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Chronique

Nouveaux Fléaux sociaux : quelle responsabilité sociétale de nos sociétés de Télécom ?

dialogue social

La pression de la société civile et le renversement des rapports de force entre entreprises multinationales et Gouvernements ont contraint nombre d’entreprises, à gérer de manière plus efficace les externalités de leurs activités sur les domaines sociaux et environnementaux.

C’est dans ce contexte marqué par la contestation de la mondialisation économique que la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) s’est imposée au fil des temps, comme le reflet d’une volonté de définir de nouvelles règles économiques, sociales, écologiques. Ces règles permettent de mieux maîtriser les contraintes sociétales, de favoriser une performance économique durable, et en mesure d’entrainer en parallèle, une meilleure cohabitation entre tous les acteurs de la société.

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En effet, dans sa dimension citoyenne, l’entreprise doit dépasser le stade de simple acteur économique pour s’intégrer dans un cadre plus large, impliquant différents rôles : économique, social et environnemental. Il s’agit d’une personne civique titulaire de droits et de devoirs, au lieu de réduire l’engagement sociétal à un simple sujet de communication figurant dans leurs rapports de responsabilité sociale et/ou de développement durable.

Dans le secteur des télécommunications, la RSE est cruciale. En effet, ces entreprises jouent un rôle central dans la connectivité mondiale. Au Maroc, nos sociétés de télécommunication sont-elles engagées dans ce processus de la RSE ? Ont-elles initié des actions en faveur de la communauté, en dehors de celles purement mercantiques (Marketing) ?

Face à de nouveaux fléaux sociaux causés par le développement de la connectivité, cet article se propose d’interroger, au regard de ces fléaux, la RSE chez nos entreprises de télécommunication, qui sont en pleine essor et qui réalisent des chiffres d’affaires et des profits extraordinaires.

  1. Le marché marocain des télécommunications : Un oligopole à haute rentabilité

Le secteur des télécommunications au Maroc a connu diverses mutations qui ont contribué à son développement : mise en place du régulateur, introduction sur le marché de nouveaux opérateurs, octroi de nouvelles licences. Le marché marocain des télécommunications compte des opérateurs détenteurs de licences au Maroc, depuis son ouverture à la concurrence en 1999, couvrant plusieurs segments du marché. Les opérateurs des segments du marché : Réseaux fixes et Réseaux et données mobiles au Maroc est dominé par trois opérateurs : Capture decran 2025 01 15 a 11.09.55

Au Maroc, la téléphonie mobile est le secteur le plus développé, avec un taux de pénétration supérieur à 130%, soit 45 millions d’abonnements mobiles en 2023 (75% abonnements en cartes prépayées) selon l’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT). Les parts de marché dans la téléphonie mobile et l’internet peuvent être représentées comme suit :

Capture decran 2025 01 15 a 10.42.08

En terme de performance financière, les données disponibles nous enseignent que les activités de Maroc Télécom au Maroc ont enregistré, à fin décembre 2023, un chiffre d’affaires de 19.543 MDH et un résultat opérationnel avant amortissements (EBITDA)[1] ajusté qui s’élève à 11.266 MDH selon le rapport de gestion 2023 de Maroc Telecom. Quant à Orange Maroc, celle-ci a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 7 Mds de DH pour la même année.

  1. La RSE dans le Telecom : Qu’en est- il pour nos sociétés ?

D’une manière générale, les sociétés opérant dans le secteur télécom peuvent exercer leurs responsabilités sociétales dans :

  • L’accessibilité et la connectivité : en rendant les services de télécommunication plus accessibles, en particulier dans les régions mal desservies ou défavorisées.
  • La protection de la vie privée et des données: les entreprises de télécommunication ont la responsabilité de protéger la vie privée et la sécurité des données de leurs clients.
  • La durabilité environnementale : en réduisant leur impact écologique et en adoptant des pratiques durables.
  • Le Développement des compétences et de l’emploi: à travers l’investissement dans la formation et le développement des compétences des employés, ainsi que dans des programmes visant à la création des emplois et le renforcement des compétences numériques dans les communautés où elles opèrent.
  • Innovation technologique responsable: par l’investissement dans des technologies émergentes, telles que l’intelligence artificielle et l’internet des objets tout en veillant à ce que leur déploiement, soit éthique et respectueux des droits de l’Homme.
  • Engagement communautaire: en s’impliquant dans les communautés locales par le biais de programmes de bénévolat, de partenariats avec des organisations à but non lucratif et de contributions financières à des projets sociaux et environnementaux.

Trois fléaux sociaux qui ont émergé avec le développement du secteur télécommunication, avec des effets néfastes sur la société, sans que nos sociétés assument pleinement leur responsabilité sociétale vers la communauté. Il s’agit entre autres, de :

a.   Les accidents de circulation : L’usage du téléphone portable au volant en est responsable !!

Selon les derniers chiffres de la NARSA, le Maroc connaissait annuellement plus de 100.000 accidents de circulation avec une moyenne annuelle de morts qui dépasse 3.000 victimes, le graphique suivant trace ce drame social :

Capture decran 2025 01 15 a 11.13.50

L’imprudence des conducteurs est citée comme cause dans 77,6% des accidents mortels. L’utilisation du téléphone en conduisant constitue la principale cause de cette imprudence. Face à ce drame où sont nos sociétés de télécom ?

Nos sociétésde Télécom ont un rôle capital, non rempli, dans la réduction de cette facture sociale à travers :

  • Des avertissements, doivent accompagnés les spots publicitaires, sur les effets de l’usage de téléphone au volant et/ou par les piétons  ;
  • Soutien et financement des actions de sensibilisation à la sécurité routière menées par la société civile et tous les acteurs de la sécurité routière ;
  • Soutien et financement des actions de la NARSA et tous les acteurs de la sécurité routière ;
  • Encouragement et soutien de la recherche scientifique en matière de sécurité routière.

b.   La fraude par portable, nouveau fléau des examens

Selon une étude menée sur la fraude scolaire au Maroc par une équipe de chercheurs, l’usage d’un kit mobile pour recevoir des réponses vient en tête avec un pourcentage de 73%. L’usage du téléphone mobile « Smartphone », que ce soit pour recevoir des réponses par SMS (67%) ou pour la recherche de réponses sur internet (69.5%) vient en seconde place. Ce qui montre l’ampleur de l’effet de disponibilité de ces moyens pour faciliter le recours des apprenants à la triche aux examens même avec la vigilance des surveillants.[2]

Malheureusement, au lieu d’adhérer dans l’effort national pour la lutte contre ce fléau à travers leurs expertises et des actions de sensibilisation auprès de la communauté, nos sociétés de Télécom accentuent  leurs compagnes publicitaires et multiplient leurs offres jeunes et étudiants pendant la période des examens comme su elles contribuent au développement de la tricherie au examens et non à la combattre.

c.   Addiction, sommeil, harcèlement… quand les téléphones et l’internet mettent les enfants et les adolescents  en danger :

L’usage des écrans favorisent certains apprentissages. Ils permettent l’accès à des savoirs et sont source de divertissement, cependant leur usage chez les plus jeunes doit être accompagné. A cet effet, il est conseillé de rester vigilant pour qu’une pratique excessive de l’enfant ne devienne pathologique à l’âge adulte ou soit la manifestation d’autres problématiques. Sinon on peut parler d’addiction ou de dépendance au sens strict.

Selon des données scientifiques actuelles, dont la synthèse est publiée par la Haut Conseil de la Santé publique en France, le temps passé devant un écran peut être corrélé à une forme physique moins bonne et à des problèmes de santé mentale et de développement social. Une pratique excessive peut avoir des conséquences[3] :

  • sur le développement du cerveau et de l’apprentissage des compétences fondamentales :les enfants surexposés aux écrans ont plus de risques de souffrir d’un retard de langage que les autres ce qui pourrait avoir des conséquences sur leur développement cognitif ;
  • sur les capacités d’attention et de concentration :ceci est vrai même si l’enfant se trouve dans une pièce avec la télévision allumée sans qu’il la regarde ;
  • sur le bien-être et l’équilibre des enfants :en plus du risque de voir apparaître des problèmes émotionnels et une mauvaise estime de soi, le temps passé devant les écrans empièterait en outre sur le temps consacré à d’autres activités récréatives (sport, jeu avec des amis),
  • sur le comportement :un changement de comportement chez l’enfant ou l’adolescent (changement d’humeur, agitation, forte fatigue diurne, isolement, agressivité…) peut être le signe d’un comportement « addictif » au numérique ;
  • sur la santé :une surconsommation d’écrans contribue à réduire le temps consacré aux activités physiques et peut favoriser la tendance au grignota L’usage excessif des écrans peut être également responsable d’un manque chronique de sommeil.

Face  à ces effets négatifs sur la santé physique et mentale de nos  jeunes et de nos enfants, que font nos sociétés de Télécom pour accompagner la communauté à réduire ces impacts négatifs de l’utilisation des écrans ? A l’instar des entreprises de tabac, généralement leurs efforts sont controversés, les entreprises de Télécom nationales doivent mettre en place des programmes de sensibilisation aux dangers de l’utilisation du téléphones à travers des actions de sensibilisation telles que :

  • Campagnes publicitaires : Les entreprises de Télécom doivent lancer des campagnes publicitaires mettant en garde contre les dangers de l’utilisation du téléphones par les enfants de bas âges, par les conducteurs et par les étudiants et les élèves en classe.
  • Financement de recherches : les entreprises de Télécom peuvent financer des recherches sur les effets négatives de l’utilisation des téléphones et de l’internet  et sur la manière de réduire les risques pour la santé et la société.
  • Programmes de prévention : Elles peuvent aussi mettre en place ou financer des programmes de prévention des risques d’utilisation de téléphone et l’internet.

En guise de conclusion, nos entreprises de Télécom, doivent se positionner en tant qu’entités citoyennes, en finançant de recherches et en donnant des informations au sujet de l’impact sur la santé et la société de l’utilisation des téléphones. Aussi, en finançant  des programmes éducatifs visant à sensibiliser les dangers de la mauvaise utilisation des téléphones et de l’internet. Enfin, en soutenant la recherche sur les maladies et les phénomènes sociaux liés à leurs utilisations.

Nos sociétés de Télécom doivent, aujourd’hui ou jamais, réussir à combiner la recherche de profit et l’équilibre humain, pour ne pas passer pour des entreprises exploitant leur société. Ainsi, l’objectif unique de profitabilité maximale, est la cause d’un certain nombre d’abus. L’adoption et la poursuite d’objectifs «sociétaux » par ces sociétés, en complément voire en substitution de la quête du profit, serait donc censée mettre un terme aux abus.

Par Mohamed Oueld Lfadel Ezzahou mezzahou@yahoo.fr

[1]EBITDA est un terme signifiant « Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization » en Anglais. Sa traduction française est relayée sous le sigle BAIIA pour « bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement ». Il  met en évidence le profit généré par l’activité indépendamment de sa politique de financement (charges d’intérêts), de sa politique d’investissement (amortissements) et de ses contraintes fiscales.

[2] « Pratique de fraude aux examens scolaires et sa relation avec l’évolution des TIC et les modes d’évaluation ITM Web of Conferences · January 2021

[3]https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=759

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