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Economie

Derrière l’affichage de la CGEM, le cri de détresse muet des TPME

cgem

À quelques jours des élections législatives du 23 septembre, la CGEM a tenu son deuxième Conseil d’administration de la mandature 2026-2029. Derrière un discours officiel axé sur la relance et l’appui aux TPME, la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) revient à la charge pour imposer ses priorités au futur exécutif, tout en esquivant les sujets les plus inflammables.

C’est une rentrée économique sous haute tension politique. Réunie récemment sous la présidence de Mehdi Tazi, le Patronat a fixé sa feuille de route pour les mois à venir. Ce Conseil d’Administration intervient à un moment charnière pour le Royaume : le scrutin législatif du 23 septembre prochain rebattra les cartes de la gouvernance économique. Conscient de son poids dans l’économie, le Patronat a déjà entamé des consultations avec les formations politiques pour s’assurer que l’agenda de l’entreprise privée figure en bonne place dans les futurs programmes de gouvernement.

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Les cinq commandements du Patronat pour la croissance Dans sa communication officielle, la Confédération a articulé sa stratégie autour de cinq priorités majeures. L’ambition affichée est claire : transformer le tissu productif national, et plus particulièrement la (TPME), en un « moteur puissant » de la croissance.

Pour y parvenir, le Patronat appelle à une accélération de l’investissement privé et au développement de la base industrielle, condition sine qua non pour absorber le chômage des jeunes et favoriser l’inclusion économique des femmes. La CGEM insiste également sur la montée en gamme et le renforcement de la compétitivité, indispensables pour propulser l’internationalisation des entreprises marocaines et diversifier les marchés à l’exportation dans un contexte mondial fragmenté.

Un discours d’affichage qui masque des angles morts critiques Si la CGEM dessine les contours d’une ambition partagée, une lecture critique de sa déclaration révèle d’importants silences sur les véritables maux dont souffre l’économie marocaine au quotidien.

En premier lieu, la question de l’économie informelle demeure le grand éléphant dans la pièce. Représentant, selon les estimations de Bank Al-Maghrib, près de 30 % du PIB et plus de 70 % de l’emploi total hors agriculture, le secteur informel continue d’exercer une concurrence déloyale asphyxiante pour les entreprises structurées et transparentes de la Confédération. Pourtant, le sujet a été prudemment écarté du communiqué officiel.

De même, si le soutien aux TPME est érigé en priorité, le texte passe sous silence les mesures coercitives attendues concernant les délais de paiement. Bien que la loi sur les sanctions pécuniaires soit entrée en vigueur, les retards de règlement, qu’ils émanent du secteur public ou des grands donneurs d’ordres privés, oscillent encore en moyenne entre 60 et 90 jours, restant le premier facteur de mortalité des petites structures. L’accès réel au financement bancaire n’a pas non plus fait l’objet de propositions concrètes, alors que les TPME, qui constituent pourtant plus de 95 % du tissu économique marocain, ne captent qu’environ 20 % des crédits bancaires alloués aux entreprises.

Prudence tactique face à la fiscalité et au climat social À la veille de la préparation du Projet de Loi de Finances (PLF) et en pleine campagne électorale, la CGEM a choisi la carte de la diplomatie. Les sujets de frictions fiscales — tels que la baisse attendue de l’Impôt sur les Sociétés (IS) pour stimuler l’investissement ou l’allègement de l’Impôt sur le Revenu (IR) pour soutenir le pouvoir d’achat — sont noyés sous le concept générique de « compétitivité ».

Sur le front social, la prudence est tout aussi de mise. Alors que le patronat réclame de longue date une refonte du Code du travail pour introduire plus de flexibilité, ainsi que la promulgation de la loi organique sur le droit de grève, la CGEM s’est contentée d’évoquer le « développement de l’emploi et des compétences ». Une formulation consensuelle visant à ne pas braquer les syndicats ni à surchauffer le débat politique, dans un contexte national où le taux de chômage stagne au-dessus de la barre des 13 %, touchant de plein fouet plus de 35 % des jeunes urbains.

Un positionnement stratégique pour l’après-23 septembre L’enjeu de ce Conseil d’Administration dépassait largement le cadre d’un simple bilan de rentrée. En affichant sa volonté d’engager un « dialogue constructif et responsable » avec la future majorité, la CGEM cherche à sanctuariser les acquis économiques tout en se positionnant comme le co-pilote de la prochaine phase de croissance.

Reste à savoir si les partis politiques, une fois installés aux commandes du gouvernement, traduiront ces doléances patronales en réformes structurelles urgentes, ou si les points de douleur réels du tissu économique continueront d’être reportés à des jours meilleurs.


Lire également : La CGEM dévoile ses priorités économiques et complète sa gouvernance pour 2026-2029

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