Le Maroc réfractaire à l’innovation, Fintech, crypto, Revolut, Uber, Amazon and Co’ ?

La réponse du Wali de Bank Al-Maghrib sur l’arrivée ou non de Revolut sur le marché marocain a suscité de vives réactions sur le sujet. Pas seulement sur les réseaux sociaux mais également sur des plateformes numériques plus professionnelles comme LinkedIn et autres.
Et d’emblée deux clans se sont formés dans une polarisation assez impressionnante : pas de zone grise. Pour ou contre.
Celles et ceux qui estiment que le timing pour l’arrivée de Revolut n’est pas propice, notamment pour les 3 raisons évoquées par le Wali de BAM. A savoir un cadre réglementaire des transferts MRE avec l’Europe toujours pas finalisé, un régulateur scruté par la Banque mondiale et le FMI sur sa capacité de supervision et maîtrise des risques et surtout l’ouverture du marché à une plateforme de transfert massif au moment même où le Maroc poursuit le 3ème cycle d’évaluation mutuelle du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Le pays étant enfin sorti de la liste grise du GAFI.
Ce clan estime qu’effectivement, la Banque centrale n’a pas à se précipiter lorsque les cadres réglementaires ne sont pas finalisés (transferts et crypto actifs), la stabilité financière du Maroc étant beaucoup plus cruciale pour les Marocains que l’arrivée d’une néo banque sur le Marché.
Autre argument est non des moindres, donner du temps aux banques marocaines de développer davantage la néo banque.
Une opportunité également pour l’écosystème Fintech et startups national en émergence pour investir ce créneau avant l’arrivée de la concurrence. Ce qui est plus tenable pour le régulateur qui supervise et les banques et les Fintech nationales.
Le deuxième clan, plus virulent dans son propos, voit dans cet ajournement de l’arrivée de Revolut au Maroc un épisode similaire à d’autres, notamment une réticence à la crypto et extrapole à d’autres secteurs comme les applications mobiles de transport, les plateformes internationales de e-commerce, etc. Ce serait plus un frein à l’innovation et à la concurrence, qu’autre chose.
Pour ce clan, la réponse du Wali de BAM rappelle mot par mot le contenu de la circulaire de 2017 (soit près de 10 ans) relative à l’utilisation des monnaies virtuelles : crier au loup !
Plus encore, beaucoup sont d’avis que le système financier marocain est réfractaire à l’innovation et demeure un marché fermé à l’arrivée de nouveaux opérateurs, particulièrement étrangers.
En effet, des Fintech marocaines se sont imposées au secteur bancaire et la loi bancaire a été réformée en 2012 pour les intégrer au paysage bancaire marocain. Rarement les étrangères.
La position de BAM serait ainsi à contrecourant de l’ambition de renforcer l’inclusion financière et de démocratiser l’accès aux services financiers.
Voilà, une réponse de moins de deux minutes du Wali de BAM a suffi pour relancer un grand débat : l’innovation un levier d’inclusion financière ou plutôt un facteur d’amplification des risques faute de régulation ?
Et surtout, comment une économie qui travaille à renforcer son intégration dans les chaînes de valeur mondiales peut-elle s’offrir le luxe de développer son système bancaire en circuit fermé aux grands bouleversements technologiques ? Surtout lorsque les usagers sont justement friands de ce que la technologie a à offrir ? Là encore, il faut nuancer, la majorité des Marocains est friande du Cash. Et cette progression en silo avait sauvé la peau du système bancaire marocain de la crise des subprimes. En somme le débat est bon pour faire avancer les choses.
BAM n’est pas la seule dans cette situation, beaucoup de Banques centrales disposent d’une capacité des contrôles internes qui n’arrive pas à suivre le rythme des innovations et les risques de certains produits très attractifs. Ce qui représente un risque pour la stabilité financière. Par conséquent, on joue la carte de la sûreté ! Jusqu’à quand ?
Le Wali de BAM a annoncé que le projet de loi sur les crypto actifs est dans sa 2e phase d’amendement au SGG avant d’atterrir dans le circuit de validation réglementaire. Une étape cruciale pour jeter les bases d’une régulation après un débat d’une décennie sur les crypto actifs. Le régulateur ne veut surtout pas se précipiter.
Et vaut mieux tenir que courir et c’est d’autant plus juste lorsqu’il s’agit d’argent !

