Écrit par Imane Bouhrara I
La politique est ingrate et elle l’est encore plus à l’heure de la reddition des comptes.
Et l’heure du bilan a sonné pour le gouvernement issu des élections du 8 septembre 2021. Cinq ans se sont écoulés depuis la déclaration du gouvernement arrivé dans un contexte post pandémie et au milieu d’un épisode de sécheresse qui aura duré 7 ans. Un exécutif à trois têtes sans véritable idéologie politique, une cohésion chancelante et qui s’inscrit dans une tendance libérale presque sauvage.
Ne soyons pas ingrats, le gouvernement a pris les commandes dans une conjoncture très difficile. Et il a même signé quelques avancées comme la Charte d’investissements ou encore débloqué un temps le dialogue social mais aussi la poursuite de l’exécution des grandes chantiers entamés par le Maroc dont la couverture universelle.
Mais la présentation des réalisations les plus mirobolantes est étriquée… l’analyse du bilan du gouvernement ne peut échapper à la grille de lecture du citoyen lambda. Les chiffres, ce n’est pas ça qui nourrit l’homme et le citoyen n’a pas besoin d’un tableau Excel pour jauger la réussite d’un gouvernement ou son échec à répondre à ses besoins parfois élémentaires. Les chiffres sans mise en perspective ne reflètent pas un tableau réaliste.
La ménagère que je suis serais tentée de commencer par le panier qui coûte extrêmement cher dans un marché miné d’intermédiaires et où la vocation agricole marocaine mise à mal cède la place à l’importation… mais non.
Encore moins, la qualité des services publiques dans la santé et l’éducation, le b.a.-ba de ce qu’on attend de l’État et du gouvernement… les citoyens se saignant à blanc pour offrir à leurs enfants le mieux que leurs bourses permettent. Le pouvoir d’achat est plus que laminé.
Ni les prix à la pompe et ce feuilleton épuisant des chocs externes et leurs impacts sur tous types de souverainetés notamment énergétique. Le prix de l’immobilier n‘en parlons même pas.
Non revenons aux fondamentaux, particulièrement les indicateurs macroéconomiques. A commencer par le PIB, avec des taux de croissance n’excédante pas les 5% bien loin des 6 % espérés par le Nouveau modèle de développement, la dynamique sous l’ère du gouvernement actuelle est restée atone comme ses prédécesseurs… pas de disruption.
Par ailleurs, l’État demeure l’acteur prédominant dans l’émergence économique, loin derrière on retrouve le privé, autrement dit, nous sommes encore loin de l’inversion des 2/3 un 1/3 prévue également dans les objectifs du NMD à horizon 2035.
Et quand l’économie est atone, d’autres indicateurs trinquent particulièrement les statistiques du marché du travail. Là encore, il y a eu des records pas beaux du taux de chômages, notamment les diplômés, les jeunes et les femmes.
Les jeunes auront néanmoins la consolation d’une aide sociale directe dont se targue le gouvernement. Quelle terrible perspective !
Et encore, le gouvernement avant de rendre son tablier devra mettre les bouchées doubles pour respecter le calendrier de mise en œuvre de l’intégration des travailleurs informels dans le système de retraite.
En parlant de retraite, où en est la réforme ? Rien ? Passons à autre chose.
Pour ce qui est des ménages, la confiance évolue en dents de scie avec une tendance à la dégradation.
Et au-delà des chiffres, il y a le ressenti. Depuis son arrivée aux commandes, le gouvernement a enchaîné des décisions parfois inexplicables et à contre-courant de l’impératif de moralisation de la vie publique. Sans oublier les petites casseroles par-ci et par là.
Objectif ou subjectif, le ressenti n’est pas bon, forcément ça retombe sur le gouvernement, c’est en cela que la politique est ingrate. Aucun bilan n’est parfait, mais disons que le gouvernement s’est davantage compliqué la tâche avec son temps de réactivité parfois lent et un sentiment d’absence de proximité et de réaction aux doléances des citoyens. Le cas du GMT. Ce sont quelques détails qui font la différence et comblent l’écart entre gouvernants et gouvernés ou à l’inverse creusent un grand fossé.
Et la liste est loin d’être exhaustive de ces cinq interminables années. Pour le secteur de la presse qui nous concerne, on patauge toujours dans un marasme et un déni de démocratie sans précédent.
Emploi, informel, représentativité féminine et bien d’autres ombres figurent hélas au tableau de ce mandat… mais, le gouvernement nous laisse de belles promesses d’un avenir meilleur, pourvu qu’on vive jusqu’à ce jour.
Pour les vieux de la vieille, il arrive souvent qu’on critique un gouvernement et qu’on le regrette à l’arrivée d’un nouveau.
Pour celui-là, l’avenir (encore ?) nous le dira.

