des différentes politiques publiques.
Chiffres à l’appui : l’inflation, telle qu’elle est mesurée par l’indice des prix à la consommation (l’IPC), est certes toujours élevée mais elle est sur une pente descendante : 6,1% fin 2023 en baisse de 0,5 point comparativement à 2022. En lien avec un choc d’offre accentué par l’effet de la sécheresse, cette hausse des prix est attribuée essentiellement aux prix alimentaires, l’inflation non alimentaire s’étant normalisée pour revenir à seulement (+1,7%) en 2023 contre (+3,9%) en 2022, sous l’effet de l’atténuation des prix à l’international des produits de base. Mieux encore, on relève qu’au terme du premier quadrimestre de l’année en cours, l’IPC a nettement décéléré ramenant sa moyenne au titre des quatre premiers mois de 2024 à 0,9%. S’agissant, ensuite des finances publiques, il y a lieu de relever qu’elles sont sur la voie de consolidation.
Autres indicateurs annoncés par les conjoncturistes sont le déficit budgétaire et le compte courant de la balance des paiements. Rapportée au PIB, l’amélioration du déficit budgétaire qui s’est établi à (-4,4%) contre (-5,4%) en 2022, s’est faite sans aggravation de la dette totale du Trésor dont l’encours, à fin 2023, atteint environ 71% du PIB dont 25,6% (253Mds de Dhs ou 25 Mds de $US) échoit à la composante externe. De son côté, le déficit du compte courant de la balance des paiements au titre de l’année 2023 a été contenu à (-0,6%) du PIB contre (-3,6%) en 2022.
Lire également : Nouvelle phase de flexibilité du dirham : pourquoi le contexte ne s’y prête pas encore ?
Ajoutons à ces indicateurs, la bonne tenue des comptes extérieurs est encore plus visible s’agissant du stock des avoirs officiels de réserves (AOR) dont l’encours avoisine, au 17 mai dernier, les 372 Mds de dhs (permettant la couverture de presque un semestre d’importations. « Au total, ces performances globales ont été obtenues sans que le cours du dirham ne sorte de la bande de fluctuation (+/-5%), et sans interventions de BAM », tiennent à souligner les conjoncturistes.
2030 approche à grands pas !
D’après eux et eu égard à ces indicateurs, il faut procéder à une réflexion globale portant sur la modernisation de tous les outils d’intervention de l’Etat pour être en phase avec les objectifs et les priorités retenus pour 2030, priorités dont le développement social et la mise à niveau du pays figurent en pole position.
Or, suite à la succession des crises (covid19, tremblements de terre, etc. ) la croissance atone (hausse moyenne du PIB d’à peine 1,64% sur 2020-2024! ) conjuguée à un dérapage des prix a fait basculer plus de 3 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté/vulnérabilité tout en provoquant une hausse, inédite, du chômage qui culmine à plus de 13% de la population active.
Par ailleurs, profitant de la perspective de l’organisation de la CAN 2025 et du Mondial 2030, les pouvoirs publics ont lancé de vastes chantiers structurants (chemin de fer, ports et aéroports… ) pour une modernisation tous azimuts des infrastructures du pays, l’objectif ultime étant de réunir les conditions pour une amélioration significative de la compétitivité globale de l’économie nationale.
C’est à l’aune de ces enjeux qu’il conviendrait d’aborder la prochaine phase de cette réforme de change pour espérer faire des exportations un levier de développement avec une contribution, enfin positive, du commerce extérieur à la croissance.
