Ecrit par Soubha Es-Siari I
L’époque du « Far West » numérique et de l’argent facile sur les réseaux sociaux touche à ce qu’il semble à sa fin au Maroc. Derrière les filtres Instagram et les concepts TikTok, la réalité fiscale rattrape brutalement les créateurs de contenu. Depuis plusieurs années, cette catégorie est dans le viseur du fisc mais sans aucune action concrète.
Entre TikTok viraux, stories Instagram sponsorisées et vlogs YouTube monétisés, une nouvelle génération de créateurs de contenu a bâti de véritables empires financiers à l’abri des radars de l’administration. Mais l’ère de l’argent facile et de l’anarchie fiscale va toucher brutalement à sa fin. En assimilant purement et simplement ces artisans du virtuel à des commerçants de gros traditionnels, le ministère de l’Économie et des Finances, sous l’impulsion de Nadia Fettah, veut mettre un terme à une période de laisser-aller.
La ministre de l’Économie, Nadia Fettah, vient enfin de siffler la fin de la récréation : les influenceurs vont devoir chauffer leurs cartes bancaires.
Agissant ainsi, le gouvernement choisit la méthode forte en assimilant purement et simplement un influenceur à un commerçant traditionnel.
La fin de l’anarchie fiscale décrétée par le ministère de l’Économie et des Finances n’est pas un simple ajustement administratif. C’est un véritable séisme économique qui va profondément redéfinir la chaîne de valeur du marketing digital au Maroc.
Pour justifier cette offensive, le ministère invoque les modèles français ou américain. Une comparaison flatteuse, mais biaisée : ces pays disposent de statuts juridiques ultra-spécifiques, de guides clairs et d’un accompagnement structurel pour leurs créateurs. Le Maroc, lui, choisit de taxer d’abord, sans proposer de cadre d’accompagnement ou de statut moderne adapté aux spécificités du digital.
La numérisation de l’impôt est une étape inévitable. Cependant, en l’absence de pédagogie, cette réforme risque de pousser l’économie créative marocaine vers la clandestinité ou l’exil fiscal, plutôt que vers une contribution sereine aux charges de la nation.
Autrement dit, vouloir capter l’argent du digital sans offrir de contreparties sectorielles comporte des risques majeurs : les créateurs générant de gros volumes de monétisation (YouTube, TikTok…) risquent de délocaliser leur résidence fiscale vers des hubs plus attractifs ou plus souples (Dubaï, Europe avec statuts d’entreprises optimisés), privant le Maroc de devises précieuses surveillées par l’Office des Changes.
Aussi, en assimilant l’économie créative au commerce de gros traditionnel, le gouvernement décourage-t-il les jeunes de se lancer dans la production de contenus, un secteur pourtant créateur d’auto-emplois dans un contexte de chômage des diplômés.
L’intention de créer une équité fiscale avec le commerce physique est certes louable. Cependant, l’application d’un couperet fiscal standardisé, sans progressivité ni accompagnement, risque de fragiliser une économie créative locale encore en construction.

