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Édito

L’inflation entre perception et réalité

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Ecrit par Soubha Es-Siari I

A l’approche du mois sacré du ramadan, une phrase est sur toute les langues à savoir la cherté du coût de la vie. Pas de répit. Depuis l’année 2022, outre les séquelles de la crise sanitaire liée au Covid19, le conflit ukrainien a entraîné dans son sillage une hausse sans précédent des coûts des intrants se traduisant par une inflation importée pour l’économie marocaine. Aujourd’hui encore, la hausse des prix continue à plomber le moral des ménages qui ont les mains liées face à la recrudescence des prix des denrées alimentaires même les plus consommées. Dans ces quelques lignes, j’aimerais aborder l’écart entre la perception de l’inflation et le taux mesuré.

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Le taux d’inflation dont se targuent les institutions pour ne citer que la Banque Centrale ne reflète nullement la réalité du marché.  » L’inflation évolue à des niveaux bas et terminerait l’année avec un taux moyen autour de 1%, après 6,1% enregistré en 2023. Elle devrait rester modérée, se situant à 2,4% en 2025 et à 1,8% en 2026″, tels sont les propos de Abdellatif Jouahri lors du dernier conseil de BAM au titre de 2024. Après tout, maintenir l’inflation à un niveau bas et stable est le principal objectif de la politique monétaire.

Toutefois, il suffit de faire un tour dans les marchés pour s’apercevoir que ce taux n’est que de la poudre aux yeux à telle enseigne que même les néophytes s’interrogent sur comment procède-t-on pour aboutir à des taux pareils. Au moins le haut-Commissariat au plan (HCP) se veut proche de la réalité avec son indice des prix à la consommation (IPC) publié régulièrement. Le plus récent, celui relatif à l’exercice 2024 atteste d’une hausse continue de l’IPC. « L’indice des prix des «produits alimentaires et boissons non alcoolisées» a connu une hausse de 0,6% au cours de l’année 2024 par rapport à l’année 2023. Cette variation résulte, de la hausse des prix des «Viandes» avec 9,4%, des «Poissons et fruits de mer» avec 9,3%, des «Huiles et graisses» avec 1,4% et du «Lait, fromage et œufs» avec 0,4% », apprend-on dans la dernière publication du HCP au titre de l’exercice 2024.

Au moment où les citoyens se plaignent de ces hausses vertigineuses, Akhannouch depuis quelques jours rassure quant à la disponibilité des denrées alimentaires durant le mois du ramadan. Le chef de gouvernement omet au passage qu’il s’adresse non pas uniquement aux classes aisées pour qui les prix sont le cadet de leurs soucis mais à une classe pauvre et à une classe moyenne qui s’appauvrit chaque jour sous le poids de la hausse encore une fois de la scolarité de sa progéniture, des frais de soins, de transport, de l’habillement… Une classe vulnérable, fragile, qui au-delà de la disponibilité des denrées alimentaires, scrute chaque jour les prix pour une allocation optimale de son budget qui ne cesse de s’effriter.

Toutes ces révélations convergent vers une et une seule question : comment l’équipe Akhannouch n’a pas pu venir toutes ces hausses ? A quoi servent ces logiciels de calculs… si ce n’est à établir des projections et prendre les mesures qu’il faut au moment opportun. Les consommateurs estiment tout simplement  en moyenne que l’inflation dépasse le taux mesuré et attesté par la Banque Centrale.

Si l’on se limite au prix de la viande rouge qui oscille aujourd’hui autour de 120 DH/Kg: On nous avance comme argument la diminution de presque 38% du cheptel par rapport à 2016. Un taux qui ne fait pas l’unanimité chez les analystes qui avancent des taux dépassant les 40%. Ceci étant, cette baisse aussi drastique ne s’est pas faite du jour au lendemain, elle s’est bien étalée dans le temps. Sans vouloir polémiquer sur les raisons intrinsèques à la baisse, force est de constater qu’au lieu de prendre les mesures nécessaires pour y remédier, il a fallu attendre la dernière minute pour nous annoncer la précieuse nouvelle et que pour éradiquer un tant soit peu à la situation, le Royaume est astreint à importer. Cela a commencé avec la dernière fête du sacrifice pour satisfaire la demande des citoyens.

Des importations massives de cheptel qui malheureusement n’ont pas pu avoir les effets escomptés notamment la baisse du prix de la viande. Pis encore, elles ont davantage détérioré le déficit de notre balance commerciale qui  a atteint 306,47 Mds de DH en 2024, en augmentation de 7,3% comparativement à une année auparavant, tout en pesant sur le budget de l’Etat qui subventionne à tour de bras. Cette dégradation n’est pas sans effets sur le stock en devises qui se limite à 4 ou 5 mois d’importations. Une autre paire de manches.

Des mesures pareilles veulent tout simplement dire que l’équipe au gouvernement tâtonne, agit dans la précipitation, prend des mesures hasardeuses… Résultat des courses : les citoyens paient le lourd tribut, ils expriment leur colère sur les réseaux sociaux pour faire entendre leur voix… Mais au final, ils cèdent parce qu’ils ne trouvent pas une oreille attentive. Ils restent pour autant déterminés et conscients que l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation ne reflète pas la hausse qu’ils disent constater.

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