Contre toute attente, Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé d’abaisser son taux directeur de 2,5 % à 2,25 %, alors que le consensus général penchait pour un maintien.
Cette décision s’inscrit dans une volonté de stimuler l’économie face à un contexte économique international marqué par des tensions géopolitiques et des perturbations potentielles sur les marchés.
Un soutien nécessaire au marché du travail et à la croissance
L’économie marocaine fait face à une reprise modérée de la croissance, avec des perspectives incertaines pour 2025. Le ralentissement de certains secteurs, notamment l’agriculture et l’industrie, impacte le marché du travail. Le taux de chômage reste élevé, notamment chez les jeunes diplômés et en milieu urbain, ce qui pourrait expliquer la volonté de BAM de relancer l’investissement et la consommation via un assouplissement monétaire.
Des finances publiques sous pression
Les finances publiques restent sous contrainte, avec un déficit budgétaire qui peine à se résorber malgré les efforts d’assainissement. La baisse du taux directeur pourrait réduire le coût du financement de la dette publique, offrant ainsi un certain répit aux finances de l’État.
Cependant, une politique monétaire trop accommodante pourrait aussi poser des risques en termes de soutenabilité budgétaire. En effet,cette baisse elle doit être accompagnée d’une gestion prudente des finances publiques pour éviter un endettement excessif et préserver la stabilité budgétaire à long terme.
Des échanges extérieurs fragiles, un tourisme en renfort
Le commerce extérieur du Maroc traverse une période de volatilité. Si les exportations se maintiennent, notamment grâce aux secteurs de l’automobile et du phosphate, les importations restent élevées, creusant ainsi le déficit commercial.
Toutefois, le tourisme joue un rôle clé dans l’équilibre des comptes extérieurs,après une année 2024 marquée par une forte reprise, où le secteur continue d’attirer des devises, renforçant ainsi les réserves de change. L’afflux de touristes soutient également la consommation interne, notamment dans l’hôtellerie, la restauration et les transports.
La baisse du taux directeur pourrait encourager davantage d’investissements dans ce secteur stratégique, consolidant son impact positif sur la balance des paiements.
Statistiques monétaires : une dynamique contrastée
Les indicateurs monétaires montrent une progression du crédit bancaire (+3,3 % en janvier), mais l’investissement privé reste hésitant. La baisse du taux directeur vise donc à encourager davantage les entreprises et les ménages à recourir au crédit, notamment pour l’investissement productif et la consommation.
L’impact de l’abstention d’Aïd Al-Adha
Un autre élément conjoncturel qui pourrait également peser sur l’économie : la baisse de la consommation liée à l’abstention d’Aïd Al-Adha. Confrontés à des difficultés financières,les ménages envisagent de ne pas sacrifier un mouton cette année, ce qui réduirait la demande et affecterait certains secteurs, notamment l’élevage et la distribution. La décision de BAM pourrait donc s’inscrire dans une logique de soutien à la demande intérieure pour atténuer cet effet.
En bref, avec cette baisse du taux directeur, BAM cherche à stimuler la croissance, soutenir l’emploi et faciliter l’accès au financement, tout en gardant un œil sur les risques liés à l’inflation,aux finances publiques et aux déséquilibres extérieurs. En toute souplesse et réactivité,la banque centrale pourrait continuer à ajuster sa politique en fonction de l’évolution de la conjoncture dans les mois à venir.
Les prochains trimestres seront donc déterminants pour évaluer l’impact de cette décision sur l’économie nationale.
Par AbdelAli El Hachimi,
Essayiste,
Consultant en Management – Secteur public / privé
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