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Édito

Contrôle prix du bétail d’Akhannouch : colmatage des brèches ou de la poudre aux yeux ?

Akhannouch bétail

Ecrit par Lamiae Boumahrou I 

Face à une grogne populaire qui monte dangereusement et à des critiques de plus en plus virulentes accusant le gouvernement non seulement d’inefficacité, mais aussi d’avoir indirectement contribué à la situation actuelle du marché du bétail, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a fini par dégainer une série de mesures censées encadrer les opérations de vente des moutons de l’Aïd. Mais cela est-il possible à 10 jours de Aïd Al Adha ?

En effet, à J-10 de la fête, le chef du gouvernement a émis un arrêté instaurant une batterie de mesures temporaires visant à réglementer les opérations de commercialisation et de vente du bétail destiné au sacrifice, à l’occasion de l’Aid Al-Adha de l’an 1447 H/2016, afin d’éviter la hausse injustifiée des prix.

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Sur le papier,  les mesures annoncées paraissent fermes notamment, la limitation de la vente aux marchés autorisés, l’interdiction de la revente spéculative, l’obligation de déclaration préalable des vendeurs, les sanctions pénales contre les pratiques frauduleuses, le contrôle du stockage…

Mais derrière cette sortie tardive, une question demeure : s’agit-il d’une réelle volonté de reprendre le contrôle d’un marché devenu incontrôlable, ou simplement de la poudre aux yeux pour calmer la colère sociale et apaiser les esprits à quelques jours de l’Aïd ?

Car dans les faits, tous les indicateurs laissaient penser que cette saison se déroulerait sans tensions majeures. Entre les importations de bétail, les aides publiques mobilisées pour soutenir la filière et les discours rassurants relayés depuis plusieurs mois, tout semblait annoncer un marché relativement stable. Pourtant, la réalité du terrain a fini par rattraper les beaux discours.

À moins de disposer d’une baguette magique, on voit mal comment le gouvernement pourrait, en une dizaine de jours, reprendre le contrôle d’un marché qui s’est structuré bien avant ce décret. Les circuits de commercialisation sont déjà en place, les intermédiaires ont déjà acheté, stocké, speculés et redistribué les bêtes, les prix se sont déjà envolés et une partie des ménages a déjà puisé dans ses économies, voire s’est endettée, pour acheter le mouton du sacrifice.

Face à cette situation, une question finit inévitablement par s’imposer : de qui se moque-t-on réellement ?

Car vouloir réguler un marché quelques jours avant le pic de consommation revient presque à intervenir une fois que le chaos a produit tous ses effets. En réalité il semble que cet arrêté est une simple tentative de colmatage des brèches car difficilement applicable en si peu de temps.

Le gouvernement ignore-t-il que la spéculation sur les moutons de l’Aïd est un phénomène ancien, récurrent et qui ressurgit à chaque période de tension ? Et si une réelle volonté de protéger le pouvoir d’achat des Marocains existait, ne fallait-il pas instaurer ces mesures bien en amont du lancement de la commercialisation ? Ne fallait-il pas également mettre en place les garde-fous nécessaires dès la distribution des subventions, afin d’éviter un tel scénario ?

Plus provocatrices encore, les dernières déclarations du ministre de l’Agriculture au Parlement. Non seulement il a assuré que des moutons étaient disponibles sur les marchés à 1000, 1500 ou 2000 DH, mais il a également semblé nier l’existence même des intermédiaires qui gangrènent pourtant depuis des années le commerce du bétail.

« Si tu connais des “chennaka”, montre-les-moi et nous irons les combattre ensemble », a-t-il lancé à un député qui dénonçait l’explosion des prix et la dérive spéculative du marché. Une sortie qui a surpris tant elle paraît déconnectée de la réalité vécue dans les souks, où le rôle des intermédiaires est depuis longtemps au cœur des critiques des éleveurs comme des consommateurs. Comme dit l’adage « entre les deux rives, le passeur s’enrichit ».

Aujourd’hui, la question ne se limite plus à l’Aïd Al Adha, ni même à l’efficacité , ou non, des mesures prises pour encadrer les spéculateurs. Elle renvoie à un phénomène plus profond et plus préoccupant : celui d’un système d’intermédiation qui continue d’imposer ses règles, face à un gouvernement aux abonnés abscents. Sans une véritable volonté politique pour s’attaquer à ce fléau à la racine, les mêmes dérives risquent de se reproduire à chaque crise.

Au final, c’est l’impression d’un éternel déjà vu qui domine. Celle de devoir revenir sans cesse sur les mêmes constats, de répéter les mêmes analyses, parfois les mêmes alertes. Comme si le débat tournait en rond, face à un pouvoir qui peine à réagir aux doléances des citoyens et qui semble peu réceptif aux critiques des médias et des observateurs.


Lire également : Le bétail au noir : quand l’informel dicte les prix et vide les caisses de l’État

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