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Economie Nationale

Envolée du pétrole : le Maroc va-t-il dégainer la LCM du FMI ?

Abdellatif-Jouahri pétrole LCM FMI Maroc

Face à la flambée des prix du pétrole et aux tensions géopolitiques persistantes, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al‑Maghrib, a lancé en mars une mise en garde claire : si le baril atteint 120 dollars, le Maroc activera immédiatement la Ligne de Crédit Modulable du FMI. Une déclaration qui révèle l’ampleur des pressions sur l’inflation, les finances publiques et les réserves de change, et qui éclaire les fragilités structurelles de l’économie nationale. Six mois plus tard nous y voilà ou presque.

Le ton était inhabituel, presque brutal, mais parfaitement assumé. Face à la flambée du pétrole sur les marchés internationaux, Abdellatif Jouahri a choisi la transparence totale : « Si le pétrole franchit les 120 dollars… j’envoie un mail au FMI et je tire 5 milliards de dollars immédiatement. ».

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Une phrase qui a fait le tour des rédactions et des salles de marché en mars dernier, tant elle illustre l’inquiétude qui monte autour de la facture énergétique marocaine dans un contexte mondial tendu. À ce niveau de prix, le pays, qui importe près de 90 % de son énergie, entrerait dans une zone de turbulence majeure.

Car derrière cette mise en garde se cache une réalité implacable : chaque hausse de 10 dollars du baril coûte environ 15 Mds de DH à l’économie marocaine. À 120 dollars, la facture énergétique dépasserait les 150 Mds de DH, mettant sous pression les réserves de change et alimentant une inflation déjà fragilisée par les tensions internationales.

Le carburant plus cher se répercute immédiatement sur le transport, la logistique, les produits alimentaires importés et, in fine, sur le panier de la ménagère. Le spectre d’un second tour inflationniste, où les hausses de prix se propagent aux salaires et aux services, n’est plus théorique.

Les finances publiques seraient également frappées de plein fouet. Le butane, toujours subventionné, verrait son coût exploser, ajoutant entre 5,5 et 7,5 Mds de DH de charges supplémentaires.

Dans un budget déjà serré, ce choc obligerait l’État à revoir ses priorités, au risque de mettre sous pression l’investissement et les marges de soutien social. Quant à la balance commerciale, elle plongerait davantage dans le rouge, accentuant la pression sur le dirham et sur les réserves de change.

C’est dans ce contexte que la Ligne de Crédit Modulable ou flexible (LCM) du FMI apparaît comme un parachute stratégique. Son activation, évoquée sans détour par Jouahri, serait un geste technique mais aussi un signal politique fort : celui d’un pays qui refuse de laisser un choc énergétique déstabiliser son économie.

La LCM permettrait d’injecter rapidement des liquidités, de protéger le dirham et de rassurer les investisseurs. En rappelant cette option, le wali de Bank Al‑Maghrib montre que le Maroc dispose d’outils pour amortir les secousses, mais que la situation exige vigilance et réactivité.

L’avertissement de Jouahri n’est donc pas une simple déclaration : c’est un message adressé aux décideurs, aux marchés et à l’opinion publique. Le baril à 120 dollars n’est plus une hypothèse lointaine, mais un scénario qui pourrait redessiner les équilibres économiques du pays.

A la complexité géopolitique qui fait jouer les prix au yo-yo, le timing d’un éventuel choc énergétique coïncide avec un autre agenda celui des élections au Maroc et l’arrivée d’un nouvel exécutif sous peu. Autant dire que c’est vraiment pas le bon moment !

En attendant une détente sur les prix pour éloigner ce scénario extreme, le prix du baril aujourd’hui (14 septembre 2026) est d’environ 108 dollars pour le Brent et 103 dollars pour le WTI, selon les données de marché les plus récentes. Le Brent est la référence pour les importations marocaines. À 108 $, la facture énergétique reste très élevée, mais pas encore explosive.


Lire également : Le pétrole rebondit, nettement au-dessus des 100 dollars le baril

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