A l’instar d’autres pays, le Maroc œuvre à faire des systèmes de retraite un véritable levier d’inclusion et de stabilité, un défi qui se pose également en Afrique. Un chantier qui se heurte à plusieurs défis et qui nécessite plusieurs prérequis comme l’explique Abderrahim Chaffai, président de l’ACAPS à l’ouverture de la 6e Conférence Annuelle de l’APSA, ce 10 juillet à Marrakech.
Le Maroc accueille pour la première fois, la conférence annuelle de l’APSA (l’Association des Autorités Africaines de Supervision des Retraites), qui est à sa 6e édition, ce 10 juillet à Marrakech, autour d’un thème central : « Construire la résilience du paysage africain des retraites ». L’APSA est une plateforme de coordination qui regroupe les régulateurs et superviseurs du secteur des retraites en Afrique.
Abderrahim Chaffai, président de l’ACAPS a ouvert cette messe accueillant de grandes institutions, en plantant le décor : Ce rendez-vous intervient à un moment particulièrement stratégique, marqué à la fois par les transitions démographiques accélérées que connaît notre continent, les mutations économiques et technologiques profondes, mais aussi par une volonté renouvelée dans de nombreux pays de faire des systèmes de retraite un véritable levier d’inclusion et de stabilité.
A l’instar d’autres pays, le Maroc fait face à des défis sont nombreux : faible taux de couverture, poids de l’informel, déséquilibres structurels, transformation des parcours professionnels, vulnérabilité accrue de certaines catégories de la population, notamment les femmes et les personnes âgées en milieu rural. « Face à ces enjeux, il nous faut construire des réponses résilientes, adaptées à nos contextes, mais aussi fondées sur les principes de solidarité, de soutenabilité et de transparence », explique le président de l’ACAPS.
C’est dans cet esprit que s’inscrit cette conférence annuelle de l’APSA puisqu’elle créé un espace de dialogue entre régulateurs, experts et partenaires, permettant de partager les bonnes pratiques, d’identifier ensemble les pistes d’innovation et de renforcer notre capacité collective à piloter des réformes structurelles courageuses et inclusives.
Pour ne rien faciliter à cette tâche ardue, la situation est exacerbée par une dynamique irréversible en Afrique : celle du vieillissement de la population.
Bien que l’Afrique demeure le continent le plus jeune au monde, les tendances démographiques indiquent une transition rapide. Selon les Nations Unies, la population africaine de plus de 60 ans devrait tripler d’ici 2050 pour atteindre 215 millions de personnes.
« Cette transformation silencieuse, mais profonde, impose dès aujourd’hui une adaptation ambitieuse de nos politiques de retraite et de protection sociale. Or, le taux de couverture reste très faible : selon la Banque mondiale, seulement 10,3 % des personnes en âge de travailler en Afrique cotisent à un régime contributif. En Afrique subsaharienne, ce taux est encore plus bas. Cette faible couverture se répercute directement sur le niveau de protection des personnes âgées : selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), à peine un tiers d’entre elles perçoivent une pension de retraite, qu’elle soit contributive ou non contributive », explique Abderrahim Chaffai ; Tout en insistant que le fait que les réalités diffèrent d’un pays à l’autre, ce qui appelle des approches différenciées, ajustées à la structure de l’emploi, aux dynamiques démographiques et aux ressources disponibles.
En parallèle, la viabilité des systèmes est affectée par une base contributive restreinte, une espérance de vie en hausse et la prédominance des modèles de répartition. De nombreux régimes présentent des taux de remplacement élevés avec des durées de cotisation faibles, ce qui alourdit les engagements futurs.
« Ces constats, largement partagés, appellent une refondation de nos modèles à travers la mise en place de dispositifs hybrides, combinant régimes contributifs et non contributifs ; l’élargissement de la couverture à l’économie informelle grâce aux micro-pensions et à l’incitation fiscale ; et l’évolution vers une supervision fondée sur les risques, plus préventive et adaptée », préconise le régulateur.
Au Maroc, la protection sociale un pilier de la justice sociale et de la cohésion nationale
Tout en plantant le décor dans le continent africain, Abderrahim Chaffai assure que Maroc n’est pas en marge de ces transformations.
« En tant qu’instance de régulation, l’ACAPS accompagne les pouvoirs publics, notamment dans le cadre du chantier royal de généralisation de la protection sociale, lancé en 2021 sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste. Ce chantier structurant vise à faire du droit à la protection sociale un pilier de la justice sociale et de la cohésion nationale », affirme-t-il.
En ce qui concerne plus particulièrement le système marocain des retraites, il est à rappeler que celui-ci repose sur des régimes obligatoires couvrant les secteurs public et privé, avec une prédominance du mode de financement par répartition.
« Malgré les efforts d’harmonisation engagés depuis plusieurs années, certaines disparités persistent entre régimes. Aujourd’hui, le taux de couverture retraite au Maroc est estimé à 49 % de la population active. Les mesures prévues par la loi-cadre n°09.21 relative à la protection sociale devraient permettre d’atteindre un taux de couverture supérieur à 80 % à terme », relève le président de l’ACAPS.
Sur le plan financier, les régimes présentent des vulnérabilités. Les projections de 2024 indiquent un épuisement des réserves en 2031 pour le régime des pensions civiles ; une échéance repoussée de trois ans par rapport à l’évaluation de 2022 (qui fixait cette date à 2028), grâce notamment à l’effet positif des récentes augmentations salariales dans la fonction publique. Par ailleurs, les projections tablent sur une extinction des réserves en 2037 pour le régime de la CNSS (secteur privé), et à l’horizon 2051 pour le Régime Collectif d’Allocation de Retraite (RCAR).
Pour A. Chaffai, les enjeux que partage le continent, exigent une coopération renforcée, une capacité à mutualiser nos ressources et une volonté commune de renforcer la gouvernance et la transparence. La conférence annuelle de l’APSA est justement l’occasion de repositionner la question des retraites au cœur des stratégies de développement humain en Afrique. « En protégeant mieux les personnes âgées, en intégrant les travailleurs du secteur informel et en valorisant l’investissement de long terme des caisses de retraite, nous pouvons faire des systèmes de retraite des vecteurs puissants de cohésion sociale et de croissance durable », soutient-il tout en formulant le vœu que cette sixième conférence de l’APSA soit un catalyseur d’engagements et d’actions concrètes, à la hauteur des défis que le continent partage.
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