Ecrit par Soubha Es-Siari I
En ce début d’année 2026, de multiples signes annonciateurs font montre jusqu’au samedi 28 février, date à laquelle les Etats-Unis et Israël ont lancé conjointement une vaste offensive contre l’Iran, intitulée « Fureur épique », d’une consolidation du cycle de croissance de l’économie marocaine. Et pour cause, les principaux facteurs agissant sur la dynamique économique dans son ensemble tant du côté de l’offre que du côté de la demande présentent des configurations en constante amélioration.
Toutefois depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, le scepticisme règne et les analystes scrutent l’évolution du conflit, ses relents économiques craignant une révision des prévisions à la baisse sachant qu’Israël et les Etats-Unis sont deux grands alliés du Maroc.
Au niveau interne, les précipitations enregistrées depuis le début de la saison agricole annoncent une forte reprise de la valeur ajoutée agricole. Le PIB agricole contribue fortement à la croissance économique nationale, une situation dont n’arrive pas à se détacher l’économie marocaine et ce en dépit des efforts déployés dans le domaine de l’industrie. Mais qui compte beaucoup lorsque la saison agricole est bonne.
Force est d’admettre que les activités de services liés au tourisme connaissent ces dernières années une évolution régulière qui, à la faveur d’une demande accrue, semble s’inscrire dans la durée. Aussi, il est à noter noter que la demande intérieure de consommation mais aussi d’investissement tel que décrit dans la Loi de Finances devrait dans une telle perspective bénéficier des effets induits de la reprise et connaître un regain de dynamisme particulièrement marqué.
Au niveau externe, le conflit au Moyen-Orient, au cas où il s’inscrit dans la durée, pourrait entraîner dans son sillage une révision des indicateurs économiques. D’autant plus qu’il se traduit par une flambée des cours mondiaux du pétrole, une denrée dont dépend étroitement notre économie dans toutes ses facettes. 20 % de la consommation mondiale de pétrole transitant par le détroit d’Ormuz.
Le contexte international a déjà fait grimper les prix des matières premières. La loi de Finances 2026 table sur un prix du baril de 65 dollars alors qu’il est déjà à 85 dollars. Quant au gaz, sa consommation reste principalement domestique et son impact contenu rassure la ministre de finances dans une récente interview.
Il y a quelques semaines, l’optimisme était de mise et les analystes estimaient qu’en dépit d’un environnement général empreint d’incertitudes, l’activité économique au plan international fera montre en 2026 d’une remarquable résilience pour enregistrer une hausse de la production dépassant les 3% en 2026. Cette embellie devrait être portée principalement par l’amélioration des activités productives dans les pays émergents et en développement où la croissance oscillerait autour de 4%. A l’opposé, la création des richesses dans les principaux pays locomotives de l’économie mondiale (USA et UE) devrait être marquée par une nette atonie en raison des incertitudes pesant sur le contexte géopolitique et la résurgence de certaines pratiques protectionnistes.
Aujourd’hui dans des circonstances que personne n’imaginait il y a peu de temps, le commerce mondial serait, au cas de statuquo, en net recul comparativement à 2025. Ce qui ne serait pas exempt d’impact sur les différentes économies.
Au total, le scénario que la croissance économique au Maroc devrait connaitre un vif rebond en 2026 pour enregistrer une hausse du PIB de 5,7% avec un taux d’inflation prévisionnel de 1,2 % serait-il encore envisageable ?`
Se pose alors la question récurrente de l’adéquation des politiques publiques à mettre en œuvre pour consolider et accompagner la reprise de la croissance dans la durée.
Sous cet angle, et si au plan budgétaire les choix opérés s’inscrivent résolument dans une logique procyclique avec un soutien accru à l’activité à travers l’effort d’investissement public, force est de constater que la politique monétaire accuse encore un certain décalage par rapport aux développements conjoncturels actuels et à venir. Le maintien du taux directeur pour la quatrième fois consécutive à 2,25 % n’est pas du goût d’un bon nombre d’économistes, le considérant comme une entrave à la dynamique économique. Etant donné le caractère largement exogène des pressions inflationnistes passées, une baisse graduelle et mesurée du taux directeur serait de nature à stimuler la demande de crédit sans remettre en cause l’objectif de stabilité des prix.
A quelques jours de la tenue du prochain conseil, nous nous interrogeons sue ce que Bank Al-Maghrib nous résèrve.
Il est utile de rappeler que la politique monétaire repose fondamentalement sur un arbitrage délicat entre stabilité des prix et soutien de l’activité. Compte tenu des données actuelles, quels seraient les choix opérés ? Une baisse du taux directeur est-elle souhaitable ou faut-il obtempérer et attendre l’évolution du présent conflit.

