Nidam Ataybate : protection du consommateur ou inquiétude économique face à un nouveau mode de consommation ? »

Alors que le programme alimentaire « Nidam Ataybate » (نظام الطيبات), popularisé par le défunt professeur égyptien Diaa El Awadi, gagne en visibilité auprès d’une partie des consommateurs marocains, le débat s’invite au Parlement. L’interpellation d’un conseiller du RNI sur la protection du consommateur face aux contenus nutritionnels diffusés sur les réseaux sociaux soulève une question centrale : s’agit-il d’une véritable alerte sanitaire ou du signe d’une mutation des habitudes alimentaires susceptible de bouleverser certains intérêts économiques ?
Le débat autour du programme alimentaire du professeur égyptien Pr Diaa El Awadi, « نظام الطيبات », vient de franchir les portes du Parlement marocain. Lors d’une séance consacrée aux questions orales, le conseiller parlementaire Mohamed Belfkih, membre du groupe du Rassemblement national des indépendants (RNI), a interpellé le gouvernement, plus particulièrement le ministre de l’Industrie, sur la nécessité de renforcer la protection du consommateur face à la multiplication des contenus diffusés sur les réseaux sociaux, notamment dans les domaines de la nutrition et de la santé.
En réalité, cette intervention a lieu dans un contexte marqué par l’observation d’une évolution des habitudes alimentaires chez une partie des consommateurs, notamment parmi les adeptes de ce programme qui recommande d’éviter certains aliments tels que le poulet, les œufs, certains légumes, les fruits, les produits laitiers, ainsi que la farine blanche et les pâtes.
Ce programme a connu une forte adhésion en Égypte. Et depuis le décès du Pr Diaa El Awadi, cette nouvelle approche alimentaire s’est progressivement diffusée dans plusieurs pays, dont le Maroc. De plus en plus de Marocains partagent sur les réseaux sociaux leurs expériences et leurs résultats, contribuant ainsi à populariser une nouvelle manière d’aborder l’alimentation et la relation avec la santé.
Mais au-delà d’être pour ou contre cette philosophie alimentaire, une question centrale s’impose aujourd’hui : la préoccupation exprimée par le gouvernement et certains parlementaires relève-t-elle d’une véritable volonté de protéger les citoyens contre d’éventuels risques sanitaires, ou une manière déguisée de répondre à des enjeux économiques liés aux secteurs affectés par l’évolution des comportements de consommation ?
Cette interrogation est légitime, car avant l’émergence de ce phénomène lié au programme « نظام الطيبات », la question de la protection du consommateur ne semblait pas occuper une place aussi importante dans le débat public.
Force est de constater que cette évolution des comportements alimentaires pourrait naturellement avoir un impact sur certaines filières agricoles et agroalimentaires. Par ricochet, elle pourrait également affecter les activités de certains opérateurs économiques, notamment les intermédiaires qui, au vu et au su des pouvoirs publics, continuent parfois d’imposer leurs règles sur certains marchés et d’appliquer des prix jugés déconnectés de la réalité par de nombreux consommateurs. Lorsque le prix des fruits et légumes est multiplié par trois, voire par quatre, entre le producteur et le consommateur final, il y a de quoi s’interroger sur les mécanismes de formation des prix et sur le rôle des intermédiaires dans la chaîne de distribution.
Dans ce contexte, une éventuelle baisse de la demande pour certains produits, si elle était confirmée par des données officielles, pourrait contraindre les producteurs et les acteurs de la distribution à adapter leurs stratégies.
C’est pourquoi une question demeure : sur quelle base scientifique cette inquiétude a-t-elle été formulée ? Existe-t-il des données sanitaires démontrant un risque pour la population marocaine ayant adopté ce mode alimentaire ? Le ministère de la Santé a-t-il identifié une menace sanitaire liée à ces pratiques ?
La véritable question est peut-être ailleurs : pourquoi maintenant ? Pourquoi a-t-il fallu attendre que ce programme commence à influencer les habitudes d’une partie des consommateurs pour relancer le débat sur la révision du dispositif de protection du consommateur ?
Il convient de rappeler que le projet de loi relatif à la protection du consommateur est déposé auprès du Secrétariat général du gouvernement (SGG) depuis près de deux ans, comme l’a indiqué le ministre lors de sa réponse au Parlement.
« Celui-ci doit être transmis au Conseil de la concurrence, car il concerne des opérations à caractère commercial. C’est justement cette responsabilité qui relève de nos compétences : nous attendons donc sa saisine par le Conseil de la concurrence », a expliqué le ministre.
Dès lors, une autre interrogation se pose : si les intérêts économiques de certains producteurs, distributeurs ou intermédiaires n’étaient pas concernés par cette évolution des habitudes alimentaires, les pouvoirs publics auraient-ils accéléré la réflexion autour de la réforme du dispositif de protection du consommateur ?
Au-delà du débat sur « نظام الطيبات », l’enjeu dépasse donc la question d’un simple régime alimentaire. Il renvoie à une problématique plus large : celle de la transparence de l’information nutritionnelle, de la protection effective du consommateur et de l’équilibre entre les impératifs de santé publique et les intérêts économiques.

