OPCI : une croissance record qui masque encore des risques de concentration

Le marché marocain des Organismes de Placement Collectif Immobilier (OPCI) continue de gagner en importance dans le paysage financier national. En quelques années, ces véhicules d’investissement se sont imposés comme l’un des principaux instruments de détention et de financement de l’immobilier professionnel.
Les derniers indicateurs publiés par l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) montrent un secteur en pleine expansion, porté par l’intérêt croissant des investisseurs institutionnels et par la qualité des actifs détenus dans les portefeuilles.
À fin décembre 2025, le marché compte 65 OPCI gérés par huit sociétés de gestion. Leur actif net global atteint 133,97 Mds de DH, tandis que la valeur des actifs immobiliers détenus s’élève à 176,04 Mds de DH répartis sur 2.778 biens.
Une année 2025 marquée par un changement d’échelle
L’un des enseignements majeurs du rapport est l’accélération de la croissance du secteur.
En l’espace de douze mois, l’actif net des OPCI est passé de 110 Mds de DH au premier trimestre à près de 134 Mds de DH à la fin de l’année. Dans le même temps, le nombre de véhicules est passé de 55 à 65.
Cette progression confirme l’appétit des investisseurs pour une classe d’actifs offrant une exposition à l’immobilier tout en bénéficiant d’un cadre réglementé et d’une gestion professionnelle.
La structure des portefeuilles montre que les OPCI marocains restent fortement orientés vers l’immobilier tertiaire.
Les bureaux concentrent à eux seuls plus de la moitié de la valeur des actifs détenus. Les bâtiments administratifs et les établissements de santé constituent les deux autres grands pôles d’investissement du secteur.
Cette orientation reflète la recherche d’actifs capables de générer des revenus locatifs stables grâce à des locataires institutionnels ou à de grandes entreprises.
Les actifs résidentiels, touristiques, industriels ou logistiques restent encore relativement peu représentés dans les portefeuilles.
Des actifs quasiment entièrement occupés
La bonne santé du marché apparaît également à travers les indicateurs d’occupation.
Le taux d’occupation physique moyen atteint 98,7 %, tandis que le taux d’occupation financier moyen s’établit à 98,6 %. Peu de segments immobiliers affichent aujourd’hui des niveaux aussi élevés.
Les immeubles de santé, les bâtiments administratifs, les établissements d’enseignement ou encore les plateformes logistiques enregistrent des taux d’occupation proches de 100 %. Cette performance explique en grande partie l’attrait des OPCI auprès des investisseurs à la recherche de revenus réguliers.
Une géographie concentrée autour des grands pôles économiques
La répartition territoriale des actifs met en évidence une forte concentration autour des principales métropoles du Royaume.
Les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat regroupent à elles seules près de la moitié du patrimoine immobilier détenu par les OPCI. Viennent ensuite Fès-Meknès, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Marrakech-Safi.
Cette concentration s’explique par la profondeur de ces marchés, la présence des grandes entreprises et des administrations ainsi que par la maturité de leur offre immobilière.
Les investisseurs institutionnels dominent largement le marché
Les OPCI restent avant tout un produit institutionnel.
Les banques représentent 38 % des encours du secteur, devant les compagnies d’assurances et les organismes de retraite qui en détiennent 36,6 %. La Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) représente un peu plus de 9 % du marché.
À l’inverse, la présence des investisseurs particuliers demeure marginale, ce qui distingue encore les OPCI des autres produits d’épargne collective.
Des fondamentaux solides, mais plusieurs signaux à surveiller
Si les chiffres traduisent un marché robuste, ils révèlent également des fragilités potentielles.
La première concerne la concentration des investissements. La prédominance des bureaux constitue aujourd’hui un facteur de stabilité, mais elle expose aussi le secteur à une éventuelle dégradation du marché tertiaire. Une évolution durable des modes de travail, une hausse de l’offre ou un ralentissement économique pourraient avoir des répercussions sur les loyers et les taux d’occupation.
Le second point de vigilance est d’ordre géographique. La dépendance à quelques grandes métropoles limite la diversification des portefeuilles et accroît leur sensibilité à une dégradation localisée des marchés immobiliers de Rabat ou de Casablanca.
L’endettement mérite également une attention particulière. Les OPCI affichent un encours total de dette supérieur à 52 milliards de dirhams. Même si le recours au levier financier reste courant dans l’immobilier, une hausse durable du coût du financement pourrait peser sur les performances futures.
Enfin, la domination des investisseurs institutionnels constitue à la fois une force et une limite. Si elle garantit une certaine stabilité des capitaux investis, elle réduit également la profondeur du marché et sa capacité à attirer de nouvelles catégories d’investisseurs.
Le défi de la diversification
L’industrie des OPCI semble désormais avoir franchi le cap du lancement pour entrer dans une phase de consolidation.
Les prochaines étapes de son développement dépendront moins de la croissance des encours que de sa capacité à diversifier ses actifs, ses investisseurs et ses implantations géographiques. L’élargissement vers de nouveaux segments immobiliers, une plus grande ouverture aux investisseurs non institutionnels et une répartition plus équilibrée des investissements à travers le Royaume pourraient renforcer la résilience du secteur.
Les chiffres du second semestre 2025 confirment que les OPCI sont devenus un acteur incontournable du financement immobilier au Maroc. Leur croissance reste soutenue et leurs fondamentaux demeurent solides. La question n’est plus de savoir si ce marché a trouvé sa place, mais comment il parviendra à poursuivre son développement sans accroître les risques liés à la concentration des actifs, des investisseurs et des territoires.
