Informel : les limites d’une approche uniforme pour des réalités atypiques

L’économie informelle englobe des secteurs variés tels que le commerce, l’artisanat, les services et la construction. Pour une grande partie de la population, notamment les jeunes et les femmes, ce secteur représente une solution de survie face au manque d’opportunités dans le marché formel. Autant de réalités qu’une approche standard de formalisation s’avère limitée. Les détails.
L’informel peut être une opportunité de survie pour les uns et opportunisme pour les autres, avec des conséquences néfastes sur l’économie nationale. Elle prive l’État d’environ 34 Mds e DH de recettes fiscales annuelles, et maintient les travailleurs dans des conditions précaires, sans couverture sociale ni accès aux services bancaires.
Ce type d’économie représente un défi pour plusieurs pays à l’instar du Maroc qui des décennies plus tard semble avoir élaboré une approche standard pour encourager l’intégration progressive du secteur informel dans l’économie formelle, en s’appuyant sur trois axes stratégiques : la protection sociale, la simplification administrative et l’accès au financement.
Cependant, la formalité de l’économie ne peut être uniforme et doit tenir compte des réalités sectorielles pour avoir une approche la plus intégrée et la plus pertinente finalement.
Dans l’artisanat, qui emploie près d’un million d’actifs, la mise en place de soutiens à l’exportation et de plateformes numériques des ventes permettrait d’élargir les débouchés et de valoriser les produits artisanaux marocains à l’international, analyse le CMC. Pour le commerce ambulant, pratiqué par environ 270.000 personnes, des licences simplifiées et la création d’espaces dédiés faciliteraient son encadrement, tout en offrant des formations pour améliorer la gestion des petites entreprises.
Dans l’agriculture, où 77% des exploitations sont informelles, un accès facilité au crédit et un accompagnement technique contribueraient à structurer progressivement la production et à améliorer la productivité. Quant au secteur de la construction, qui emploie plus de 500.000 travailleurs informels, l’extension de la protection sociale et des formations en sécurité améliorerait les conditions de travail et réduirait les risques professionnels.
Malgré ces efforts, les conjoncturistes estiment que plusieurs obstacles freinent encore l’intégration du secteur informel. La réticence à la fiscalisation, la méconnaissance des dispositifs existants et la rigidité administrative restent des freins majeurs.
Pour garantir une intégration réussie, il est nécessaire d’adopter une approche progressive et inclusive, combinant des régimes transitoires de cotisation sociale, un accompagnement renforcé et une simplification accrue des procédures administratives.
Le CMC préconise une campagne de sensibilisation à grande échelle qui pourrait être lancée pour informer les travailleurs informels des avantages de la formalisation, notamment en termes de protection sociale et d’accès au crédit. En parallèle, une collaboration renforcée entre les institutions publiques, les banques et les organisations professionnelles serait essentielle pour accompagner les entrepreneurs dans leur transition vers l’économie formelle.
L’économie informelle est à la fois une source de résilience et un facteur de fragilité pour le Maroc. Si elle permet à des millions de personnes de générer un revenu, son absence de structuration freine le développement économique et prive l’État de ressources essentielles. En combinant simplification administrative, accès au financement, formation professionnelle et protection sociale, le Maroc pourrait transformer ce secteur en un véritable moteur de croissance durable et inclusive, estime le CMC.
Informel, le modus operandi du Maroc
L’un des leviers majeurs de la formalisation de l’économie au Maroc est la généralisation de la couverture sociale, permettant aux travailleurs informels de profiter de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO-TNS) et de bénéficier d’une pension via la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNSS). Cette initiative vise à garantir une meilleure sécurité économique aux travailleurs indépendants tout en les incitant à accéder aux activités formelles.
Cependant, la sensibilisation des travailleurs informels à ces dispositifs reste un défi, car beaucoup ignorent encore leurs droits et les avantages de la formalité.
Le statut d’autoentrepreneur, instauré en 2015, constitue un outil clé pour faciliter la transition vers l’économie formelle. Ce régime offre un cadre fiscal simplifié avec un taux d’imposition réduit, une exonération de TVA et un accès facilité au financement bancaire. De plus, des incitations fiscales, telles que des exonérations d’impôts pour les nouvelles entreprises et des réductions de charges sociales, ont été mises en place pour pénétrer le secteur formel.
La digitalisation, à travers la facturation électronique et le développement des paiements mobiles, contribue également à améliorer la traçabilité des transactions et à sécuriser les revenus des acteurs économiques opérant dans ces activités considérées comme hors du domaine réglementaire.
L’accès au financement reste un défi majeur pour les acteurs de l’économie informelle. Pour y répondre, le gouvernement a mis en place des dispositifs tels que le programme Intelaka et le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, qui offrent des crédits à taux bonifiés et des garanties adaptées aux besoins des entrepreneurs.
Ces initiatives visent à réduire les obstacles financiers et à encourager les petites entreprises à intégrer le secteur formel. La récente loi de finances 2025, a introduit plusieurs mesures visant à accélérer le passage de l’informalité vers la formalité de l’économie nationale.
Parmi les principales dispositions figurent l’élargissement des exonérations fiscales, qui permettront aux nouvelles entreprises issues de l’économie informelle de bénéficier d’une exonération d’impôt sur les sociétés pendant les trois premières années d’activité, à condition de s’enregistrer officiellement et de respecter les obligations fiscales et sociales.
La loi prévoit, également, la création d’une plateforme numérique unique pour l’enregistrement des entreprises informelles, réduisant ainsi les délais et les coûts administratifs. Cette plateforme permettra aux entrepreneurs d’accéder à des services intégrés, tels que la déclaration fiscale et l’affiliation à la CNSS, simplifiant ainsi leur transition vers l’économie formelle.
En parallèle, les entreprises informelles qui adoptent des outils de facturation électronique et de gestion numérique bénéficieront de réductions supplémentaires sur leurs charges sociales et fiscales pendant une période transitoire de deux ans, renforçant ainsi les
incitations à la digitalisation.
Le programme Intelaka sera élargi pour inclure davantage de secteurs informels, avec des crédits à taux zéro pour les micro-entreprises et des garanties accrues pour les femmes entrepreneures, facilitant ainsi l’accès au financement.
Enfin, des programmes de formation professionnelle adaptés aux besoins des travailleurs informels seront mis en place, notamment dans les secteurs de l’artisanat, de l’agriculture et de la construction, pour améliorer leurs compétences et faciliter leur intégration dans une économie plus structurée. Ces mesures, combinées à une simplification accrue des procédures administratives et à une sensibilisation renforcée des acteurs informels, visent à créer un environnement propice à élargir la formalité de l’économie marocaine tout en préservant la stabilité financière des travailleurs concernés.
Le CMC réitère que la garantie d’une intégration réussie est une approche progressive et inclusive, combinant des régimes transitoires de cotisation sociale, un accompagnement renforcé et une simplification accrue des procédures administratives.
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