IDME : la baisse se confirme pour la 4e année consécutive

Ecrit par S. Es-Siari I
Cette baisse n’est pas sans impact sur la position extérieure nette du Maroc en investissements directs qui, faut-il rappeler, est structurellement débitrice justement en raison de l’importance significative de l’encours des investissements directs étrangers au Maroc (IDE) par rapport à celui des investissements directs marocains à l’étranger (IDME).
L’office des changes révèle dans son dernier bulletin mensuel de mars 2024 que le flux net des IDME s’est établit à -114 MDH contre 1.682 MDH à fin mars 2023. Une baisse importante de 1.796 MDH. Si les cessions des investissements directs marocains à l’étranger ont affiché une hausse de 33,4%, les dépenses ou les IDME ont baissé de 12,7%.
En 2022, le flux net des Investissements directs étrangers (IDE) a atteint 20,97 milliards de DH, en hausse de 8,3% par rapport à 2021. Durant la même période, les recettes des IDE ont enregistré une hausse de 20,5% à plus de 38,44 milliards de DH alors que les dépenses ont augmenté de 39,2%.
Au terme de la même année 2022, les investissements directs marocains à l’étranger (IDME) se sont situés à près de 19,4 milliards de DH, affichant une hausse de 6,8% par rapport à 2021. De leur côté, les cessions de ces investissements se sont établies à plus de 13,17 milliards de DH, en baisse de 3,2%. Ainsi, le flux net des IDME a augmenté de 36,7%.
Comme le montre le graphe ci-dessous, après une forte croissance en 2021 (vs 2020, année de Covid), les IDME ont emprunté un trend baissier.

Interrogé sur les dessous de la baisse des IDME, une source au sein de l’Office des changes nous explique que parfois cette baisse est due au fait que l’exercice précédent s’est matérialisé par une grosse opération et du coup la variation est importante entre les deux exercices.
Et d’ajouter : « Que ce soit au niveau des dépenses ou des recettes, ce sont en gros les instruments de dettes qui ont baissé, les titres de participations, composante essentielle du stock des IDME sont restés quasiment stables ». Autrement dit, cette baisse des IDME ne doit pas inquiéter outre-mesure.
Notre source explique par ailleurs que les flux financiers courants entre chaque maison mère et ses filiales au Maroc ne reflètent pas la situation réelle des flux des IDME, mais c’est le cas est pareil à travers le monde.
Aussi, le Maroc est-il parmi les rares pays à publier les recettes et les dépenses relatives aux investissements marocains à l’étranger. La publication d’un flux négatif est souvent mal interprétée.
Cette baisse n’est pas sans impact sur la position extérieure nette du Maroc en investissements directs qui, faut-il rappeler, est structurellement débitrice justement en raison de l’importance significative de l’encours des investissements directs étrangers au Maroc (IDE) par rapport à celui des investissements directs marocains à l’étranger (IDME). Une détérioration de la PEG en 2024 ne pourrait être écartée.
A fin décembre 2023, cette position a dégagé un solde débiteur de 1,8 Mds DH (-605,6 Mds DH contre -603,8 Mds DH). Cette évolution s’explique par l’accroissement de 2,9 Mds DH (685,6 Mds DH contre 682,7 Mds DH) de l’encours des investissements directs étrangers plus important que celui de l’encours des investissements directs marocains à l’étranger, soit 1,1 Md DH (79,9 Mds DH contre 78,8 Mds DH).
Hausse du plafond d’investissement
Sur un autre registre, il est à rappeler que le plafond d’investissement à l’étranger pour les résidents a été rehaussé à 50 MDH pour l’ensemble des continents avec une exception pour l’Afrique dont le plafond est à 100 MDH. L’objectif étant bien entendu d’encourager le partenariat Sud-Sud.
Aujourd’hui, les sociétés résidentes au Maroc peuvent effectuer des investissements à l’étranger (Afrique et hors Afrique) avec un plafond de 200 MDH/an. Toutefois cet investissement est conditionné des exigences de la part de l’Office des changes à savoir la tenue d’une comptabilité certifiée par la société en question, l’investissement à l’étranger en lien avec l’activité de la maison mère et que l’entreprise souhaitant investir jouit de 3 ans d’activité.
La répartition par pays ou par secteur en 2023 n’est pas encore publiée, mais si l’on se fie aux statistiques de l’exercice 2022, c’est l’Afrique notamment la Côte d’Ivoire qui occupe le premier rang. Par secteur, celui des Banques et activités financières se positionne en tant que premier secteur de destination des IDME en terme de stock. Le secteur de l’immobilier se situe en deuxième position.
L’investissement marocain à l’étranger revêt une grande importance pour notre balance de paiement car il draine des devises. Mais il faut reconnaitre qu’il n’est pas une mince affaire et le parcours est souvent semé d’embûches (réglementation du pays d’accueil, la double imposition…). D’où la nécessité pour l’investisseur d’être bien accompagné pour éviter les surprises. Comme tout investissement, il faut savoir saisir les opportunités et avoir les visions sur le moyen et long terme. La course aux profits dans le court terme n’est pas du tout conseillée.
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