Gestion du stocks des hydrocarbures : peut-on réellement s’en féliciter ?

Ecrit par L.Boumahrou I
Face à une conjoncture énergétique mondiale sous tension, la ministre de la Transition énergétique, Leïla Benali, a dévoilé des niveaux de stocks inférieurs aux seuils réglementaires et aux standards internationaux. Malgré les efforts mis en avant, ces révélations ravivent les critiques sur la gestion du stockage stratégique, la responsabilité des opérateurs pétroliers et les limites persistantes de la sécurité énergétique nationale.
L’intervention de la ministre de la Transition énergétique, Leïla Benali, au Parlement a été très attendue notamment en raison de cette crise énergétique mondiale qui inquiète de plus en plus. La ministre a dressé un tableau préoccupant de la conjoncture énergétique mondiale, tout en mettant en avant les mesures mises en œuvre par le gouvernement afin d’en limiter les répercussions sur l’économie nationale.
Après avoir rappelé les dispositifs déployés pour faire face à cette crise sans précédent, la ministre a levé le voile sur des chiffres relatifs aux stocks de sécurité énergétique que l’exécutif s’efforçait jusque-là de ne pas rendre publics.
Dans le détail, Leïla Benali a indiqué que les approvisionnements sécurisés en gaz naturel et en charbon permettent de couvrir les besoins en électricité jusqu’au mois de juin. Quant aux produits pétroliers, les stocks atteindraient 47 jours de consommation pour le gasoil et 49 jours pour l’essence.
La ministre s’est félicitée de ces niveaux, saluant les efforts des opérateurs pétroliers dans un contexte international marqué par une forte volatilité des prix. Pourtant, ces chiffres restent en deçà des exigences réglementaires nationales fixées à 60 jours de couverture, et encore plus éloignés des standards internationaux, qui recommandent jusqu’à 90 jours d’importations nettes.
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Au-delà de ces annonces, la question du stock stratégique demeure structurellement problématique. Depuis l’adoption de la stratégie énergétique nationale en 2009, le Maroc n’a jamais atteint le seuil légal des 60 jours, exposant ainsi le pays aux chocs extérieurs et aux tensions géopolitiques récurrentes.
Des révélations qui en disent long sur les failles du système
Les données présentées ces dernières années confirment cette fragilité, les niveaux de stocks sont restés durablement inférieurs aux exigences réglementaires, oscillant souvent autour de 30 jours seulement pour certains produits énergétiques. Cette situation met en évidence des défaillances persistantes dans la gestion et le suivi des réserves stratégiques, pourtant essentielles pour amortir les fluctuations des marchés internationaux.
Plusieurs voix pointent également la responsabilité des opérateurs pétroliers, accusés de ne pas respecter leurs obligations en matière de constitution de stocks, sans que les sanctions prévues par la loi ne soient réellement appliquées. À cela s’ajoute une gouvernance jugée insuffisamment transparente, alimentant les interrogations sur la gestion réelle des réserves énergétiques du pays.
Dans un contexte de flambée des prix du pétrole et de dépendance énergétique élevée, avoisinant les 90 %, ces insuffisances apparaissent d’autant plus préoccupantes. Elles soulignent les limites des politiques publiques menées jusqu’à présent, ainsi que l’urgence de réformes structurelles visant à renforcer la souveraineté énergétique nationale.
Ainsi, malgré les alertes répétées et les constats accablants dressés par plusieurs institutions, les critiques persistent. Les appels à plus de transparence, à une meilleure régulation du secteur et à un renforcement effectif des capacités de stockage continuent, pour l’heure, de rester sans réponse tangible.
Les pétroliers qui n’ont jamais respecté la réglementation en vigueur sont en grande partie responsable des risques qui planent sur la sécurité énergétique de notre pays. Nous n’avons cessé de contester l’opacité du gouvernement face aux pétroliers. Mais en vain. Les voix qui se soulèvent pour dénoncer la gestion du stockage et de la souveraineté énergétique du pays tombent dans l’oreille d’un sourd.
Autre question dénoncée par les députés, la sous-exploitation des capacités nationales de stockage notamment de la raffinerie La Samir, estimant que les infrastructures existantes ne sont utilisées qu’à une faible proportion, malgré les autorisations accordées ces dernières années. Ils ont reproché au gouvernement un manque d’anticipation et d’action pour renforcer ces capacités, considérant qu’il s’agit d’une opportunité manquée pour réduire la pression sur le marché et améliorer la sécurité énergétique.
