Ecrit par Imane Bouhrara I
La polémique sur les subventions ou l’aide publique pour stabiliser les prix des viandes rouges vient rappeler l’effet pervers des subventions : non seulement les prix n’ont pas baissé mais en plus le gouvernement fait face à une envolée de bois verts dans un contexte où la défiance des citoyens ne cesse de s’accentuer et le moral des ménages de piquer du nez.
Et cela concerne bien d’autres secteurs que celui des viandes rouges, mais cet épisode rappelle cruellement qu’assister certaines filières ne peut durer car intenable financièrement, et fait perdurer une situation à la base appelée à se réformer voire devient une forme d’assistanat sinon de rente.
C’est un peu comme si un patient arrivait à l’hôpital pour une greffe de rein et qu’on lui propose à la place une rhinoplastie. Une filière malade a besoin de soins et non de palliatifs.
Certes, il est à reconnaître que cet exécutif a dû faire face à une situation inédite post choc pandémique. Mais en dehors des cas exceptionnels (pandémie, sécheresse, envolée des prix à l’international), les mesures conjoncturelles ne peuvent repousser inévitablement des réformes douloureuses à faire : le prix de vente doit être en corrélation avec la réalité des coûts, dans tous les secteurs et domaines.
Je citerai le dernier exemple en date, celui d’Aid Al Adha, dès que le souverain a invité les Marocains à s’abstenir d’accomplir le rite du sacrifice, les prix des ovins a baissé drastiquement démontrant ainsi une marge bénéficiaire pharamineuse et une hausse artificielle des prix n’obéissant pas à la loi de l’offre et la demande.
Le Maroc ne peut faire l’économie de réformer son économie et ses secteurs de production, avec à la clé un assainissement des circuits de distribution, pour éviter que les efforts budgétaires consentis ne soient semés au vent.
Cela est également de nature à renforcer la confiance dans l’acteur public qui a la légitimité d’assainir et de réformer. Et surtout ça nous permet de basculer des actions conjoncturelles vers des actions structurelles et durables. A un moment, il faudra bien y aller autant limiter les frais.
Sur un tout autre plan, tous les acteurs de la vie publique ne semblent pas être conscients du rôle d’une bonne communication pour maintenir la proximité avec les citoyens (et non pas se rappeler de notre existence durant la campagne électorale), les rassurer et renforcer leur confiance dans les institutions.
Certains savent pertinemment que les Marocains sont capables d’une levée de bouclier imprévisible, rapide et intense grâce aux mobilisations collectives sur les réseaux sociaux et des formes de protestations en dehors des circuits classiques à savoir militer à travers les partis et les syndicats.
Ceci implique une communication plus rapide, plus claire et plus transparente et surtout une véritable reddition des comptes telle que stipulée dans la Constitution. D’autant qu’avec ces mêmes réseaux sociaux certains pays livrent au Maroc une guerre informationnelle sans relâche. Inutile de leur donner un coup de main et marquer contre son propre camp.
La politique de l’autruche ou le silence en attendant que la tempête se calme, ne sont dans certains cas d’aucune pertinence. Bien au contraire, ils alimentent la défiance et la frustration de l’opinion publique qui décrypte le silence comme une forme d’arrogance ou d’incompétence, sans oublier que cela cède le terrain à la désinformation et c’est là le plus gros danger de tous les temps.

