Écrit par Imane Bouhrara I
On disait d’eux très connectés mais déconnectés de la réalité, des geeks et des rêveurs qui n’avaient aucune forme d’intérêt pour la chose publique ou pour la participation politique, qu’ils ne pensent qu’à quitter le pays vers des cieux plus cléments. Et d’un coup, ils ont manifesté leur présence ! La Génération Z s’est manifestée dans la vraie vie, dans le réel, dans la rue après s’être longtemps cantonnée sur les réseaux sociaux.
Les manifestations pacifiques qui ont marqué le Maroc ce week-end et le flegme des jeunes face à une surréaction des autorités, sont une véritable leçon politique à qui sait voir et écouter.
La génération future plutôt silencieuse, l’avenir de ce pays, a poussé une complainte qui a eu un écho mondial et qui a délié les langues.
Aucun Marocain ne voudrait qu’on touche à son pays mais aucun Marocain ne voudrait qu’on touche à son enfant, non plus.
Une complainte imprégnée d’un sens de patriotisme inouï et un instinct politique insoupçonné pour dire que les jeunes écoutaient les belles promesses, qu’ils attendaient mais qu’ils n’ont rien vu venir.
Les déclarations par ci et par là de cette Génération Z dénotent d’une grande conscience politique et d’une foi profonde en ses droits. Pas un mot de travers et une créativité débordante.
Une complainte d’autant plus poignante parce que ces jeunes n’ont demandé que ce qu’il leur est dû : une école digne de ce nom, un hôpital pour soigner leur douleur et un travail qui préserve leur dignité. En d’autres termes, l’État social dont on leur parle à longueur de journées et une égalité des chances.
De l’autre côté de la barrière, un silence abyssal, pourtant les jeunes sont du pain béni pour les politiques. On parle en leur nom mais d’aucun ne leur parle directement. Un véritable fossé qui a été l’un des moteurs de renforcement des mobilisations collectives des jeunes ailleurs qu’au sein des partis ou des syndicats dont ils se méfient grandement.
Une frustration qui s’ajoute à des indicateurs sociaux en berne et à un chômage endémique des jeunes.
Quel choix reste-t-il à cette Génération Z et les autres ? Attendre encore et toujours alors que les belles années filent à vive allure ou bien revendiquer des droits légitimes ?
La Génération Z a choisi la voie la plus difficile et il ne faut pas compter sur le temps pour tasser cette ambition légitime, les problèmes ne se résolvant pas d’eux-mêmes, il faut lui faire écho et accéder à sa demande. Car ce sont eux l’avenir et ce sont eux la relève portant espoir d’un aujourd’hui meilleur.

