L’exercice de préparation et d’adoption du Projet de loi de Finances 2024 (LF) a été achevé ce vendredi 19 octobre. Dans une note, Mohammed Réda Lahmini, Expert-comptable et Associé Grant Thornton et vice-Président de la Commission des Finances à la Chambre des Conseillers a fait une récap des principales mesures fiscales adoptées pour l’année budgétaire 2025.
En voici les principales mesures :
Mesures spécifiques à l’Impôt sur le Revenu (IR) :
1. Réforme du barème progressif de l’IR :
La réforme du barème progressif de l’IR dans le cadre du PLF 2025 introduit plusieurs mesures importantes pour alléger la pression fiscale et améliorer le pouvoir d’achat des contribuables, notamment des salariés et des retraités.
Cette proposition vise une réduction de la charge fiscale des contribuables à travers les mesures suivantes :
- Relèvement du seuil d’exonération : Le revenu annuel net exonéré passe de 30.000 à 40.000 DH, ce qui va permettre d’exonérer totalement les revenus salariaux inférieurs à 6.000 DH mensuels.
- Révision des tranches du barème : Les tranches seront élargies et les taux d’imposition seront réduits jusqu’à 50%, afin de mieux cibler la classe moyenne. Cela permettra un allègement fiscal conséquent pour cette catégorie de contribuables.
- Relevé du seuil de retenue à la source sur les revenus fonciers : Le seuil d’application de la retenue à la source sur les revenus fonciers est également augmenté, passant de 30.000 à 40.000 DH, aligné sur la réforme générale du barème.
- Réduction du taux marginal : Le taux marginal maximal de l’IR passe de 38% à 37%, offrant ainsi une légère baisse de la charge fiscale sur les hauts revenus.
2. Augmentation du montant de la réduction d’impôt au titre des charges de famille :
Le montant annuel de la réduction d’impôt au titre des charges de famille sera relevé de 360 DH à 500 DH par personne à charge. De ce fait, le plafond global de cette réduction sera ainsi porté de 2.160 DH à 3.000 DH, tout en maintenant le bénéfice de cette réduction pour six personnes à charge.
3. Révision des conditions d’exonération de l’indemnité de stage :
Le PLF 2025 propose une révision des conditions d’exonération de l’indemnité de stage en vue de promouvoir l’emploi et d’élargir les opportunités pour les jeunes stagiaires. Les principales propositions incluent :
- Élargissement du bénéfice de l’exonération : Il est proposé que l’exonération s’applique désormais à tous les stagiaires, pour une indemnité de stage mensuelle brute plafonnée à 6.000 DH sur une période réduite de 12 mois.
- Instauration d’une nouvelle exonération en cas de recrutement d’un stagiaire dans le cadre d’un CDI : Dans ce cas, le salaire mensuel brut plafonné à 10.000 DH versé bénéficie d’une exonération de l’impôt sur le revenu pour une durée de 12 mois.
4. Amélioration du régime d’imposition des revenus fonciers :
Le PLF 2025 propose de réformer le régime d’imposition des revenus fonciers en permettant aux particuliers percevant des revenus fonciers d’opter pour une imposition au taux libératoire de 20%. Actuellement, ces revenus sont soumis aux taux du barème progressif, avec une retenue à la source non libératoire de 15%. Les contribuables bénéficiant de cette option seraient également dispensés de la déclaration annuelle du revenu global simplifiant ainsi leurs obligations fiscales.
5. Création d’une nouvelle catégorie de revenus imposables en matière d’impôt sur le revenu :
Le PLF 2025 propose la création d’une nouvelle catégorie de revenus imposables afin de prendre en compte les revenus des personnes physiques qui ne se rattachent pas à l’une des cinq catégories de revenus prévues par l’article 22 du CGI. Cette nouvelle catégorie concerne les revenus suivants :
- Les revenus non justifiés évalués lors de l’examen de la situation fiscale globale des personnes physiques ;
- Les gains de jeux de hasard, qu’ils soient en argent ou en nature, quelle que soit leur forme ;
- Les revenus et gains divers provenant d’opérations lucratives non rattachées à une autre catégorie de revenus.
Il est également proposé d’instituer une retenue à la source au taux libératoire de 30% pour :
- Les personnes qui versent les gains de jeux de hasard précités ;
- Les établissements de crédit et organismes assimilés ou toute autre personne intervenant dans le paiement des gains de jeux de hasard par internet (en ligne).
6. Révision du traitement fiscal des rachats de retraites complémentaires dont les cotisations n’ont pas été déduites :
Dans le cadre du PLF 2025, il est proposé d’harmoniser le traitement fiscal des contrats de retraite complémentaire dont les cotisations n’ont pas été déduites. Les principales dispositions proposent :
- Condition d’exonération : Conditionner l’exonération des prestations servies au terme de ces contrats à la conclusion d’un contrat d’une durée minimale de 8 ans.
- Clarification des modalités d’imposition : Il est également proposé de clarifier les modalités d’imposition des prestations issues des contrats de retraite complémentaire, ainsi que celles relatives aux contrats d’assurance-vie ou de capitalisation, servies avant l’échéance des 8 ans.
- Exemption en cas de décès ou d’invalidité : En cas de décès ou d’invalidité du souscripteur, le délai de 8 ans ne sera pas pris en compte, en cohérence avec les dispositions applicables aux autres produits d’épargne à long terme.
7. Clarification du principe d’imposition des profits fonciers réalisés dans le cadre de la procédure d’expropriation par voie de fait :
Le PLF 2025 vise à clarifier l’imposition des profits fonciers résultant d’expropriation par voie de fait ou de tout transfert de propriété par décision judiciaire ayant force de la chose jugée. Cette mesure a pour objectif de renforcer l’équité fiscale, en garantissant que tout transfert de propriété d’un bien immobilier, quelle que soit la nature (acte ou jugement), soit soumis aux mêmes règles fiscales.
Elle s’applique notamment aux cas d’expropriation pour cause d’utilité publique, de préemption, de vente de Sefqa, de vente aux enchères publiques (la saisie, la sortie de l’indivision, etc.) et d’autres situations similaires.
Par ailleurs, dans le cadre de ces transferts, il est proposé d’instituer l’obligation d’opérer une retenue à la source sur les indemnités versées par les personnes intervenant dans le paiement desdites indemnités, avec la possibilité d’imputer le montant retenu à la source sur l’impôt exigible et avec droit à restitution.
Cette clarification vise à éliminer les divergences d’interprétation et à réduire les contentieux liés aux profits fonciers dans ce type de procédure.
Mesures spécifiques à la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA)
1. Exonération temporaire de la TVA sur les opérations d’importation de certains animaux vivants et produits agricoles :
Le PLF 2025 propose d’introduite une exonération temporaire de la TVA pour l’année 2025, sur l’importation de certains animaux vivants et produits agricoles.
Cette mesure vise à stabiliser les prix sur le marché national, impactés par les hausses des coûts de production dues à la sécheresse et à la pénurie de certains produits. L’exonération concerne des produits importés dans la limite de contingents spécifiques, notamment :
- Les animaux vivants des espèces bovines, ovines, caprines et camélidés ;
- Les velles reproductrices et génisses ;
- les viandes des animaux des espèces bovine, ovine
- et caprine fraîches ou réfrigérés ou congelées ;
- Le riz cargo, importé par les industriels du secteur ;
- Les huiles d’olive de qualité vierge et extra vierge.
Cette mesure vise à garantir un approvisionnement à des prix plus accessibles pour soutenir le marché national dans un contexte économique tendu.
2. Augmentation de la part minimale du produit de la TVA affecté aux budgets des collectivités territoriales :
Dans le cadre de la mise en œuvre de la loi-cadre n° 69-19 portant réforme fiscale, le PLF 2025 propose d’augmenter la part minimale du produit de la TVA allouée aux budgets des collectivités territoriales de 30% à 32%.
Cette mesure vise à renforcer la contribution de l’État au développement territorial et à la consolidation de la justice spatiale, en améliorant les ressources financières des collectivités locales.
Mesures spécifiques aux Droits d’Enregistrement (DE) :
- Clarification du traitement fiscal applicable aux baux dont la durée est supérieure à 10 ans :
Le PLF 2025 propose de clarifier le régime fiscal applicable aux baux d’une durée supérieure à 10 ans.
Actuellement, le bail emphytéotique est soumis à un droit d’enregistrement de 6%, calculé sur la base de 20 fois le montant du loyer annuel. Afin d’éviter toute confusion dans l’application de cette disposition, il est proposé de remplacer le terme « bail emphytéotique » par « bail dont la durée est supérieure à 10 ans ».
Cette mesure vise à renforcer la confiance entre l’administration et les usagers, tout en améliorant la clarté et la lisibilité des textes fiscaux, afin de limiter les divergences d’interprétation observées dans la pratique.
2. Institution d’une sanction applicable aux professionnels chargés d’accomplir la formalité de l’enregistrement par voie électronique :
Dans le cadre du PLF 2025, il est proposé d’instituer une amende de 10 000 MAD pour les professionnels soumis à l’obligation d’accomplir la formalité de l’enregistrement par voie électronique (notaires, adouls, experts-comptables, comptables agréés). Cette sanction s’appliquerait en cas de non-respect des obligations suivantes :
- Non renseignement des informations obligatoires.
- Communication d’informations erronées.
- Non transmission de l’acte ou de la convention enregistrée par voie électronique.
Cette mesure vise à sécuriser le processus et à garantir la fiabilité des informations transmises dans le cadre de la dématérialisation des enregistrements, contribuant ainsi à l’amélioration de la transparence et de l’efficacité du système fiscal.
3. Institution de l’obligation pour les notaires de transmettre les actes portant une signature électronique :
Il est proposé de renforcer les obligations des notaires en matière de dématérialisation des actes. Actuellement, les notaires sont tenus de soumettre les registres minutes pour visa au bureau de l’enregistrement et de transmettre une copie des actes via une plateforme électronique. Afin d’harmoniser ce processus avec la procédure de l’ANCFCC, qui impose l’utilisation d’une signature électronique sécurisée, il est proposé d’instaurer l’obligation pour les notaires de transmettre à l’administration fiscale les actes portant une signature électronique.
En cas de non-respect de cette obligation, une amende de 50.000 DH serait appliquée.
Cette mesure vise à renforcer la sécurité des transactions et la traçabilité des actes, en garantissant leur authenticité dans le cadre du processus de digitalisation.
4. Consécration de l’exonération des droits d’enregistrement des opérations de cession à titre gratuit des biens immobiliers, au profit des familles de Chouhadas, des militaires mutilés lors des opérations et des militaires rapatriés et ralliés :
Il est proposé de consacrer l’exonération des droits d’enregistrement pour les opérations de cession à titre gratuit des biens immobiliers, au profit des familles de Chouhadas, des militaires mutilés lors des opérations et des militaires rapatriés et ralliés.
Cette mesure intervient dans le cadre de la mise en œuvre des Hautes Instructions Royales, visant à régulariser la situation juridique des immeubles attribués à ces groupes de bénéficiaires. L’exonération concerne les actes constatant les transferts de ces biens immobiliers, apportant ainsi un allègement fiscal pour ces familles et militaires concernés, conformément aux directives royales.
Mesures spécifiques à l’Impôt sur les Sociétés (IS) :
1. Insertion dans le champ d’application de l’IS les sociétés en participation (SEP) comprenant plus de cinq associés ou au moins une personne morale :
Il est proposé dans le cadre du PLF 2025 de soumettre obligatoirement à l’IS les SEP comptant plus de cinq associés personnes physiques ou comprenant au moins une personne morale. Jusqu’à présent, ces sociétés étaient exclues du champ d’application de l’IS, sauf en cas d’option irrévocable, avec obligation pour les associés d’intégrer leur part dans les résultats desdites sociétés à leur propre déclaration fiscale.
Il est également proposé que les SEP ne remplissant pas ces critères continuent d’être exclues du champ de l’IS, sous réserve qu’elles tiennent une comptabilité. Les associés de ces sociétés seront tenus de joindre à leur déclaration annuelle les documents comptables permettant de déterminer leur quote-part dans le résultat net réalisé.
Par ailleurs, afin d’harmoniser les régimes d’imposition, le PLF 2025 propose d’étendre l’application de l’IS aux groupements d’intérêt économique (GIE), tout en précisant que l’imposition serait établie au nom des membres des GIE, proportionnellement à leur part dans le résultat net de ces derniers.
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