À défaut de la création d’1 million d’emplois, il faut craindre le spectre de 2 millions de chômeurs

Écrit par Imane Bouhrara I
Les chiffres du marché du travail, et surtout le taux de chômage, du HCP vont incessamment tomber. Des statistiques très importantes qui vont augurer de l’évolution du taux de chômage entre 2025 et début 2026.
Juste un rappel des chiffres, le taux de chômage est passé de 13,3% à 13% au niveau national, de 16,9% à 16,4% en milieu urbain et de 6,8% à 6,6% en milieu rural. Il reste plus élevé parmi les jeunes de 15 à 24 ans (de 36,7% à 37,2%), les diplômés (de 19,6% à 19,1%) et les femmes (de 19,4% à 20,5%), selon les données du HCP.
Sur la population en âge de travailler, 1.621.000 chômeurs sur un peu plus de 12 millions de personnes actives.
En attendant le HCP, l’IFC a publié son rapport sur la croissance et l’emploi au Maroc et disons-le il y a de la matière avec une analyse de la période allant de 200 à 2024, notamment cette densité des entreprises en croissance sans pour autant créer de l’emploi. De quoi remuer le couteau dans la plaie.
Entre autres verrous, l’IFC pointe du doigt le fait que les secteurs marocains opèrent dans un contexte de faible concurrence, reflétant en partie des cadres réglementaires relativement restrictifs.
Aussi, les entreprises sont-elles toujours confrontées à des contraintes transversales qui ralentissent leur croissance et la création d’emplois salariés. Premièrement, la forte progressivité de l’impôt sur les sociétés a pu, par le passé, décourager la croissance des entreprises, une distorsion que des réformes sont en train de corriger en uniformisant les taux pour la plupart des entreprises. Deuxièmement, une forte pression fiscale sur le travail pesant sur les bas revenus-dû aux cotisations de sécurité sociale-combinée à une réglementation du travail rigide selon l’IFC et à une application inégale, crée d’autres freins à la croissance des entreprises : rester petites leur permet de rester sous le seuil d’application de la loi et de continuer à recourir à l’embauche informelle.
Le Maroc a connu une baisse constante du taux d’activité, passant de 53,1 % en 2000 à 43,5 % en 2024. Ce déclin ne reflète pas simplement la hausse de la scolarisation ; même en tenant compte de l’élargissement bienvenu de l’accès à l’éducation, la part des adultes en âge de travailler qui ont cessé de chercher un emploi, ou qui n’en ont jamais cherché, a considérablement augmenté.
Le défi consiste donc non seulement à créer plus d’emplois, mais aussi à comprendre pourquoi de nombreux travailleurs ont cessé d’en chercher, une distinction essentielle pour l’élaboration des politiques publiques.
Et c’est là le nœud gordien : les jeunes ne veulent même pas tenter leur chance sur le marché du travail marocain, de peur d’essuyer un échec. Il y a un déficit de confiance à combler.
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Et des échecs, il y en a, beaucoup même : en chiffres, la proportion des chômeurs primo-demandeurs d’emploi au Maroc s’est établi à 51,2% en 2023.
Et ce, malgré les campagnes prometteuses Forsa et Awrach et bien avant Intelaka.
Des projets qui ont suscité des critiques dès leur annonces parce que les experts du marché du travail, tels que Azeddine Akesbi, ont de tout temps expliqué que la réponse au dysfonctionnement du marché du travail problème est bien ailleurs ! Ils ont tout le temps alerté par l’importance de se focaliser sur le déficit de création d’emplois comme facteur dominant et déterminant sur les taux de chômage et d’activité (y compris le sous-emploi et l’emploi non-rémunéré).
Ce qui importe à ce stade est l’ampleur de ce tsunami du chômage qui continue de semer le désespoir et l’envie de départ des jeunes chômeurs, qui a doublé en 10 ans. Le risque est que cette tendance se poursuive pour la prochaine année avec toute les conséquences sociales, économiques et politiques.
Autrement dit, ce n’est pas la non-réalisation de la promesse du gouvernement de créer un million d’emploi qui inquiète mais c’est celle de franchir la barre de 2 millions de chômeurs et là ça sera un record mais tristement historique !
