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Economie Nationale

Agriculture : le nouvel état-major d’Ahmed Bouari fin prêt?

agriculture Bouari

Ecrit par Imane Bouhrara I

Il y a cinq mois, Ahmed Bouari a hérité d’un des plus grand départements ministériels mais également l’un des plus problématiques dans un contexte très délicat. Mais, un département que le ministre connaît bien puisqu’il occupait le poste de Directeur de l’Irrigation depuis 2018. D’ailleurs depuis son arrivée, il a commencé à composer son nouvel état-major. L’agriculture enfin sur les bons rails ?

Depuis moins d’un mois, particulièrement fin février, le ministère de l’agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts vit au rythme des nominations à des hautes fonctions, que ce soit au niveau des directions ou des établissements sous tutelle.

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Un mouvement enclenché depuis l’arrivée du ministre Ahmed Bouari à la tête d’un des ministères les plus tentaculaires et les plus problématiques dans ce contexte de stress hydrique et de changement climatique qui bousculent la vocation agricole, traditionnelle et historique, du Maroc.

Ces nominations s’inscrivent-elles dans la mise en place de la nouvelle équipe ou bien signifient-elles une prise en main de ce département stratégique en matière de souveraineté alimentaire après des années de transfert accru des fonctions opérationnelles vers le privé et les résultats qui en ont découlé?

D’ailleurs dès son arrivée à la tête du ministère, Ahmed Bouari a dû répondre à plusieurs foyers d’urgence, avant même de pouvoir prendre ses repères pour poursuivre l’exécution de la stratégique Génération Green ou carrément changer de cap de cette  stratégie libérale de développement agricole ayant montré ses limites comme les précédentes.

Nouvel état-major pour une opération commando ?

Depuis près d’un mois, les nominations au sein ministère de l’agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts constituent le plus gros des nominations par le Conseil du gouvernement conformément à l’article 92 de la Constitution.

A la mi-février, nous avons assisté au niveau du ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts – département de l’Agriculture, de la nomination d’Abdeslam Ziyad directeur de la stratégie et des statistiques, tandis que Meryem Fares a été nommée directrice des ressources humaines, entamant ainsi une série de nominations.

Durant le Conseil du gouvernement du 27 février, Majid Lahlou a été nommé Inspecteur général du ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts – département de l’Agriculture-, Zakaria El Yaakoubi a été nommé Directeur de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole (poste qu’occupait A. Bouari avant sa nomination à la tête du ministère, Hicham Rahali a été nommé Directeur général de l’Office national du conseil agricole (ONCA), tandis que Jaouad Bahaji a été nommé président du Conseil général du développement agricole (CGDA).

Au niveau du département de la Pêche maritime, Brahim Boudinar a été nommé Secrétaire général, Abdellah El Moustatir a été nommé Directeur de la Pêche maritime, Hassan El Filali a été nommé Directeur des affaires générales et juridiques, Ilham Mennouni, Directeur de la stratégie et de la coopération alors que Mohamed Najih a été nommé Directeur de l’Institut national de recherche halieutique (INRH).

Une semaine plus tard, le Conseil du gouvernement du 6 mars a procédé à la nomination de Bilal Hajjouji, Directeur de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL), de Abdelhadi Sabii, Directeur du Développement rural et des zones montagneuses, Lamiae El Ghaouti, Directrice de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), et de
Mohamed Amine El Amrani, Directeur des Affaires administratives et juridiques et Bouchra Charafi, Directrice de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche au niveau du département de l’Agriculture.

Au niveau du département de la Pêche maritime, Abdelhakim Aouragh, a été nommé Directeur du Contrôle des activités de la pêche et Mohamed Hmamou, en tant Directeur de l’Institut supérieur des pêches maritimes.

Et il n’est pas exclu que d’autres nominations suivent dans les semaines à venir pour compléter le tableau.

Bien évidemment la question est de savoir pourquoi un tel branle-bas ? L’autre question est de savoir si Ahmed Bouari saurait en moins de deux ans de la fin du mandat de ce gouvernement et moins de cinq ans de l’échéance de Génération Green, solutionner les dysfonctionnements majeurs de cette politique sectorielle ?

Agriculture, un lourd héritage sur les bras

Depuis deux décennies, la stratégie libérale de développement agricole adoptée par le Maroc a montré ses limites et appelle à des ajustements. D’ailleurs, Ahmed Bouari a dû s’en rendre compte puisque depuis son arrivée à la tête du département, il a dû faire face à plus d’urgences qu’à une conduite normale d’une politique sectorielle.

L’aggravation de la dépendance aux marchés extérieurs (poids sur la balance commerciale et les comptes courants), même pour les semences et la forte dépendance aux caprices du ciel (impact en perme de croissance et d’emplois), ne sont là que quelques illustrations des lacunes cumulées de la politique agricole du Maroc.

Le ministre doit en être conscient puisqu’il a occupé depuis 2018 la direction de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole.

L’irrigation justement, à elle seule est un vrai dossier sur lequel le ministre devrait plancher en urgence. En effet, avec ce long épisode de stress hydrique, la priorité pour les barrages était l’approvisionnement des populations en eau alors que plusieurs zones irriguées étaient même privées des eaux des barrages agricoles.

Mieux, la préservation de l’environnement dans le cadre du développement agricole est un objectif non priorisé de cette politique qui au contraire a exercé des pressions sur les ressources naturelles au profit de certaines cultures à l’export.

Ingénieur d’État en Génie Rural, diplômé de l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Bouari bien qu’il n’était pas à la tête du ministère mais a dû voir également les limites de la politique agricole à résoudre la problématique de la pauvreté des agriculteurs traditionnels. D’ailleurs, le séisme d’Al Haouz a révélé au grand jour la précarité de certaines zones à vocations agricoles et leur degré de pauvretés et de vulnérabilité. C’est d’ailleurs un vœu d’échec pour le département de l’agriculture à réaliser une ambition royale de renforcement de la classe moyenne rurale.  

Et à la veille du mois sacré et de l’envolée des prix, il a dû également se rendre compte des limites de l’approche transactionnelle et de la restructuration du département de l’agriculture sur les fonctions de régulation avec transfert accru des fonctions opérationnelles vers le privé exempte de toute reddition des comptes. Sans omettre l’impact sur l’élevage et la filière m viandes rouges et blanches. On passera sur l’épisode d’importation de bovins et la baisse inquiétante du cheptel.

En tout cas au regard des investissements et incitations avancés par l’État et du foncier agricole distribué depuis des décennies à gauche et à droite, le Maroc et les Marocains sont en droit d’exiger un retour sur investissements et que ce qui atterrit dans leur assiette soit de qualité, en quantité suffisante et au prix juste.

Mais pas seulement, ils sont en droit à une préservation de leur patrimoine naturel et des espaces forestiers dont la dégradation préoccupe, des ressources en eau, d’un renforcement de la sécurité et la souveraineté alimentaire. Ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. Bouari va-t-il, peut-il y remédier ? Cela ne saurait se faire dans la continuité des stratégies déjà tracées et sans un retour en force de l’institutionnel pour dicter la marche à suivre et exiger des comptes. Le fait est que de toute façon, on ne peut plus continuer ainsi, la peur au ventre face à l’imprévu, le modèle est à revoir en urgence.


Lire également : Agriculture : quand les intrants posent problèmes, les outputs sont désastreux

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