Résilience : ce qui se cache derrière

Ecrit par Soubha Es-Siari I
Après chaque crise aussi sévère soit-elle, les pouvoirs publics crient sur tous les toits que notre économie a fait preuve de résilience. Ces dernières années, le mot résilience est galvaudé dans tous les discours à telle enseigne que nous nous focalisons sur cette « résilience », la considérant comme un exploit, une prouesse, oubliant au passage que l’équipe au manettes est tenue par des objectifs qui semblent valeur aujourd’hui utopiques pour ne citer que la croissance économique qui reste faible voire fortement dépendante de la clémence du ciel.
Ce mot résilience nous fait par ailleurs oublier que derrière la résilience, des indicateurs marcoéconomiques se détériorent année après année, des disparités sociales se creusent, une montée en puissance du chômage des jeunes… l’indice de pauvreté persiste nous rappelant justement que la résilience à elle seule n’est pas suffisante pour une économie qui, il y a quelques années, a élaboré un nouveau modèle de développement, une sorte de feuille de route, qu’elle est appelée à suivre et à honorer. Une économie qui depuis belle lurette aspire à intégrer le cercle des pays émergents.
Malgré les réformes, le Maroc continue à être victime de paradoxes allusion faite à l’indice ICOR qui reste somme toutes élevé. Le taux d’investissement est important mais peu efficient et son impact sur la croissance économique reste faible. Et pour cause la formation brute du capital fixe est fortement dominée par l’investissement public. L’ampleur de l’informel et la taille des entreprises ne contribuent pas comme il se doit à la croissance économique. Ajoutons à cela que malgré les incitations, la valeur ajoutée reste concentrée dans des activités moins sophistiquées. Autrement dit, le nombre de produits pour lesquels les entreprises marocaines sont compétitives à l’international est en diminution.
Elles exportent moins de biens de haute technologie. Cela conduit entre autres à un déficit de la balance commerciale chronique, une sortie de devises qui pèse sur la balance des paiements, sur la position extérieure globale… Une situation fort inquiétante.
La dernière étude sur le Maroc élaborée par l’OCDE ayant mis en exergue les insuffisances de l’économie marocaine et se soldant par des recommandations se veut ainsi un outil d’évaluation des réalisations, de comparaison avec les pays de l’OCDE… Elle permettra de prendre suffisamment conscience de l’ampleur des réformes restant à mener pour atteindre les seuils honorables de développement.
Nous en convenons que la tâche n’est pas aussi simple qu’elle paraît mais il ne faut pas non plus passer sous silence ces tares dont pâtit notre économie sous prétexte que les crises se succèdent. Si des réformes audacieuses ne sont pas déployées à temps, ces tares finiront par s’ériger en véritables obstacles notamment dans un contexte où les crises sanitaires, climatiques… pourraient pointer du nez à tout moment.
