Flash
OCP North America annonce l’arrivée aux États-Unis de la première cargaison d’engrais phosphatés marocains suite à la suspension temporaire des droits compensateurs ( CVD) Faute grave : ce que les dirigeants doivent prouver avant de licencier L’AMMC enregistre la mise à jour annuelle du dossier d’information de CFG Bank PLF 2027 : le gouvernement fixe le cap autour de quatre axes majeurs Le Maroc à l’heure de la souveraineté économique Les médecins du privé interpelle Akhannouch sur la révision de la tarification nationale de référence Fromageries Bel Maroc : 1,5 million de portions solidaires pour SOS Villages d’Enfants 27 ans de règne : SM le Roi dresse le cap pour consolider les acquis du Maroc 27 ans de règne : le Maroc métamorphosé par la Vision Royale Sous l’impulsion de Mohammed VI, le Maroc réussit le pari de la stabilité et de la modernité
Fiscalité

Les Assises fiscales et le poids des lobbies

cgem

A la veille des assises de la fiscalité, les revendications se multiplient, cependant, le ton est donné par le «porte-voix d’un « empire économique » de 90 000 membres » présent sur tout le territoire national. Zaya Mimoun, Professeur en Droit public livre son analyse.

Le rush des Assises Fiscales semble intéresser des intervenants de tout bord, des experts en tout genre, des acteurs professionnels, des enseignants-chercheurs, des journalistes… Cet intérêt pour la fiscalité, principale source de financement du développement et instrument de la cohésion sociale, augure du niveau des débats.

Les revendications se multiplient, cependant, le ton est donné par le «porte-voix d’un « empire économique» de 90 000 membres» présent sur tout le territoire national  et disposant de représentants dans plus de 50 organismes publics ou privés. Il s’agit bien entendu de  la CGEM.

Publicité

Quel est son rôle et l’étendue de son pouvoir ?  Pour avoir la réponse à cette question, il suffit de lire son bilan des mandatures  2012-2015 et 2015-2018 publié sur son site (www.cgem.ma).

La CGEM, une organisation qui affiche ses ambitions sans complexe

Bien entendu, il existe d’autres groupes de pression au Maroc, mais ils ne font pas preuve d’autant de transparence et de hardiesse en rendant public leurs actions. Ils n’ont pas, non plus, la même envergure nationale.

Je tiens à préciser que cet article est le résumé, brièvement commenté, d’un document officiel et public. Il reprend la démarche, les moyens, les actions et les résultats obtenus par la CGEM, qui  « est devenue  également un acteur du champ législatif avec un Groupe Parlementaire dédié ».

Il faut bien l’admettre,  les groupes de pression qui faisaient le pied de grue dans les antichambres du pouvoir, sont aujourd’hui dans l’enceinte du pouvoir.

La transparence dont fait preuve la CGEM nous permet de suivre, de l’intérieur, le déroulement du processus décisionnel en matière fiscale. Ce document-bilan peut constituer un support d’enseignement inédit des finances publiques.  En effet, il  dévoile  que cette organisation «est passée d’une posture revendicative à celle d’une participation active, en élargissant le spectre de ses interlocuteurs, trop souvent limité auparavant à l’Administration, au Chef du Gouvernement, aux partis politiques, au Parlement, aux corporations métiers (banques) ainsi qu’en étant membre actif d’instance chargée d’études prospectives, la CGEM a multiplié les occasions de rendre les arguments de l’entreprise audibles, avec une probabilité plus élevée d’obtenir des résultats palpables.»

Nous savons, aujourd’hui, que la confédération intervient  en amont des élections législatives et c’est, sans doute, ce qui explique  la similitude  des propositions  formulées par nos différents élus. En effet, ce document nous l’apprend  en ces termes : «on retrouve dans les programmes présentés par les partis politiques lors des  législatives d’octobre 2016, un bon nombre de mesures suggérées par la CGEM».

Ce rapport précise encore qu’ « en dépit de la conjoncture économique et de la crise des Finances publiques qui a caractérisé la période 2012-2018, la CGEM a réussi à obtenir, en faveur des entreprises et particulièrement des PME et TPE, un certain nombre d’avantages fiscaux».

Est-il convenable dans une situation difficile qui pèse plus lourdement sur la classe moyenne inférieure d’afficher une telle prétention ?

Cela d’autant plus, que la contribution fiscale des entreprises n’est pas à la hauteur des avantages fiscaux obtenus. En effet, il suffit de lire le dernier rapport du Conseil Economique Social et Environnemental  intitulé « un système fiscal, pilier pour le nouveau  modèle de développement  pour le constater. Les chiffres suivants sont clairs : « 95% de l’IS est supporté par 7 936 entreprises, hors OCP» et  «95% de l’IR/salaires est versé par 6 337 entreprises ». Pour compléter ces données, il aurait été intéressant de connaître la contribution fiscale des 90 000 membres de la CGEM, sachant que le nombre de personnes morales s’établit à 388 303  à fin 2017. Ce dernier chiffre est tiré du rapport d’activité de la DGI pour 2017, qui ne donne pas le nombre de sociétés soumises à l’IS, mais qui précise le nombre de personnes morales ayant un ICE.

La démarche de lobbying expliquée par la CGEM

Nous arrivons à la question cruciale du moment : les Assises Fiscales de mai 2019. La CGEM est-elle le «parrain» de cette grande et importante manifestation ?  La réponse est positive si l’on tient compte de ce que nous révèle le rédacteur de son bilan, « depuis le début du mandat 2012-2015, la CGEM a modifié son approche pour s’inscrire dans une optique de dialogue avec l’Etat, et notamment à travers la coorganisation avec la DGI des Assises de la Fiscalité en Avril 2013 ».

Il en sera, sûrement, de même pour celles de ce mois de mai, en espérant que les recommandations soient moins tournées vers l‘entreprise, mais  plus en faveur des ménages et pour une répartition plus équitable de la charge fiscale et un meilleur dosage dans les prélèvements fiscaux.

De plus,  le rapport  nous détaille l’intervention de la CGEM dans la préparation du projet de loi de finances. Ainsi, «sur des actions récurrentes, chaque année, le travail sur les propositions de la Confédération concernant la Loi de Finances de l’année n+1, commence en avril par des contacts avec les Départements ministériels concernés et la Direction Générale des Impôts».

Le document précise, en outre, qu’il « s’ensuit en mai, des consultations aves les fédérations sectorielles, puis un nouveau round aves les acteurs publics  en juin et juillet afin d’affiner les scénarios. En septembre, le traditionnel Conseil d’Administration de la Confédération avant leur transmission au Ministre des Finances. A partir de là, un processus de négociations avec les Finances est entamé, alors qu’en parallèle un travail de lobbying est mené par la Commission Fiscalité au niveau des groupes parlementaires des deux Chambres, puis à travers le groupe CGEM à la Chambre des Conseillers qui propose les amendements nécessaires et tente de constituer une alliance avec les autres groupes en vue des propositions fiscales de la CGEM».

Ces interventions semblent donner de bons résultats si l’on se réfère à la liste des mesures  fiscales adoptées grâce à la CGEM, selon son bilan, au profit des entreprises (institution d’un barème progressif, suppression des droits d’enregistrement sur les augmentations de capital, sur la cession d’actions…).

Le rapport du CESE aborde la question des  intérêts catégoriels, mais sans détail. Il reconnaît que le manque de cohérence du système fiscal constitue « un phénomène accentué par l’introduction de dispositions, résultat de pressions et de négociations défendant des intérêts catégoriels et/ou sectoriels (pouvant être légitimes, mais pas forcément réfléchis dans une convergence et cohérence avec le reste des intérêts, y compris ceux plus globaux de la collectivité».

Le lobbying existe dans tous les pays développés, et en voie de développement, dans une moindre mesure. Aux Etats-Unis, il est considéré comme une force qui contribue à la démocratie ; mais dans ce pays les groupes de pression sont nombreux et couvrent tous les champs de l’activité économique et sociale disposant ainsi d’une représentativité même si elle est inégale.

En France, une loi de 2013, crée La Haute Autorité pour la Transparence de la vie Publique qui recense les lobbies sur répertoire accessible sur son site (www.hatvp.fr). Elle  est chargée, entre autres, de prévenir les situations d’interférence entre un intérêt public  et des intérêts privés.

La majorité des pays européens disposent d’une législation sur le lobbying  visant à introduire plus de transparence dans le processus décisionnel. Le parlement européen, en janvier 2019, à l’instar  de la France  a prévu l’obligation de rendre public les rencontres entres les élus et les représentants des groupes de pression, une manière de suivre les activités des lobbyistes.

Peut-on encore affirmer que les principes de légalité et d’égalité prônés par notre Constitution construisent notre Etat de droit en assurant l’équilibre des pouvoirs, alors que la loi de finances pour 2019 a porté atteinte à un troisième principe, celui de la non-rétroactivité de la loi ?

En effet, l’article 6 de la Constitution, qui consacre  l’égalité de tous devant la loi, précise également que «la loi ne peut avoir d’effet rétroactif ». Pourtant, le barème progressif  de l’IS adopté dans le cadre de la loi de finances pour 2019 a été appliqué aux bénéfices  réalisés par les sociétés au titre de l’exercice 2018, comme l’explique la deuxième partie de la note circulaire de la DGI publiée sur son site (www.tax.gov.ma). La doctrine fiscale mérite également un grand débat.

Ainsi soudain,  les promoteurs  de cette mesure ont réalisé  qu’il y’avait  dans le CGI un article, 163-II-A, qui prévoit  la date d’effet pour l’application des nouveaux taux  et qui  n’a jamais  été pris en considération. Cet article précise que l’IS est calculé au taux en vigueur à la date d’expiration des délais de déclarations,  et pour l’IS  c’est le 31 mars de l’année qui suit la clôture de l’exercice.

En réalité, depuis l’institution de l’IS et en toute logique, les bénéfices de 2018 sont soumis au barème de 2018 et le barème de 2019 ne doit servir  que pour  calculer le montant de l’IS  à verser,  pour cette année, sous  forme d’acomptes provisionnels. Il faut préciser que ce même article, 163-II-A, va s’appliquer également aux déclarations annuelles du revenu global (article 82 du CGI), en cas de baisse du barème  de l’IR. En fait, par ce procédé, on a introduit discrètement le principe de la rétroactivité en matière fiscale.

En résumé, la lecture de ce rapport-bilan de la CGEM  ouvre la voie à une profonde réflexion  sur le véritable détenteur du pouvoir fiscal et sur la légitimité de tous ces intervenants dans le processus décisionnel. Il est important de savoir que le poids d’un groupe de pression ne résulte pas du nombre de ses membres, mais de l’importance de son assise financière.

Nous constatons aujourd’hui que trois principes constitutionnels sont mis à mal : la légalité de l’impôt, la légalité devant l’impôt et la-non rétroactivité de la loi. Au-delà de l’aspect fiscal, la question se pose actuellement de savoir si l’interaction entre les détenteurs du pouvoir légal et le monde des affaires et, cette proximité permanente, ne porte pas atteinte à la mise en œuvre de politiques publiques transparentes.


Voir également :  [ÉMISSION HIWAR] NAJIB AKESBI DÉCORTIQUE LES FREINS RÉELS À UNE RÉFORME GLOBALE DU RÉGIME FISCAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicité

Laisser un commentaire

error: Content is protected !!