Programme reconstitution du cheptel : a-t-on mis les garde-fous nécessaires pour éviter les dérapages ?

Ecrit par Lamiae Boumahrou I
Après le programme des subventions à l’importation des ovins qui a fini en eau de boudin et qui a suscité une vive polémique en raison des 13 Mds de DH, le gouvernement s’apprête aujourd’hui à lancer un nouveau programme de soutien aux éleveurs visant à reconstituer le cheptel pour une enveloppe de 6,2 Mds de DH en 2 ans. La question est de savoir si cette fois-ci a-t-on mis les garde-fous nécessaires pour éviter une nouvelle fois la déperdition de l’argent du contribuable et pour garantir des résultats tangibles ?
Bien que les 13 Mds de DH, entre subventions directes et indirectes, relatifs à l’importation des ovins aient suscité une vive polémique, il n’y a malheureusement pas eu de suite contrairement à ce que l’on espérait. Mises à part quelques voix de l’opposition qui se sont levées pour dénoncer un conflit d’intérêts de la part du parti aux commandes qui aurait favorisé les siens, le sujet, comme bien d’autres, a été rapidement classé. On n’en parle plus. Il faut dire s’il y a bien une chose que le gouvernement actuel maîtrise bien c’est l’art du silence.
Le ministre de l’Agriculture s’était contenté de sortir un communiqué où il a précisé que le coût des subventions à l’importation exceptionnelle d’ovins destinés à l’Aid Al Adha au titre des années 2023 et 2024 n’a pas dépassé les 437 MDH sans plus. Ni le manque à gagner relatif à la subvention des droits de douanes ainsi que de la TVA n’ont été évoqués ni la liste des bénéficiaires n’a été dévoilée.
Mais au-delà de savoir si ce montant est exact ou exagéré comme le préconisent certaines voix, le résultat en dit long sur l’efficacité de ce dispositif. En effet, aucun impact sur la préservation du cheptel ni sur les prix de la viande qui n’ont cessé d’augmenter au grand dam des citoyens marocains, dont une grande majorité ne parvient plus acheter de la viande.
Aujourd’hui, cette affaire nous interpelle sur la question de la transparence, de la bonne gouvernance dans la gestion de la chose publique, de la rationalisation de la dépense publique, des conflits d’intérêts ainsi que de la reddition des comptes.
Surtout que le gouvernement s’apprête à lancer un nouveau programme de soutien aux éleveurs dont le coût est de 3 Mds de DH d’ici fin 2025 et de 3,2 Mds de DH en 2026. Au total, ce sont 6,2 Mds de DH qui seront débloqués pour soutenir directement les éleveurs engagés à la préservation des femelles reproductrices, dans une logique de durabilité du cheptel national.
Certes SM le Roi a donné ses instructions pour garantir l’opération de reconstitution du cheptel notamment en confiant l’encadrement de l’opération de gestion du soutien à des commissions sous la supervision des autorités locales.
Mais quels sont les garde-fous qui seront mis en place pour garantir que cette fois-ci les résultats soient au rendez-vous ? Quels sont les instruments de suivi et de contrôle qui seront mis en place pour garantir la transparence, l’efficacité et l’efficience de l’opération ? Comment garantir que le principe constitutionnel de la reddition des comptes ne reste plus lettre morte ? Comment garantir que les 6,2 Mds de DH iront-ils aux vrais concernés par cette reconstitution du cheptel ?
Autant de questions auxquelles nous n’aurons de réponses que vers la fin du programme ou pas. Espérons au moins que les instances habilitées à contrôler et à sanctionner à l’instar de la cour des comptes, du ministère public, du ministère de la justice…, puissent jouer, une fois pour toutes, le rôle qui leur incombe.

