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Édito

VETO Vs VETO : la diplomatie marocaine renverse la table

veto PLF

Vendredi soir, à New York, deux vetos se sont croisés au Conseil de sécurité. Moscou a bloqué le texte américain, Washington a bloqué le texte russe. Sur le papier, match nul. Dans les faits, une partie de trente-cinq ans vient de basculer. Onze voix ont dit oui à l’autonomie sous souveraineté marocaine. Trois seulement ont voulu prolonger le statu quo. Et la mission née pour organiser un référendum que personne n’organisera jamais a vu son mandat expirer à minuit. Le Maroc n’a pas obtenu sa résolution. Il a obtenu mieux : la fin d’une époque.

La nuit des deux vetos

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Le 30 octobre 2026, le Conseil de sécurité devait se prononcer sur le renouvellement de la MINURSO, dont le mandat expirait le lendemain. Sur la table, un projet américain d’une clarté inédite. Il faisait du plan d’autonomie marocain la seule base des négociations. Il renommait la mission MINUSO, en rayant le mot « référendum ». Il demandait enfin au HCR de recenser, en six mois, la population des camps de Tindouf.

La Russie a opposé son veto. Dans la foulée, son propre texte, simple reconduction d’un an sans un mot sur l’autonomie, se heurtait au veto des États-Unis. Veto contre veto. Rideau.

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Ceux qui, à Alger et à Tindouf, ont salué le geste de Moscou comme une victoire feraient bien de relire le procès-verbal de la séance. Ils y verront que leur « sauveur » n’a sauvé ni la mission, ni le statu quo.

Onze voix contre trois : l’arithmétique ne ment pas

Un veto bloque un texte. Il n’efface pas un vote. Le projet américain a recueilli onze voix sur quinze, dont celles de trois membres permanents : les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. Une seule voix contre, celle de Moscou. Trois abstentions.

Le texte russe, lui, n’a convaincu que trois membres du Conseil, Russie comprise. Onze se sont abstenus. Voilà la photographie exacte de la nuit : une large majorité pour l’autonomie, une minorité isolée pour le statu quo.

La Russie a parlé d’un veto « salvateur ». Elle a surtout montré qu’elle était seule à vouloir prolonger un mandat vidé de sa raison d’être. Le droit de veto lui permet d’arrêter une résolution. Il ne lui permet pas d’arrêter l’histoire.

La fin du « R » de référendum

Créée en 1991 pour organiser un référendum, la MINURSO n’en a jamais organisé. Ses propres travaux préparatoires sont à l’arrêt depuis plus de vingt ans, comme l’a rappelé la délégation américaine en séance. Le « R » de son sigle était devenu une relique, et la mission un décor que certains s’obstinaient à entretenir.

En bloquant le texte qui la transformait, Moscou a précipité ce qu’il prétendait empêcher. Faute de résolution, le mandat a pris fin à minuit. Le Cabinet royal en a pris acte. Nasser Bourita a tiré la conséquence avec sang-froid : un départ ordonné de la mission, organisé avec le Secrétariat de l’ONU, sans expulsion ni précipitation. Et un engagement réaffirmé : le Maroc reste attaché au cessez-le-feu de 1991.

Fini aussi le rituel des deux rendez-vous annuels au Conseil, que les adversaires du Royaume transformaient en tribune. Bourita parle d’une épée enfin retirée. L’image est juste.

Une diplomatie qui avait un coup d’avance

Le plus remarquable n’est pas le résultat. C’est la manière. Rabat savait que Moscou bloquerait le texte. Le ministre l’a dit sans détour : le veto russe n’était pas une surprise. Plutôt que d’édulcorer la résolution pour éviter l’obstacle, la diplomatie marocaine a choisi d’aller jusqu’au bout. Si le veto venait, il servirait à changer les règles.

C’est exactement ce qui s’est produit. Ceux qui misaient sur un blocage pour gagner du temps se retrouvent sans mission, sans rendez-vous semestriel et face à une majorité qui ne se dément plus. Le Maroc, lui, passe de la gestion du dossier à son changement, selon la formule du ministre, fidèle aux orientations royales.

Il faut saluer cette école diplomatique. Patiente sur trois décennies, offensive quand l’heure est venue, sereine au moment du verdict. Derrière Nasser Bourita, c’est tout un appareil, ambassadeurs, négociateurs, juristes, qui a tenu la ligne fixée par le Souverain. La reconnaissance du pays leur est due. « C’est le moment du sérieux, pas de la manœuvre », a lancé le ministre à l’adresse d’Alger. La phrase résume une méthode.

La joie d’un peuple

Cette nuit-là, beaucoup de Marocains ont veillé devant leurs écrans. À Laâyoune comme à Dakhla, à Casablanca comme à Oujda, la nouvelle a circulé de téléphone en téléphone avant le lever du jour. Les cafés de samedi matin n’ont parlé que de ça.

Cette joie n’a rien d’une euphorie de stade. Elle vient de loin. Elle porte la mémoire des volontaires de la Marche verte, des familles séparées, des soldats qui ont tenu le mur, des élus sahraouis qui siègent dans les institutions du Royaume. Elle dit aussi la fierté d’un pays qui a gagné sans jamais hausser le ton, par le droit, la constance et la patience.

Pour la jeunesse marocaine, la leçon est précieuse. Le prestige d’une nation ne se décrète pas. Il se construit, dossier après dossier, alliance après alliance, jusqu’au jour où la réalité finit par s’imposer à ceux qui la niaient.

Et maintenant : la prochaine manche

La victoire n’est pas une fin de partie. Le chantier de l’autonomie reste à bâtir sur le terrain : institutions régionales, développement, participation des populations. Le retrait de la MINURSO doit se faire dans l’ordre, et le cessez-le-feu doit tenir. Rabat l’a promis ; il faudra le prouver chaque jour.

La bataille se déplace aussi. Bourita l’a annoncé : la Quatrième Commission de l’Assemblée générale, où aucun veto n’existe, devra refléter la large majorité qui soutient désormais la solution d’autonomie. Les adversaires du Royaume, eux, n’ont gagné qu’un sursis. Un veto peut bloquer une résolution. Il ne peut pas renverser une majorité.

Vendredi soir, le monde a vu deux vetos se neutraliser. Le Maroc, lui, a vu une porte s’ouvrir. Veto contre veto, c’est la constance qui l’a emporté.

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