Innovation : au vu de son PIB, le Maroc n’est qu’à 10% de son potentiel numérique

Ecrit par S. Es-Siari I
L’importance du numérique dans la croissance et l’emploi n’est plus à démontrer. La numérisation permet la diffusion des technologies et de la connaissance. Les pays du continent Afrique ont fait des avancées en la matière mais à des rythmes différenciés. Globalement au sein du continent, le numérique est à ses débuts et a un bon chemin devant lui.
Parmi les thématiques débattues en marge des AA2023 du FMI et de la Banque mondiale tenu à Marrakech, celle relative au rôle de l’innovation dans le continent africain occupe une place de choix. Les intervenants sont tous unanimes que l’enjeu aujourd’hui est d’avoir une approche réglementaire modérée et ne pas étouffer l’innovation dans les pays africains. Aussi, il est impératif d’aider ce secteur à croître en travaillant de concert avec le privé. Les innovateurs rencontrent toujours des difficultés liés au financement.
Mais cela n’empêche pas de reconnaître que l’Afrique a fait des progrès significatifs au cours des dernières années, pour devenir une puissance émergente en matière d’innovation.
« Du Maroc où les agriculteurs utilisent l’innovation pour faire face à la pénurie d’eau à Nairobi ou Accra où les familles envoient et reçoivent de l’argent via leurs téléphones portables, la technologie est devenue à l’ordre du jour sur le continent, apportant des solutions aux défis les plus urgents auxquels l’Afrique est confrontée, en termes de soins de santé, éducation et durabilité », rappelle Chakib Alj, président de la CGEM dans son intervention.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : bien que les startups du monde entier aient enregistré une baisse significative de leurs financements en 2022, l’Afrique a poursuivi sa tendance à la hausse, avec 4,9 milliards de dollars de fonds propres levés en 2022, dans le cadre de près de 700 transactions. La Fintech ouvre la voie, avec 1,9 milliard de dollars de financement en fonds propres, représentant 39 % du financement total.
Est-ce suffisant ? Malgré les énormes progrès réalisés, l’Afrique ne représente actuellement que 0,2 % de la valeur des startups mondiales.
Même son de cloche chez Ghita Mezzour, ministre chargée de la transition numérique et de la réforme administrative qui estime que le Maroc n’est qu’à 10% de son potentiel au vu de son PIB. Elle annonce que le gouvernement travaille sur le cadre réglementaire, l’accès aux marchés, les financements…
Si de nombreuses startups sont très prometteuses, un nombre important d’entre elles échouent au cours de leurs premières années de création pour de nombreuses raisons. C’est pour dire que l’histoire numérique au Maroc est encore à ses débuts et que du chemin reste à parcourir.
« Soutenir la croissance de l’Afrique en tant que puissance technologique est la clé de l’industrialisation et de la croissance du continent », annonce le président de la CGEM.
Les fonds sont essentiels mais les talents le sont tout autant. Les startups technologiques créent non seulement des solutions innovantes, mais génèrent également des opportunités d’emploi pour la population de notre continent, qui doublera d’ici 2050.
N’oublions pas que 50 % de cette population aura moins de 25 ans. D’aucuns le voient comme un risque, le président le considère comme un formidable atout.
Construire une main-d’œuvre numérique capable de naviguer dans un environnement en constante évolution nécessite une meilleure éducation, de meilleurs programmes de développement des compétences et une meilleure accessibilité à Internet. Pour ce faire, les PPP sont indispensables.
Pour le président de la CGEM, le plus grand défi consiste à retenir les talents africains qualifiés. Au lieu de se soucier uniquement de la fuite des cerveaux, il faut œuvrer à fournir une herbe plus verte aux ressources humaines africaines et un environnement épanouissant leur permettant de libérer leur potentiel et de réaliser leurs rêves.
Un environnement prospère comprend un climat des affaires favorable et sain, une législation favorable, une meilleure qualité de vie et un dialogue ouvert avec les décideurs politiques.
Le continent a donc intérêt à encourager la consommation d’innovation et générer une demande de solutions technologiques.
Cet effort doit être fait au niveau local mais également au niveau continental. Un cadre commun harmonisé est essentiel pour faciliter l’accès aux marchés régionaux.
Accélérer la mise en œuvre effective de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) libérera par ailleurs le potentiel du commerce numérique en Afrique et permettra aux entreprises d’étendre leur portée, avec le potentiel d’augmenter la production économique globale de 29 000 milliards de dollars d’ici 2050.
Enfin, la création d’un réseau technologique panafricain pourrait favoriser la collaboration, l’investissement et le partage de technologies entre les acteurs africains, et exploiter le potentiel collectif de nos réservoirs de talents, de nos marchés et de nos ressources.
Sans beaucoup de soutien, l’écosystème technologique africain ne pourrait, ces dernières années, accomplir beaucoup de choses.
» Imaginons un instant ce que les startups de notre continent peuvent accomplir si nous décidons de mettre leur croissance au centre de nos priorités, et pas seulement dans les discours », annonce le président. Et de conclure : » Ceci est un appel à l’action ! Nous avons une belle dynamique sur laquelle bâtir, ne la ratons pas. La croissance et l’avenir de l’Afrique en dépendent. »
