Comment la demande en énergie du Maroc, et sa variation, ont-elles été satisfaites en 2024 ?

La plupart des données de 2024 sont tirées de sources officielles[1], [2], [3], [4]. Cependant, une partie a dû être estimée car ne pas différer la publication des chiffres est prioritaire et au moins aussi important que les commentaires que l’on y apporte. Alors voici donc ces chiffres 2024 de l’énergie, sans commentaires.
La variation des stocks de combustibles de fin 2023 à fin 2024 est négligée, de sorte que les imports nets en masse puissent être assimilés à la consommation et il est fait de même pour les productions. Il peut donc en résulter de légers écarts avec les chiffres définitifs qui seront dévoilés plus tard.
Les combustibles sont convertis en tonnes d’équivalent-pétrole (tep) grâce à leur pouvoir calorifique mais les électricités renouvelable et importée sont converties à l’aide du facteur conventionnel de 0,26 tep/MWh.
SEGMENTATION DE LA CONSOMMATION TOTALE D’ÉNERGIE
La Figure 1 montre la segmentation de la consommation totale d’énergie[5] au Maroc durant l’année 2024. Ce schéma ne contient aucune absorptions (signe négatif), donc aucune des énergies stockées et déstockées.

Figure 1 Segmentation de la consommation totale d’énergie au Maroc en 2024
Après avoir augmenté de 6.3% par rapport à l’année précédente, l’énergie totale consommée en 2024 aurait atteint 25,022 Mtep (millions de tonnes d’équivalent pétrole) qui se composent :
- des 12,871 Mtep (+5,7% en 2024) des produits issus du pétrole, soit 52,9% du total incluant :
- les 8,217 Mtep (+5,4% en 2024) des carburants blancs, soit 64% des produits pétroliers incluant :
- les 6,605 Mtep (+7,3% en 2024) du gasoil, soit 80,4% des carburants blancs, et dont seulement 0,005 Mtep sont utilisés pour la production d’électricité,
- les 0,819 Mtep (+6,3% en 2024) du super sans plomb, soit 10.0% des carburants blancs,
- les 0,793 Mtep (-8,7% en 2024) de l’essence d’aviation, soit 9,6% des carburants blancs.
- les 8,217 Mtep (+5,4% en 2024) des carburants blancs, soit 64% des produits pétroliers incluant :
- les 3,491 Mtep (+2,6% en 2024) des gaz de pétrole liquéfiés, soit 27% des produits pétroliers :
- les 3,160 Mtep (+1,9% en 2024) du butane, soit 90,5% des gaz de pétrole liquéfiés,
- les 0,331 Mtep (+9,9% en 2024) du propane, soit 9,5% des gaz de pétrole liquéfiés,
- les 1,163 Mtep (+18,7% en 2024) des fuel-oils, soit 18,7% des produits pétroliers, et dont 0,743 Mtep sont utilisés pour la production d’électricité,
- des 7,582 Mtep (-0,7% en 2024) du charbon, soit 31,1% du total, et dont 6’378 Mtep sont utilisés pour la production d’électricité,
- des 0,902 Mtep (-0,7% en 2024) du gaz naturel, soit 3,7% du total, et dont 0,830 Mtep sont utilisés pour la production d’électricité,
- des 0,119 Mtep (+6,4% en 2024) d’électricité hydraulique[6], soit 0,5% du total,
- des 2,406 Mtep (+42,8% en 2024) d’électricité éolienne, soit 9,9% du total,
- des 0,428 Mtep (-23,4% en 2024) d’électricité solaire, soit 1.8% du total,
- des 0,039 Mtep (-44,1% en 2024) d’électricité issue de chaleur industrielle, soit 0,16% du total,
- des 0,675 Mtep (+39,7% en 2024) de l’électricité importée, soit 2,77% du total,
En conséquence, l’électricité consommée (11,300 Mtep) par le Maroc représente 45,2% de l’énergie totale contre 54,8% pour le reste des produits énergétiques de l’énergie finale (13,722 Mtep).
SCHÉMA COMPLET DES FLUX D’ÉNERGIE AU MAROC
La Figure 2 montre le côté « entrée » du schéma des flux d’énergie au Maroc en 2024

Figure 2 Schéma des flux d’énergie montrant les deux segmentations de consommation à la sortie
Les 3,128 Mtep de la production d’énergie du Maroc (dont 3,013 Mtep d’énergies renouvelables, soit 96,3%) ne lui assurent que 12,50% des 25,022 Mtep de sa consommation totale (Figure 1). Le Maroc reste donc énergétiquement dépendant à 87,5% (au lieu de 89,4% un an plus tôt) et les énergies renouvelables s’affirment, une fois de plus, et jusqu’à nouvel ordre, comme la seule source prouvée et fiable d’indépendance énergétique.
Ces 3,128 Mtep de l’énergie brute produite localement en 2024 incluent :
- les 2,400 Mtep d’électricité éolienne, qui a représenté 76,9% de l’énergie brute locale,
- les 0,428 Mtep d’électricité solaire, qui en a représenté 13,7%,
- les 0,06 Mtep d’électricité STEP, qui en a représenté 1,9%,
- les 0,119 Mtep d’électricité hydraulique, qui en a représenté 3,8%,
- les 0,039 Mtep de la chaleur industrielle exploitée qui en a représenté 1,2%,
- les 0,072 Mtep du gaz naturel extrait, qui en a représenté 2,3%,
- les 0,004 Mtep du pétrole extrait, qui en a représenté 0,1%.
La soustraction des 0,141 Mtep d’énergie absorbée à l’énergie brute produite laisse une énergie nette produite de 2,988 Mtep. Quant à l’énergie nette consommée de 24,942 Mtep, elle résulte de la déduction de 0,80 Mtep d’électricité exportée et de l’ajout des 21,279 Mtep d’énergie importée elle-même formée :
- des 12,867 Mtep de pétrole importé qui ont représenté 51,5% de l’énergie nette,
- des 7,582 Mtep de charbon importé qui en ont représenté 30,4%,
- des 0,830 Mtep de gaz naturel importé qui en ont représenté 3,3%,
- des 0,755 Mtep d’électricité importée qui en ont représenté 3,0%.
Finalement :
- L’électricité (11,300 Mtep) aurait représenté 45,3% de la demande énergétique,
- Les carburants blancs (8,211 Mtep) auraient représenté 32,9% de la demande énergétique,
- Le butane (2,894 Mtep) aurait représenté 11,6% de la demande énergétique,
- Les autres combustibles (2,536 Mtep) auraient représenté 10,2% de la demande énergétique ; il s’agit du propane auquel il faut ajouter les combustibles qui n’ont pas été utilisés pour la production d’électricité (Fuel-oil, charbon et gaz naturel).
Quant à la consommation sectorielle, les estimations faites par nos estimations tendent à montrer que :
- Avec 7,360 Mtep, le transport aurait demandé 29,5% de l’énergie nette consommée,
- Avec 6,256 Mtep, le résidentiel en aurait demandé 25,1%,
- Avec 5,730 Mtep, le secteur secondaire en aurait demandé 23%,
- Avec 3,474 Mtep, le secteur tertiaire (hors transport) en aurait 13,9%,
- Avec 2,122 Mtep, le secteur primaire en aurait 8,5%.
SATISFACTION DE LA VARIATION DE L’ÉNERGIE NETTE CONSOMMÉE EN 2024
La Figure 3 montre le mode de satisfaction de l’augmentation de l’énergie nette consommée au Maroc entre 2023 et 2024.

Figure 3 Satisfaction de la variation de l’énergie nette consommée entre 2023 et 2024
Pour l’énergie du Maroc en 2024 :
- la production d’énergie brute locale, de 3’128 ktep, a gagné 633 ktep p/r à 2023.
- la production d’énergie nette locale, de 2’988 ktep, a gagné 562 ktep p/r à 2023.
- l’énergie nette consommée, de 24’942 ktep, a gagné 1421ktep p/r à 2023.
Mais comment a-t-on augmenté l’offre face à cette hausse, placée dernière dans le graphique ?
- Par une augmentation de 722 ktep du poste ‘Éolien‘ à 2406 ktep en 2024,
- Par une augmentation de 695 ktep du poste ‘Produits pétroliers‘ à 12’871 ktep en 2024,
- Par une augmentation de 192 ktep du poste ‘Net importé d’électricité‘ à 675 ktep en 2024,
- Par une augmentation de 52 ktep du poste ‘Gaz naturel‘ à 902 ktep en 2024,
- Par une augmentation de 44 ktep du poste ‘Hydroélectricité + STEP‘ à 178 ktep en 2024,
- Par une diminution de 31 ktep du poste ‘Chaleur industrielle‘ à 39 ktep en 2024,
- Par une diminution de 51 ktep du poste ‘Charbons‘ à 7’582 ktep en 2024,
- Par une diminution de 71 ktep du poste ‘Absorptions (négatives)’ à -140 ktep en 2024,
- Par une diminution de 131 ktep du poste ‘Solaire‘ à 428 ktep en 2024.
ANNEXE : POUVOIRS CALORIFIQUES UTILISÉS POUR LA CONVERSION EN ÉNERGIE
- Essence ordinaire (ktep) 1,0500 tep par tonne
- Essence super (ktep) 1,0724 tep par tonne
- Carburants d’aviation (ktep) 1,0490 tep par tonne
- Gasoil 1,0150 tep par tonne
- Butane (ktep) 1,0920 tep par tonne
- Propane (ktep) 1,1070 tep par tonne
- Fuel-oil pour Autres (ktep) 1,0070 tep par tonne
- Charbons (ktep) 0,6600 tep par tonne
Par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)
[1] Ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement du Royaume du Maroc, Portail des statistiques de l’Observatoire Marocain de l’Energie, https://www.observatoirenergie.ma/data/ – Ce site a été fermé en 2021
[2] Direction des Etudes et des Prévisions Financières du Ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’Administration du Royaume du Maroc, Notes de Conjoncture, http://depf.finances.gov.ma/etudes-et-publications/note-de-conjoncture/
[3] Bank Almaghrib, Revue de la Conjoncture Economique, http://www.bkam.ma/Publications-statistiques-et-recherche/Documents-d-analyse-et-de-reference/Revue-de-la-conjoncture-economique
[4] Office des Changes, « Base de données du commerce extérieur du Maroc« , https://services.oc.gov.ma/DataBase/CommerceExterieur/
[5] L’énergie totale consommée inclut toutes les énergies AVANT toute déduction des absorptions, ni non plus aucune des énergies stockées et déstockées Quant à l’énergie nette consommée, elle est obtenue APRÈS leur prise en compte.
[6] Bien que faisant partie de l’énergie hydraulique, l’électricité produite par les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) ne doit pas être comptée parmi les renouvelables car elles ne sont qu’un moyen de stockage qui absorbe lui-même de l’électricité, qui peut ne pas être de source renouvelable. Il se trouve que, justement, presque tous les jours jusqu’à fin 2018, la STEP d’Afourer du Maroc a été presque exclusivement alimentée par de l’électricité importée la nuit à bon marché, de source non renouvelable.

