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Politique nationale

Participation politique : la confiance n’est pas au Rendez-vous

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Confiance générale qui s’effrite, défaillance criardes vis-à-vis des partis politiques, mais également le Parlement, les collectivités territoriales, les associations et les médias… A la veille des élections 2026, un défi énorme se pose pour le Maroc pour réussir cette échéance démocratiques : renouer avec la confiance des citoyens. Pour cela, un travail titanesque à faire et pas que de la poudre aux yeux.

Le discours royal prononcé à l’occasion de la Fête du Trône en 2025 a servi de référence pour définir la prochaine étape.

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Sa Majesté le Roi a souligné la nécessité d’une préparation rigoureuse des prochaines élections législatives, et a insisté sur la poursuite des réformes majeures et à assurer l’intégrité et la transparence du processus électoral, le considérant comme une étape cruciale pour la consolidation de l’option démocratique et le renforcement de la confiance dans les institutions.

Dans la perspective des échéances électorales 2026, le Centre marocain pour la citoyenneté (CMC) a lancé un sondage d’opinion qualitatif afin d’inciter les citoyens à évaluer le paysage politique et à suivre les tendances de l’opinion publique concernant le statut des partis politiques et leur rôle dans la vie politique.

Ainsi, du 31 juillet au 21 août 2025, le CMC a mené un sondage d’opinion non représentatif sur les partis politiques au Maroc, à partir d’un questionnaire en ligne publié sur les réseaux sociaux.

Quelque 1.197 personnes de différents groupes d’âge, représentant toutes les régions du Royaume du Maroc, ont participé à cette enquête.

Plus de 2.200 personnes ont interagi avec l’enquête en commentant ou en exprimant leur position sur le sujet.

Selon le CMC, cette enquête est un indicateur qualitatif reflétant l’opinion d’un segment de citoyens ayant répondu à l’appel à participation, mais elle ne représente pas nécessairement l’opinion publique nationale.

Participation politique

Les données montrent que l’écrasante majorité (91,2 %) des participants ne sont actuellement engagés dans aucun parti politique, contre seulement 8,8 % qui en sont membres. 71,6 % des personnes non engagées dans un parti politique ont déclaré n’avoir jamais été engagées, tandis que 28,4 % avaient déjà adhéré à un parti marocain. Interrogées sur leur intention d’adhérer à un parti politique, 76,2 % ont répondu négativement, contre seulement 23,8 % qui ont déclaré envisager d’y adhérer.

En termes de participation électorale, 70,6 % des participants ont indiqué avoir déjà voté aux élections législatives ou locales, contre 29,4 % qui n’avaient jamais voté.

L’étude révèle que 84,8 % des participants ont déclaré ne jamais s’être présentés aux élections, contre seulement 15,2 % qui l’avaient fait.

60,9 % ont confirmé n’avoir jamais participé à une quelconque activité partisane, contre 39,1 % qui l’avait fait.

57,8 % estimaient que l’engagement dans les partis politiques était accessible et facile, tandis que 42,2 % ont indiqué le contraire.

Les principales raisons du retrait des anciens membres des partis politiques se répartissaient comme suit : manque de démocratie interne (33,2 %), incapacité du parti à exprimer ses aspirations (22,3 %), marginalisation et exclusion (14,2 %), raisons personnelles (12,2%), conflits internes (10,8 %), et (7,2 %) autres raisons

Niveau de satisfaction et de confiance dans le travail de différents institutions

Les partis politiques sont en tête des institutions touchées par la crise de confiance : 91,5 % des répondants jugent leurs performances faibles, contre 7,6 % qui les jugent moyennes, tandis que le pourcentage de satisfaction positive ne dépasse pas 9 %.

Le Parlement arrive en deuxième position en termes de perte de confiance : 89,5 % des répondants expriment une évaluation négative de ses performances, les qualifiant de moyennes, contre seulement 1,1 % qui les évaluent positivement.

Le gouvernement, quant à lui, enregistre une évaluation négative élevée de 87,3 %, contre 11,6 % qui les jugent moyennes et 1,1 % qui les évaluent positivement.

L’opposition politique reçoit 80,6 % d’évaluations négatives, contre 17,7 % qui les jugent moyennes et 1,7 % qui les évaluent positivement. Les syndicats n’ont pas échappé à cette vague de défiance : 84,7 % des participants ont indiqué que leurs performances étaient faibles, 14,4 % les ont jugées moyennes, tandis que seulement 9 % leur ont attribué une note positive.

Les collectivités territoriales, censées être les plus proches des citoyens en matière de prestation de services, n’ont pas non plus été épargnées par ce manque de confiance : 78,2 % les ont jugées « faibles », 21,1 % les ont jugées moyennes, tandis que seulement 7 % des participants les ont jugées positives. Les médias ont produit des résultats tout aussi négatifs : 73 % des citoyens ont jugé leurs performances faibles, 25,2 % les ont jugées moyennes et seulement 1,8% les ont jugées bonnes.

Quant aux associations, bien qu’elles aient obtenu un classement relativement meilleur que les autres institutions, elles ont également enregistré près de la moitié des avis dans la catégorie « faibles », soit 50,4 %, contre 54% qui ont jugé leurs performances « moyennes » et seulement 4,6 % qui les ont jugées bonnes. Ce tableau général montre que les niveaux élevés de méfiance touchent diverses institutions, qu’elles soient politiques, syndicales, médiatiques ou de la société civile. Les pourcentages varient, mais ils confirment tous une tendance générale à une évaluation négative généralisée.

Les résultats concernant le niveau de confiance générale révèlent une faiblesse sans précédent : 94,8 % des participants confirment ne pas faire confiance aux partis politiques, contre seulement 5,2 % qui leur accordent leur confiance. Concernant l’évolution de cette confiance ces dernières années, les données montrent une tendance générale à la baisse puisque 96,7 % des participants estiment que la confiance a diminué par rapport aux années précédentes, tandis que 2,6 % estiment qu’elle est restée stable et seulement 0,7% déclarent qu’elle s’est améliorée. 

Ce qu’on pense que des partis politiques

Concernant le respect des principes de démocratie interne, 97,9 % des participants ont déclaré que les partis politiques ne les respectaient pas, contre seulement 2,1 % qui ont affirmé le contraire.

Concernant la communication des partis avec les citoyens, 98,2 % ont déclaré que les partis ne communiquaient pas de manière continue, contre seulement 1,8 % qui estimaient le contraire.

Concernant la question des nominations de femmes, 95,7 % ont estimé que les nominations de femmes par les partis n’étaient pas fondées sur la compétence, contre 4,3 % qui ont déclaré que la compétence était le critère adopté par les partis.

Concernant la sélection des candidats des partis aux élections (hommes et femmes), 98,2 % des participants ont estimé que les partis ne se basaient pas sur la compétence pour sélectionner leurs candidats, contre seulement 1,8 % ont confirmé que la sélection était basée sur ce principe.

Concernant la capacité des partis à renouveler leur direction, 85,8 % ont répondu qu’ils n’en étaient pas capables, tandis que 14,2 % estimaient en être capables. Concernant la nomination des compétences nécessaires aux postes de direction pour gérer les affaires publiques, 90,4 % ont indiqué que les partis ne remplissaient pas ce rôle comme ils le devraient, tandis que 9,6 ​​% estimaient qu’ils nommaient les compétences requises.

Autre élément saillant, 85,8% des participants estiment qu’une faible participation aux élections conduit à l’émergence de représentants qui n’expriment pas la volonté populaire, contre 14,2% qui ne sont pas d’accord avec cette affirmation.

Quelque 64,3 % des participants ont souligné que la clé la plus importante pour l’avancement au sein des partis politiques est la disponibilité de l’argent, suivie des relations personnelles, de la parenté et du clientélisme à 60,8 %, suivies de la loyauté et de la flatterie envers la direction du parti à 57,4 %. La compétence organisationnelle et l’expérience n’ont été choisies que par 28,5 % des participants, et la présence populaire et la communication à 25,9 %. 24,1 % ont considéré que le soutien tribal ou régional jouait un rôle, et 21,5 % ont indiqué la lutte intestine du parti, tandis que le pourcentage de ceux qui considèrent la capacité à mobiliser les votes électoraux comme un critère d’avancement ne dépassait pas 18 %.

Pour ce qui est des facteurs dictant le choix de vote pour un candidat, la compensation financière reçue arrive en tête, représentant 77,4 %, suivie de l’appartenance tribale ou régionale, représentant 55,4 %, et des influences de l’environnement familial et social, représentant 37,8 %. 26 % ont également considéré la proximité du candidat avec le citoyen comme un facteur influent, suivie de la réputation et de l’intégrité du candidat, représentant 22,1% %. 16,6 % ont considéré l’autorité religieuse du candidat comme un facteur majeur, suivi de l’affiliation du candidat à un parti, représentant 13,7 %, et de la force de la campagne. Les facteurs électoraux ont représenté 9,4 %, le programme électoral a représenté 8,6 % et l’origine idéologique du candidat a représenté 6,2 %.

Plus poignant encore, en ce qui concerne les motivations derrière la participation des politiciens aux élections, les résultats ont montré que 92 % des répondants considéraient l’obtention d’intérêts matériels ou de privilèges personnels comme la raison principale, suivis par la poursuite du pouvoir et de l’influence (91,5 %), puis par l’assurance de l’immunité ou de la protection (75,1 %). Seulement 9,4 % considéraient la représentation tribale comme une motivation principale, tandis que 7,3 % considéraient le renforcement de la présence du parti dans les institutions comme un facteur de motivation. Le service aux citoyens et le bien public représentaient 6,4 %, tandis que le pourcentage de ceux qui liaient la participation à la croyance en un projet communautaire ne dépassait pas 4,3 %.

Pour ce qui est des facteurs ayant contribué à la perte de confiance dans les partis politiques, 83,3 % des répondants ont considéré les conflits d’intérêts et le trafic d’influence comme le facteur principal, suivis de la corruption financière ou administrative à 64,7 %, puis de l’exploitation des fonds publics à des fins privées à 60,7 %. 59,6 % ont également indiqué que les fausses promesses et le marketing médiatique trompeur minent la confiance, tandis que 45,7 % pensaient que le fait d’apparaître uniquement dans les campagnes électorales ou la préoccupation des intérêts personnels plutôt que de l’intérêt public est parmi les raisons les plus importantes.

Quelque 43 % ont considéré le changement de discours après l’arrivée au pouvoir comme un fardeau supplémentaire, tandis que 37,3 % ont attribué la raison à l’évasion de la responsabilité et au fait de ne pas assumer la responsabilité, et 35,6 % à l’arrogance des politiciens dans leurs relations avec les citoyens ou dans leur ignorance. 25,1 % ont également indiqué que l’absence fréquente du parlement ou des conseils affaiblit la confiance, tandis que seulement 12,4 % ont indiqué qu’une communication désobligeante ou inappropriée avec les citoyens est un facteur supplémentaire.

Tout n’est pas perdu

Pour le CMC, les données extraites de ce rapport confirment que la crise de confiance envers les partis politiques au Maroc n’est plus un phénomène temporaire lié aux fluctuations de la participation électorale. Elle est devenue un problème structurel qui affecte les fondements de la légitimité démocratique et les mécanismes de médiation politique.

Les taux d’insatisfaction enregistrés reflètent clairement l’incapacité des organisations partisanes à remplir leurs fonctions constitutionnelles, que ce soit au niveau de l’encadrement social, de la formation des élites ou de la contribution à la formulation d’alternatives politiques. Cette situation reflète le fossé grandissant entre les citoyens et les acteurs des partis, posant de sérieux défis pour l’avenir du processus représentatif, nécessitant une réforme globale et radicale.

Crise organisationnelle et démocratie interne : Les partis connaissent de profonds déséquilibres dans leur structure organisationnelle, notamment la domination de dirigeants individuels, la perturbation de la délibération démocratique et la persistance d’une même direction malgré des modifications répétées des statuts fondamentaux. Les conférences sont également devenues de simples façades formelles pour l’approbation des décisions, plutôt que des espaces de discussion et d’évaluation des performances. Cela a conduit à l’exclusion des talents indépendants et à une baisse de l’affiliation partisane chez de larges segments de participants.

La crise de la gouvernance et de la transparence : Les pratiques financières et organisationnelles des partis révèlent une fragilité évidente de leur système de gouvernance interne. Ce manque de transparence dans la gestion du soutien public, la faiblesse des mécanismes d’audit interne et l’escalade des conflits d’intérêts au sein des structures dirigeantes sont notables. L’absence de lien entre responsabilité et reddition de comptes a contribué à perpétuer une culture de recherche de rente et d’impunité, soulevant des questions fondamentales quant à la capacité de ces organisations à gérer les affaires publiques avec efficacité et impartialité. 

Une crise de la pensée et du discours politiques : Le paysage partisan souffre d’une stagnation rhétorique et intellectuelle, qui se manifeste par la répétition des slogans, la faiblesse de la formation politique de ses membres et le déclin des investissements dans la recherche et la production de connaissances. La similitude des programmes électoraux et l’opportunisme des alliances politiques ont contribué à affaiblir la crédibilité, tandis que la contradiction entre le discours de l’opposition et les pratiques de gouvernance après son arrivée au pouvoir a renforcé la conviction sociétale de l’absence d’engagement politique véritable.

La crise représentative et sociale : La crise représentative s’est manifestée par la réticence croissante des jeunes à s’engager dans le travail des partis et par la faiblesse persistante de l’intégration des femmes aux postes de décision, les réglementations nationales étant devenues un mécanisme de reproduction des loyautés plutôt que de renforcement des compétences des femmes. De plus, le pluralisme formel résultant de la prolifération numérique des partis ne s’est pas traduit par de réelles alternatives. Il a plutôt conduit à une balkanisation politique, renforçant l’isolement des organisations par rapport à la société et consolidant leur image d’entités fermées, déconnectées des préoccupations des citoyens.

Crise de confiance et d’intégrité : Cette crise se manifeste par la propagation de la corruption financière et administrative, des pots-de-vin et des conflits d’intérêts manifestes, ainsi que par les poursuites judiciaires engagées contre plusieurs parlementaires. Cela porte atteinte à l’image de l’institution législative et affecte la légitimité de la représentation politique dans son ensemble.

Ces indicateurs confirment que la crise ne se limite plus à quelques organisations ou individus, mais est liée à une culture partisane dominante, fondée sur la priorité donnée aux intérêts privés au détriment du bien public. La crise des partis politiques au Maroc est une crise structurelle multidimensionnelle, affectant leurs aspects organisationnels, intellectuels, de gouvernance et de représentation. Malgré quelques pratiques positives et quelques exceptions, la tendance dominante est à l’enracinement de failles structurelles qui ont donné naissance à une sorte de « culture partisane » fondée sur le clientélisme et des loyautés étroites. Par conséquent, une réforme globale du champ des partis politiques n’est plus une option secondaire, mais plutôt une nécessité démocratique pour garantir la continuité de l’exercice par l’État de ses fonctions représentatives, consolider la confiance entre les citoyens et leurs institutions et assurer l’avenir de la vie politique au Maroc.

Profil des participants à l’enquête

L’enquête a été menée en ligne, l’échantillon de participants est principalement composé de groupes plus à l’aise avec les technologies et présents sur les plateformes numériques, ce qui peut entraîner une sous-représentation d’autres groupes, tels que les personnes sans instruction ou les habitants des villages et des zones reculées. Il convient également de souligner que la nature des questions posées dans le questionnaire ne reflète pas nécessairement la réalité ou les intérêts de tous les segments de la société marocaine, compte tenu de la diversité des contextes sociaux, économiques et culturels et des perceptions divergentes des partis politiques selon les individus, en fonction de leurs expériences et de leur situation.

Par conséquent, les résultats de ce travail doivent être interprétés dans leur cadre qualitatif comme un outil de lecture préliminaire d’une tendance générale, et non comme un reflet exhaustif de toutes les composantes de la société marocaine.

Les résultats de l’enquête ont montré une nette prédominance des hommes au sein de l’échantillon participant, avec un pourcentage de 91,6 % contre 8,4 % de femmes.

Par tranche d’âge, les moins de 29 ans représentaient 10,5 %, les 30-39 ans 30,8 %, les 40-49 ans 25,9 %, les 50-59 ans 19 % et les plus de 60 ans 13,7 %.

Concernant le niveau d’éducation, on observe une nette prédominance des groupes hautement qualifiés : 31,5 % des titulaires d’une licence et 31,9 % des titulaires d’un diplôme de troisième cycle (master, doctorat, ingénieur, etc.), contre 15,8 % des diplômés de l’enseignement supérieur sans diplôme, 12,6 % des diplômés de l’enseignement secondaire, 5,3 % des diplômés de la formation professionnelle et 2,5 % des diplômés de l’enseignement primaire et préparatoire. Le pourcentage marginal de personnes sans diplôme atteint 4 %.

En termes d’activité professionnelle, les salariés constituent la catégorie la plus importante avec un pourcentage de 37,8 %, suivis des professions libérales avec un pourcentage de 20,3 %, puis des salariés avec un pourcentage de 18,5 %. Le pourcentage de retraités et de chômeurs atteint 10,5 %, 8,1 % sont au chômage, 4,3 % sont étudiants et élèves, et 0,5 % sont femmes au foyer.

Géographiquement, les participants sont répartis dans toutes les régions du Royaume, avec une présence significative dans la région Casablanca-Settat (20,6%), la région Rabat-Salé-Kénitra (16,5%), suivie de Fès-Meknès (10,7%), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (9,4%), Souss-Massa (9,4%), et Marrakech-Safi (9,4%).

Le pourcentage de participants issus de l’Est a également atteint 7,3% et Beni Mellal-Khenifra 4,8%, Draa-Tafilalet 4,5%, Guelmim-Oued Noun 2,8% et Laâyoune-Sakia El Hamra 8 %, tandis que le pourcentage de participants originaires de Dakhla-Oued Ed-Dahab n’a pas dépassé 0,2%. Une présence de Marocains résidant à l’étranger a également été enregistrée, représentant 3,4%.

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