Hydrocarbures : comment la majorité a « tué » le sauvetage de La Samir

Écrit par Imane Bouhrara I
C’était une victoire de courte durée. Après le vote de deux projets de loi présentés par la CDT et relatifs au plafonnement des hydrocarbures et la nationalisation de la Samir en commission à la Chambre des Conseillers, la séance plénière de mardi a connu un véritable débarquement de conseillers pour tuer dans l’œuf toute tentative de « toucher » aux hydrocarbures.
Coup dur pour la souveraineté énergétique du Maroc, pour le pouvoir d’achat des ménages et surtout pour le budget de l’État. Les projets de loi relatifs au plafonnement des prix des carburants et le transfert des actifs de la Samir à l’État marocain, approuvés en commission, ont été rejetés à 29 voix contre 10 en séance plénière à la Chambre des Conseillers à cause d’une mobilisation de la Majorité et l’UGTM ; et l’abstention de l’USFP… au grand dam de l’UMT, la CDT et l’UNMT.
Un vote incompréhensible qui a créé une onde de choc auprès des Marocains qui ont vivement réagi sur les réseaux sociaux, mais aussi incompréhensible lorsque le Maroc voit toute son économie à la merci de la conjoncture économique mondiale, des envolées régulières des cours en l’absence d’un raffinage national (une situation qui profite exclusivement aux importateurs), et au moment où le soutien accordé ne cesse de grever le budget de l’État sans véritable effet sur le pouvoir d’achat des ménages.
Mais un vote sans surprise, lorsque le gouvernement n’a de cesse sabordé les efforts du sauvetage de la Samir et toute velléité de remettre la machine du raffinage en marche.
C’est ce qui explique pourquoi le vote du 9 juin en commission des deux projets de loi avait sonné l’hallali à la chambre des conseillers, créant une mobilisation sans précédent pour faire tomber les textes de loi sans rien proposer en retour.
Or, le statu quo est insoutenable !
Secteur intouchable, pourtant deux projets majeurs passés sous les radars
En 2026, la facture énergétique du Maroc sera bien salée, et les subventions aux secteurs comme le transport (Sans véritablement neutraliser la hausse des prix), vont grever davantage le budget de l’État, mais au-delà de cette dépendance, un autre élément est revenu sur la table : la capacité de stockage non respectée par les pétroliers sans en être inquiétés. Un conseil de la concurrence qui essaye de sauver la face et des citoyens laminés par le prix à la pompe. Des avions cloués au sol à cause de la flambée du prix du kérosène…
Rien de surprenant puisqu’en 2020, le Conseil de la Concurrence dévoilera des pratiques anti-concurrentielles et des ententes sur les prix, après un cinglant rapport du CESE.
Aucune avancée depuis en matière de régulation et de formation des prix… Pis, au summum de l’envolée des prix à la pompe, le gouvernement n’a jamais eu recours à l’article 4 de la loi n°104.12 relative à la liberté des prix et de la concurrence, préférant des aides et des subventions au détriment du budget de l’État et au grand bonheur de ceux qui en profitent. C’est à croire que le capital rentier se défend bien face à l’atonie du gouvernement.
En effet, au regard de toutes les critiques portées par le gouvernement au gouvernement du PJD en matière de libéralisation des prix, le voilà en travail de faire barrage à un projet de loi qui rectifie les limites de cette libération.
Le projet de loi visant à plafonner les prix des carburants a en effet pour objectif de les retirer de la liste des produits libéralisés et de confier la régulation des prix aux autorités compétentes.
Il prévoit également la fixation périodique d’un prix plafond maximal pour la vente au détail, basé sur les prix moyens du marché international et tenant compte des coûts de transport, de stockage et d’assurance, ainsi que de la marge bénéficiaire allouée aux acteurs du secteur du stockage et de la distribution, qu’ils soient grossistes ou détaillants.
C’est tout à fait légitime pour l’État de reprendre la main sur ce secteur névralgique, surtout après le scandale des marges pharamineuses éclaté en 2020. Niet !
Voilà en somme la réalité du secteur de l’énergie du Maroc, un secteur intouchable.
Pourtant, les projets de loi relatifs au plafonnement des prix des carburants et au transfert des actifs de la Samir à l’État vont passer sous les radars avec une approbation en commission en l’absence presque totale des conseillers de la majorité, avant que la machine ne se mette en marche pour les enterrer ! Un absentéisme qui a valu à beaucoup de se faire tirer les oreilles, qui a dévoilé une concertation quasi-absente entre les composantes de la majorité mais surtout un vote qui ne défend certainement pas l’intérêt général.
En effet, les projets de loi relatifs au plafonnement des prix des carburants et le transfert des actifs de la Samir à l’État marocain permettaient au mieux de redresser la situation actuelle, à défaut de créer une base de débat national sur la question vitale de la souveraineté énergétique que nous traînons depuis des décennies, particulièrement cette dernière suite à la fermeture de la Samir.
Avec ce revers à la Chambre des Conseillers, le gouvernement (le prochain et nullement l’actuel) sera tenu de clarifier sa position officielle sur l’affaire SAMIR mais aussi revoir de fond en comble cette libéralisation sauvage des prix des hydrocarbures qui fait jaser les citoyens marocains.
A l’aube de l’indépendance, la SAMIR a fait la fierté marocaine en 1961, à l’aube de la dépendance énergétique, la SAMIR pourrait être notre planche de salut. Faute d’alternatives, il y a lieu de s’inquiéter.


