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Édito

Corruption, conflit d’intérêt, l’enrichissement illicite… : les paroles à l’épreuve de la transparence et de l’action

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Pendant cinq ans, la lutte contre la corruption et les rentes, la prévention des conflits d’intérêts et la réforme des marchés publics ont brillé par leur omniprésence dans les discours politiques mais plus encore par leur absence dans l’action publique. Ces principes fondamentaux de toute démocratie semblaient condamnés à rester lettre morte, confinés aux pages de la Constitution et des textes de loi, dont la rigueur paraissait trop souvent s’exercer davantage sur les plus vulnérables que sur ceux qui disposent du pouvoir et des moyens d’y échapper.

Aujourd’hui, devant les deux Chambres du Parlement, Fatima Ezzahra El Mansouri promet un changement de paradigme, un engagement plus ferme et une réelle volonté politique de lutter contre l’enrichissement illicite, les conflits d’intérêts, la corruption et la rente tout en renforçant les droits des acteurs les plus fragiles. Parmi les mesures annoncées figurent le renforcement des contrôles sur les marchés publics et la réservation de 30 % de leur valeur aux petites et moyennes entreprises marocaines.

Sur le papier, l’ambition est prometteuse : assainir les circuits économiques, renforcer la concurrence et faire de la commande publique un véritable levier de développement. Mais, à la lumière des expériences passées, une question s’impose : serons-nous, une fois encore, bercés par cette douce symphonie de promesses, sur un air de « Paroles, paroles » de Dalida ? Un refrain familier où les annonces s’enchaînent, les milliards s’accumulent et les engagements se multiplient, tandis que les résultats concrets se font attendre et que le pouvoir d’achat des Marocains continue de battre la mesure d’une tout autre réalité. Ce gouvernement marquera-t-il un avant et un après avec la gestion de la chose publique ?

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Des milliards mobilisés, mais pour quels résultats ?

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Le chiffre de 280 Mds de DH avancé par Fouzi Lekjaa dans le débat public, au titre des mesures de soutien au pouvoir d’achat déployées ces dernières années, ne saurait être accueilli sans examen critique, alors même que leurs effets concrets sur le quotidien des ménages demeurent largement discutés. Il devient impératif de revoir de fond en comble le dispositif de soutien, d’en repenser les mécanismes d’allocation et d’y instaurer des garde-fous rigoureux, afin de barrer la route aux prédateurs qui prospèrent sur la dépense publique et se nourrissent de la vulnérabilité des citoyens.

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La transparence et l’évaluation rigoureuse des politiques publiques doivent figurer au rang des priorités absolues si l’onveut espérer renouer avec la confiance des citoyens dans la politique, les responsables politiques et l’actiongouvernementale, mais aussi dans l’ensemble des institutions et des instances chargées de veiller au respect des lois et à lapréservation de l’État de droit. Car cette confiance, aujourd’hui mise à rude épreuve, ne se décrète pas : elle se reconstruitpar la reddition des comptes, la lisibilité des décisions publiques et la capacité des institutions à démontrer, preuves àl’appui, que nul n’est au-dessus de la loi.

La cheffe du gouvernement osera-t-elle s’attaquer aux intouchables ? Aura-t-elle la volonté de s’attaquer aux secteurs où la rente, les conflits d’intérêts et la corruption semblent prospérer à l’abri des réformes ? Ira-t-ellejusqu’à ouvrir la boîte de Pandore, au risque de bousculer des intérêts puissants, de mettre au jour despratiques bien ancrées et de se heurter à de solides résistances ? C’est là que se mesurera la portée réelle deses engagements : non pas dans les promesses affichées, mais dans sa capacité à s’attaquer aux zonesd’ombre et à faire de la transparence et de la reddition des comptes des principes non négociables de l’actionpublique.

L’argent public ne peut rester une boîte noire

C’est précisément à ce niveau que les annonces relatives à la lutte contre l’enrichissement illicite, aux conflits d’intérêts et aux ententes dans les marchés publics prennent tout leur sens.

La transparence ne peut se limiter à la publication d’enveloppes budgétaires ou à l’annonce de nouvelles dispositions législatives. Elle doit permettre de suivre les fonds, de connaître les bénéficiaires, de vérifier les conditions d’attribution des avantages et d’évaluer les résultats.

La demande de Transparency Maroc concernant les 280 Mds de DH illustre cette exigence : disposer d’une ventilation détaillée des dépenses et d’une évaluation de leurs effets est indispensable pour apprécier l’efficacité des politiques publiques.

Il ne s’agit ni de présumer que les sommes mobilisées ont été détournées, ni de jeter le discrédit, sans éléments probants, sur ceux qui ont bénéficié des aides. L’enjeu est ailleurs: instaurer les mécanismes de transparence et de contrôle nécessaires pour distinguer ce qui a réellement produit des effets, ce qui a souffert d’un ciblage insuffisant et ce qui pourrait relever d’éventuelles irrégularités. Qui a bénéficié de quoi, selon quels critères, au nom de quelle justification et, surtout, avec quels résultats tangibles pour les citoyens ? C’est à ces questions que toute démarche sérieuse d’évaluation et de reddition des comptes doit apporter des réponses claires, documentées et vérifiables.

En matière de dépense publique, la confiance ne peut reposer uniquement sur la parole des responsables. Elle doit être étayée par des données accessibles et des résultats vérifiables.

Le véritable test sera celui de l’impact

Les annonces de Fatima Ezzahra El Mansouri donnent espoir. Mais leur portée dépendra toutefois de leur traduction juridique, de leurs moyens d’exécution et de la régularité des contrôles.

Au fond, la question posée au gouvernement est moins celle de sa capacité à mobiliser de nouvelles enveloppes que celle de sa capacité à démontrer l’efficacité de chaque dirham dépensé.

Car l’argent public n’est pas une fin en soi. Sa légitimité se mesure à sa capacité à améliorer les conditions de vie, à soutenir l’économie productive et à réduire les inégalités, plutôt qu’à alimenter des dispositifs dont les résultats demeurent insuffisamment documentés.

C’est sur ce terrain, celui des preuves, de la transparence et de l’impact réel, que les engagements de moralisation de la vie publique devront désormais être appréciés.

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