Notre intention : ramener la coupe à la Maison !

On ne joue pas avec le foot. C’est un sport à très forts enjeux. En 2022, le Président de la France s’est rendu au Qatar pour encourager son équipe qui disputait la demi-finale contre le Maroc. Pourquoi est-ce qu’un président d’une puissance mondiale a-t-il besoin de gagner sur un terrain vert ? Est-ce intolérable qu’une puissance mondiale tombe en demi-finale contre une ex-colonie ? qu’est-ce qui est en jeu ?
Notre devoir en 2026 est de prendre notre revanche sur la France en quart de finale et de ramener la coupe à la maison. Voici ce qui est en jeu. Suivez-moi !
Sur les 195 pays qui composent le monde aujourd’hui, la sélection marocaine fait partie des 10 meilleures équipes et se retrouve parmi les 8 qualifiées en quart de finale de la coupe du monde après l’élimination de 40 autres qui ont participé aux phases de poules.
Le Maroc n’est cependant pas une puissance mondiale, ni militairement ni économiquement ni socialement. Ce n’est pas non plus un petit pays[1].
Un grand pays comme le Maroc se doit de participer à la grandeur de l’humanité. Pour cela, il a besoin de visibilité, parce qu’il a pour devoir de s’offrir en modèle. Il a le devoir de proposer des solutions aux innombrables crises du monde.
Si le Maroc, comme la plupart des pays du Sud, continue à être modeste sur le plan économique, en conséquence du phénomène impérialiste qui a favorisé l’hégémonie de l’occident sur le reste du monde depuis deux siècles, c’est un pays qui demeure particulièrement influent par son patrimoine et sa culture. C’est un pays qui a hérité d’une profondeur historique et d’une aura qui lui donnent une identité reconnaissable. C’est un pays dans lequel se sont cristallisés à travers les siècles les riches attributs d’une nation qui a fortement contribué aux échanges civilisationnels, aussi bien avec les nations du nord, que du sud, que de l’est et de l’ouest. C’est un pays qui a accumulé dans ses gênes un patrimoine spirituel et culturel tellement riche qu’il en est devenu l’assignataire d’une mission noble, celle de défenseur d’un système de valeurs qu’il offre en exemple aux yeux du monde entier.
La coupe du monde ne compte pas sans cette intention. Nous ne désirons pas gagner par esprit chauvin. L’enjeu du foot est très important, mais le véritable défi c’est notre visibilité et celle de notre système de valeurs. C’est celui-ci qui nous identifie et c’est pour mériter de le proposer sur la scène des échanges civilisationnels que nous jouons au foot.
Sa Majesté le Roi que Dieu l’assiste ne cesse de montrer son engagement personnel au profit du rayonnement du Maroc en matière de football. Pour comprendre les raisons de cet engagement, il faut commencer par se remémorer que le Roi du Maroc a des intentions qui dépassent dans leur dimension temporelle celles reliées à un quinquennat présidentiel. Le Roi du Maroc porte sur ses épaules une charge morale immémoriale et insondable. Le Roi du Maroc porte un étendard sacré !
Lors d’une conférence de presse d’il y a deux ans, en août 2024, à l’occasion de la tenue de la 19èmeédition de la rencontre mondiale du soufisme, le Cheikh actuel de la Tariqa Qadiria Boudchichia a été interpellé par un journaliste au sujet de l’intérêt notable, et inattendu, eu égard à son statut, qu’il porte pour le foot. Sidi Mounir lui avait répondu que c’est un sport qu’il apprécie et il a rappelé sa qualité de membre du bureau exécutif du club Nahda de Berkane avant d’insister sur l’importance de ce sport comme vecteur indéniable en termes de « soft power » économique et culturelle, mais également comme un domaine de promotion des valeurs éthiques[2].
Il n’est pas anodin que le Cheikh de la Tariqa soufie la plus influente au Maroc s’affiche parmi les membres de la fédération royale marocaine de football lors des grandes manifestations footballistiques nationales et mondiales. C’est dire la symbiose des intentions des marocains, Roi et Peuple, non pas par élan chauvin, mais par conscience de la sacralité de la mission.
Il est vrai que le foot n’est pas qu’un sport exempt de tous travers. C’est hélas devenu un domaine fortement capitalistique qui génère des profits et des revenus indécents. L’économie du football et du spectacle qui en découle est extrêmement contestable du point de vue de son inutilité sociale et de sa déconnexion de l’économie réelle.
Rappelons également que l’engouement excessif des masses populaires pour le foot, dans tous les pays du monde, peut aussi être exploité aux fins d’un détournement politicien de la conscience des foules et de leur manipulation pour les écarter des débats autour des sujets prioritaires que sont les diverses formes d’injustice, la répartition inéquitable des richesses, l’irrespect de la loi et des droits de l’Homme…
Néanmoins, Malgré tous les procès que l’on pourrait faire au monde du football, à cause notamment des incompatibilités de l’écosystème qu’il s’est construit d’une part avec le système de valeurs qui est le nôtre et que nous prétendons être une composante fondamentale de notre identité, d’autre part, ce sport demeure un terrain de compétition duquel nous ne pouvons pas nous éclipser et sur lequel nous avons le devoir de gagner. Notre prétention doit aussi viser, à travers la victoire et grâce à un positionnement favorable à conquérir, la participation à l’élévation éthique de l’écosystème du football.
Maintenant que nous sommes devenus des prétendants sérieux à la coupe du monde, maintenant que nous sommes devenus bien visibles, ne déméritons pas sur le terrain sacré des valeurs. Si nous aspirons au bien du monde, si nous défendons un système moral qui combat l’injustice, si nous prétendons nous soucier du bien-être de l’humanité, n’offrons pas aux adversaires l’occasion de nous montrer du doigt comme étant petits sur les terrains de la justice, de la sacralité de la loi, de la dignité humaine. Notre charge morale à tous est devenue plus lourde, maintenant que nous sommes devenus bien visibles !
N’oublions pas enfin que notre système de valeurs a pour essence la pureté de l’intention. N’oublions pas que Walid Regragui (MERCI WALID) nous avait choisi la plus belle des devises en 2022 : « Ayons la bonne intention » (ndirou nniya).
Alors, s’il vous plaît, Wahbi et les garçons, RAMENEZ-LA-NOUS CETTE COUPE !
Écrit par Mohammed Mesmoudi,
Chercheur en sciences juridiques et politiques
[1] Tous les peuples sont grands, mais il y a malheureusement des pays petits, par leurs gouvernants !
[2] Regardez la vidéo de la conférence de presse sur https://www.facebook.com/share/v/1EUwMJQZ/
