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Interview

[Entretien] Élections 2026 : C. Roudani explique les enjeux d’État au-delà des enjeux partisans

Moyen-Orient guerre iran otan

Interviewé par Imane Bouhrara I

Pour le politologue Cherkaoui Roudani, 2026 ne sera pas tant un verdict électoral classique qu’un test de capacité collective : capacité des partis à se renouveler, à intégrer une nouvelle génération de responsables conscients des enjeux nationaux et internationaux, et à s’inscrire dans la continuité de la Vision Royale. Il semble fort que l’enjeu central ne sera donc pas « qui gagne », mais qui est capable d’accompagner le Maroc dans un moment historique où la démocratie, la souveraineté et le développement doivent avancer de concert.

EcoActu.ma : Premièrement, quel regard portez-vous sur les préparatifs aussi bien au niveau réglementaire que le prolongement du délai d’inscriptions sur les listes électorales en perspectives des élections 2026 au Maroc ?

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Cherkaoui Roudani : Je les lis, avec l’expérience de plusieurs séquences politiques, comme un signal clair de sécurisation institutionnelle et de rehaussement assumé de la crédibilité procédurale. Les élections de 2026 ne peuvent plus être abordées comme un simple rendez-vous cyclique inscrit dans le calendrier constitutionnel ; elles s’inscrivent dans un moment politique particulier, où le pays est engagé dans des transformations profondes et structurelles qui exigent une légitimité démocratique renforcée.

À cet égard, me prolongement et l’encadrement des opérations de révision et d’inscription sur les listes électorales répondent à une logique de fond à savoir élargir la base de participation, fiabiliser le corps électoral et, in fine, consolider la représentativité du scrutin. Il ne s’agit pas d’un ajustement technique, mais d’un choix politique mûri, visant à prévenir toute fragilisation du processus électoral et à envoyer un message clair aux citoyens comme aux observateurs : les règles du jeu sont stables, inclusives et transparentes.

Mais surtout, il faut replacer cette démarche dans son environnement stratégique. Le Maroc est entré dans une phase où l’exigence de gouvernance est démultipliée par des chantiers d’État d’une ampleur inédite comme l’organisation de la Coupe du monde 2030, la montée en puissance effective de la régionalisation avancée, et, dans les provinces du Sud, la nécessité de consolider une gouvernance territoriale crédible, performante et responsable, capable de donner corps, par les faits, à l’opérationnalisation de l’autonomie.

Dans une telle configuration, l’administration électorale ne se contente plus d’assurer la conformité juridique des opérations. Elle vise un objectif plus stratégique en bâtissant la confiance. Or aujourd’hui, la confiance est le véritable capital politique des États qui réussissent. Elle conditionne la stabilité institutionnelle, l’adhésion citoyenne aux réformes, et la capacité du pays à conduire, dans la sérénité, des projets structurants à long terme. En ce sens, les préparatifs de 2026 traduisent moins une préoccupation électorale ponctuelle qu’une vision d’État, attentive à l’articulation entre démocratie, gouvernance territoriale et ambition stratégique nationale.

EcoActu.ma : L’un des faits d’actualité qui a fait couler beaucoup d’encre est celui du retrait d’Akhannouch de la présidence du RNI qui organisera un congrès en février. Quel impact sur la carte partisane ?

Cherkaoui Roudani : Le retrait d’Aziz Akhannouch de la présidence du RNI constitue un moment politique structurant, non pas tant par la personne que par ce qu’il révèle des limites actuelles du fonctionnement partisan et des exigences nouvelles qui s’imposent à l’ensemble de la scène politique. Nous ne sommes plus dans une phase les partis peuvent se contenter d’une gestion électorale classique ou d’une communication de circonstance. De fait, ce retrait ouvre une séquence de recomposition interne et de réajustement stratégique qui dépasse largement le cadre d’un seul parti.

À l’intérieur du RNI, l’enjeu immédiat sera la capacité à conduire une transition ordonnée, à préserver la cohésion et à clarifier le cap politique. Mais l’enjeu réel est plus profond. Il s’agit d’opérer une revitalisation de la gestion partisane, tant dans les méthodes de gouvernance interne que dans la sélection des élites, la formation des cadres et la définition des priorités programmatiques. Un congrès n’est pas une simple échéance statutaire ; c’est un moment de vérité où un parti doit démontrer sa capacité à se projeter, à se renouveler et à produire une vision politique cohérente.

Au-delà du RNI, cet épisode agit comme un révélateur pour l’ensemble du système partisan. La recomposition à venir crée certes des opportunités pour les formations concurrentes de capter un électorat indécis ou désabusé, mais elle impose surtout une obligation collective de montée en gamme. En 2026, les électeurs ne jugeront pas les partis sur l’affichage, les promesses ou les postures, mais sur leur capacité réelle à gouverner dans un monde en mutation rapide.

Cette exigence suppose un changement de culture politique : passer d’une logique de gestion à court terme à une culture de l’anticipation, de la compétence et de la responsabilité. Les partis qui réussiront seront ceux qui sauront articuler ancrage national, intelligence des dynamiques globales et capacité à accompagner les grandes orientations stratégiques de l’État. À défaut, la recomposition partisane de 2026 ne produira qu’un changement de visages, sans véritable renouvellement du contenu politique.

EcoActu.ma : Ce retrait est-il en lien avec le bilan de l’Exécutif et de grands chantiers inachevés pour ne citer que la régionalisation avancée, la représentativité féminine, la création d’emplois ?

Cherkaoui Roudani : Il convient d’éviter toute lecture réductrice ou mécanique, mais il serait tout aussi hasardeux d’ignorer le niveau d’exigence accru qui encadre aujourd’hui l’action publique et, plus largement, l’exercice du leadership partisan. Les chantiers évoqués à l’image de la régionalisation avancée, emploi et participation féminine sont des réformes de transformation, qui ne se jugent pas uniquement à l’aune de décisions ponctuelles, mais à la capacité à fixer un cap clair, à maintenir la cohérence de l’action et à traduire la vision en résultats mesurables. Ils mettent ainsi à l’épreuve non seulement les politiques publiques, mais aussi les cultures de gouvernance, les méthodes de décision et la qualité du commandement politique au sein des formations.

La régionalisation avancée, en particulier, ne peut être appréhendée comme un simple dossier technique. Elle relève d’une ingénierie de gouvernance qui exige anticipation, arbitrage et appropriation politique continue. Dans les provinces du Sud, elle constitue l’un des leviers les plus crédibles pour donner à l’autonomie une épaisseur institutionnelle réelle, fondée sur des compétences effectives, des ressources clairement identifiées, des mécanismes de redevabilité et une culture de l’évaluation orientée vers l’impact. Autrement dit, il ne suffit pas d’annoncer des réformes : encore faut-il les piloter, les expliquer et les incarner dans la durée.

De la même manière, l’emploi et la participation féminine sont devenus des indicateurs centraux de la confiance sociale. Lorsque l’écart entre attentes citoyennes et résultats perçus s’installe, ce n’est pas seulement l’efficacité des politiques publiques qui est questionnée, mais la capacité du leadership politique à inspirer, à fédérer et à rassurer, en assumant des choix clairs et en rendant compte de leurs effets. Dans les démocraties contemporaines, la crédibilité ne se décrète plus ; elle se construit par la constance, la lisibilité et la responsabilité.

Dans ce cadre, le retrait ne saurait être interprété uniquement à travers le prisme d’un bilan gouvernemental. Il peut aussi traduire, de manière plus subtile, des tensions inhérentes à la pratique du leadership partisan : articulation entre responsabilités exécutives et animation politique, gestion des équilibres internes, préparation de la relève, mais aussi capacité à instaurer des règles claires et partagées au sein du parti. Un leadership durable repose autant sur la vision que sur la discipline organisationnelle et la clarté des rôles.

À cela s’ajoute une dimension sensible à savoir l’équilibre entre l’homme politique et l’homme d’affaires. Lorsqu’il n’est pas parfaitement maîtrisé et encadré, cet équilibre peut engendrer des zones grises, nourrir des perceptions d’ambiguïté et installer des incertitudes peu compatibles avec l’exigence de clarté et de confiance qui s’impose aujourd’hui à la vie publique. Dans un contexte où la volonté Royale insiste avec constance sur la moralisation de la scène politique, la transparence, la séparation des responsabilités et la responsabilité personnelle deviennent des critères centraux de crédibilité.

Dès lors, ce retrait peut également être lu comme une tentative de décorréler la recomposition partisane de l’usure gouvernementale, afin de reconfigurer l’offre politique, les méthodes et les visages à l’horizon 2026. Mais l’essentiel demeure, au-delà des personnes et des conjonctures : le discours et les pratiques politiques doivent se hisser au niveau des attentes, en s’inscrivant dans une gouvernance éthique, responsable et orientée résultats, en pleine cohérence avec les orientations Royales et les exigences d’un monde en mutation rapide.

EcoActu.ma : Au-delà des enjeux nationaux et réformes sensibles comme celui de la retraite, quel meilleur profil ou composition pour mener à bien les dossiers internationaux à commencer par le dossier du Sahara, l’Initiative Atlantique, le Gazoduc Afrique mais aussi la contribution marocaine au Conseil de Paix que le Président américain envisage de lancer ?

Cherkaoui Roudani : Pour ces dossiers stratégiques, le critère déterminant n’est pas l’appartenance partisane, mais bien la capacité d’État, entendue comme l’aptitude à inscrire l’action publique dans la durée, à préserver la cohérence stratégique et à garantir la crédibilité internationale du Royaume. Les enjeux en question dépassent le registre du débat politique interne ; ils relèvent de la souveraineté, de la projection régionale et de la position du Maroc dans les nouvelles architectures géopolitiques.

Cela suppose d’abord une crédibilité diplomatique éprouvée et une réelle continuité stratégique. Le dossier du Sahara, l’Initiative Atlantique et les projets d’intégration régionale ne tolèrent ni improvisation ni volatilité. Ils exigent un pilotage cohérent, constant et parfaitement lisible pour les partenaires internationaux, fondé sur la constance des positions, la clarté des messages et la capacité à inscrire chaque initiative dans une vision globale.

Ensuite, ces dossiers appellent une compétence géoéconomique affirmée. Le Gazoduc Afrique et l’Initiative Atlantique relèvent d’une véritable diplomatie des flux — énergie, corridors logistiques, ports, finance, sécurité — qui requiert des profils capables d’articuler expertise technique et intelligence politique. Il ne s’agit plus seulement de négocier, mais de concevoir, structurer et sécuriser des projets complexes à l’échelle continentale.

Enfin, la dimension éthique et le sens de l’État sont devenus des critères centraux. Dans un environnement international de plus en plus exigeant, la crédibilité d’un pays repose autant sur la solidité de ses institutions que sur la confiance qu’inspirent ses représentants. La moralisation de la vie publique, la transparence et la responsabilité ne sont plus des principes abstraits, mais des leviers concrets d’influence.

À cet égard, la perspective de la mise en place d’un Conseil de la Paix, telle qu’envisagée par le président américain, et l’association du Maroc à ce niveau stratégique, s’inscrivent naturellement dans le registre des prérogatives souveraines et trouvent leur pleine légitimité dans le rôle sempiternel de Sa Majesté le Roi dans la gestion des conflits, la prévention des crises et la promotion de la stabilité, tant à l’échelle continentale africaine qu’au Moyen-Orient.

Depuis plusieurs décennies, la diplomatie marocaine, conduite sous l’autorité éclairée de Sa Majesté, s’est distinguée par une approche fondée sur la constance, la médiation, le respect du droit international et la recherche de solutions durables. Cette méthode royale, éprouvée dans de nombreux contextes régionaux complexes, confère au Royaume une crédibilité singulière et une autorité morale reconnue par ses partenaires.

EcoActu.ma : À la lumière de ce qui précède, quels scénarios pour 2026 ? Des prognostics?

Cherkaoui Roudani : À la lumière de l’ensemble de ces éléments, il serait prudent d’aborder 2026 non pas sous l’angle du pronostic arithmétique, mais comme une séquence de clarification et de maturité politique.

Un premier scénario, le plus structurant, est celui d’une montée en gamme progressive du champ politique. Sous l’effet combiné des grands chantiers de l’État, de l’horizon 2030 et des rappels constants de Sa Majesté sur la moralisation de la vie publique, les partis pourraient être contraints de revoir leurs méthodes, leurs profils et leurs discours. Dans ce cas, 2026 consacrerait moins des victoires partisanes que la capacité à proposer des projets crédibles, portés par des équipes compétentes et responsables.

Un second scénario pourrait être celui d’une recomposition maîtrisée, sans rupture structurelle, caractérisée par des ajustements de leaderships et des reconfigurations d’alliances, sans transformation en profondeur des pratiques politiques. Le processus électoral se déroulerait alors dans un climat de stabilité institutionnelle, mais avec une participation contrastée, notamment au sein de la jeunesse, révélant la persistance d’un décalage entre les attentes citoyennes et l’offre politique. Une telle configuration ne serait pas neutre, elle recomposerait l’équation politique, en pesant sur la légitimité des acteurs, les rapports de force et la capacité du système partisan à remplir pleinement sa fonction.

Enfin, un scénario plus exigeant, et plus risqué, serait celui d’une tension de confiance, si le discours politique demeure en deçà des enjeux sociaux, territoriaux et stratégiques du pays. Dans cette hypothèse, l’État continuerait d’assumer l’essentiel de la stabilité et de la projection stratégique, tandis que la médiation partisane resterait fragilisée.

Au fond, 2026 ne sera pas tant un verdict électoral classique qu’un test de capacité collective : capacité des partis à se renouveler, à intégrer une nouvelle génération de responsables conscients des enjeux nationaux et internationaux, et à s’inscrire dans la continuité de la Vision Royale. Il semble fort que l’enjeu central ne sera donc pas « qui gagne », mais qui est capable d’accompagner le Maroc dans un moment historique où la démocratie, la souveraineté et le développement doivent avancer de concert.

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