Où en est le patrimoine des ménages marocains en 2025 ?

Ecrit par Imane Bouhrara I
Les indicateurs économiques et sociaux de ce premier mois de l’année 2025 ne peuvent aucunement à eux seuls prédire de quoi demain sera fait pour les ménages marocains?
Mais, comme tout indicateur sa fonction est d’indiquer un fait ou une tendance, etc. Et celui de la masse monétaire augure d’un début d’année assez mitigé pour les ménages. En effet, les statistiques monétaires de janvier 2025 telles que publiées par Bank Al-Maghrib indiquent une décélération de la progression des actifs monétaires des ménages de 7,1% à 6,7%, traduisant principalement le ralentissement de la croissance de leurs dépôts à vue et l’accentuation de la baisse de leurs dépôts à terme (sic).
En face, on constate une évolution positive du crédit notamment à la consommation aux particuliers et MRE et des créances en souffrance qui se sont accrues de 3,8% après 2,4% en décembre 2024 et leur ratio au crédit qui s’est établi à 8,6% contre 8,3%.
On garde en tête qu’en raison de la dominance de l’informel donc des ressources non traçables des ménages et en gardant en tête le taux de bancarisation qui évolue très lentement, il serait hasardeux de dire que 2025 s’annonce difficile pour les ménages marocains.
Néanmoins, cela ne doit occulter la perception des ménages de l’évolution de leur niveau de vie. Au quatrième trimestre de 2024, 81,0% des ménages déclaraient une dégradation du niveau de vie au cours des 12 derniers mois, 14,2% un maintien au même niveau et 4,8% une amélioration. Le solde d’opinion sur l’évolution passée du niveau de vie est resté négatif, à moins 76,2 points, contre moins 75,8 points au trimestre précédent et moins 83,2 points au même trimestre de l’année passée, selon le HCP.
Au quatrième trimestre de 2024, 53,8% des ménages s’attendent à une dégradation du niveau de vie au cours des 12 prochains mois, 38,5% à un maintien au même niveau et 7,7% à une amélioration. Le solde d’opinion relatif à cet indicateur s’établit ainsi à moins 46,1 points, contre moins 49,3 points au trimestre précédent et moins 49,0 points au même trimestre de l’année passée.
Il est difficile dans ce contexte d’ignorer des indicateurs fiables mais cela pose tout de même la problématique de mise en contexte d’indicateurs qui semblent ne rien avoir les uns avec les autres. Et c’est là un problème sérieux qui se pose aussi bien pour les journalistes que le commun des citoyens. Face à l’abondance des données et la faiblesse de leur recoupement, il manque un élément important au tableau celui de leur mise en lien.
On se demande souvent quelle serait la différence entre un intellectuel et un homme cultivé et elle réside dans le fait que le dernier accumule la culture et le savoir alors que le premier crée un lien donnant un sens et une cohérence à cette accumulation de culture et de savoir.
C’est quasiment la même chose avec les données. En effet, les avoir ne signifie pas avoir une vision claire à l’instant t d’où se situent les ménages marocains en ce début 2025.
C’est l’une des missions auxquelles devraient s’attarder des organismes tels que l’ONDH, le HCP (qui le fait avec les briefs mais pas sur un plan macroéconomique), BAM ou tout autre organisme crédible, voire ensemble pour mettre en relief ces différentes données et leur donner une dimension humaine.
D’ailleurs, à ce jour, le HCP, depuis la dernière sortie de Benmoussa en décembre dernier, ne semble pas pressé d’éluder toutes les données du RGPH qui est une mine d’informations mais qui, livrées en brut peuvent prêter à confusion.
Il serait ainsi intéressant de voir comment le patrimoine des ménages a évolué entre 2014 et 2024 et d’exploiter toutes formes de données avant leur péremption.

